Angélique Kidjo et Ibrahim Maalouf au service d’une rencontre légendaire – RFI Musique





Album “Reine de Saba” d’Angélique Kidjo et Ibrahim Maalouf.

©DR

Version studio du spectacle présenté sur scène avant la pandémie de Covid-19, Reine de Saba possède une dimension symbolique : derrière l’évocation de la reine de Saba et du roi Salomon, c’est le mariage de l’Afrique et du Moyen-Orient qu’entendent célébrer la chanteuse béninoise Angélique Kidjo et le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf .

Énumérer les trophées respectifs remportés au cours de leur carrière par les deux protagonistes de Reine de Saba un de quoi impressionner : cinq Grammy Awards pour Angélique Kidjo ; deux Victoires de la musique, deux Victoires du jazz et un César pour Ibrahim Maalouf. Mais c’est à travers un autre prisme, moins formel et plus proche de leurs personnalités, qu’il convient plutôt de regarder cette aventure musicale commune concrétisée par un album.

Tous deux appartiennent à la catégorie des musiciens hyperactifs, à la limite de l’ubiquité, passant avec une agilité rare d’un projet à l’autre, parfois même diamétralement opposés, sans jamais se perdre. Mieux : avec eux, cela semble toujours faire sens, sur le fond comme sur la forme, comme si leur présence ici et là était naturelle, inéluctable, prédestinée. Un rôle de catalyseurs, de « bougeurs » de lignes, de casseurs de frontières, en veille permanente et à 360 degrés. Chez eux, la notion de limite n’est pas même concevable. Celle du défi, en revanche, est omniprésente. Une force motrice.

Deux artistes touche-à-tout

Du registre latino 70’s de Celia Cruzdiva du Fania All Stars de Ray Barretto et Johnny Pacheco, à celui afropop-afrobeat de Mère Nature (avec Yemi Aladé et Burna Boy), via une adaptation de l’album Restez dans la lumière de Talking Heads, la chanteuse béninoise a arpenté la planète musicale dans tous les sens ces dernières années – avec un égal succès.

Idem pour le trompettiste franco-libanais touche-à-tout, jamais là où on l’attend (pour ses quasi-débuts discographiques à 22 ans, il cosignait avec une organiste l’album Ô Jésus, que ma joie demeure) qui s’est offert une nouvelle fois l’AccorHotel Arena de Bercy à Paris et ses 12 000 spectateurs en avril, après un album hommage à Dalidatout en répondant aux sollicitations de Matthieu Chedid, Melody Gardot ou encore David Walters…

C’est à l’époque de son disque offert à Oum Kalhtoum, l’une des voix les plus célèbres du monde arabe, qu’il a été contacté par Angélique Kidjo, consciente qu’il était temps de prendre l’initiative afin que leurs trajectoires parallèles puissent converger. Celle qui est régulièrement citée parmi les femmes africaines les plus influentes travaillait sur une figure féminine de l’antiquité : la reine de Saba (Sheba, en anglais), royaume situé de part et d’autre de la mer Rouge au niveau du détroit de Bab el-Manded, sur les territoires actuels de l’Éthiopie et du Yémen. La légende de sa rencontre avec Salomon, troisième roi d’Israël, est un épisode lié dans les textes clés des religions juive, musulmane et chrétienne, avec ses variantes. Elle lui aurait soumis des énigmes – comme le Sphinx dans la mythologie grecque – qu’il aurait résolues, faisant naitre ainsi un amour réciproque.

Métissages

L’histoire, adaptée entre autres dans un péplum hollywoodien, une Angélique inspirée, qui a vu une rencontre entre l’Afrique et le Moyen-Orient. Pour la célébrer sur le plan musical, Ibrahim était le partenaire idéal. À partir des sept textes qu’elle a écrits en yoruba et qui se rapportent à autant d’énigmes, il a composé différentes des musiques qui embrassent les cultures, au-delà du jazz et du groove africain susceptibles d’être parfois tentés de les réduire.

L’ensemble a d’abord été éprouvé en Direct, avec des orchestres symphoniques. À la suite des représentations de quelques données en 2018 lors d’une poignée de festivals prestigieux, comme Jazz à Juan ou Jazz à Vienne, ils ont prolongé leur propos en studio, avec pas moins d’une cinquantaine d’intervenants : violonistes, violoncellistes, contrebassistes, choral… Inclassables mais surtout à haute valeur musicale ajoutée, et imprégnées de cette énergie tout en sincérité que tous deux pourraient, les 40 minutes de Reine de Saba administrer au plus près la démarche des deux artistes : faire émerger de nouveaux espaces, terres de métissages.

Angélique Kidjo, Ibrahim Maalouf Reine de Saba (Monsieur) 2022

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