Après 16 ans d’absence, Pearl Jam a conclu magistralement le 4e Lollapalooza Paris

Perry Farrell, le rockeur flamboyant et discret fondateur du Lollapalooza, avait le sourire dimanche dans les coulisses du festival qu’il organise avec Live Nation à l’hippodrome de Longchamp. Après trois éditions en dents de scie et deux annulations liées au Covid-19, cette quatrième prestation parisienne a non seulement remis le « Lolla » sur les rails mais l’a installé dans les grands événements culturels incontournables de l’été. Avec 130 000 spectateurs accueillis sur deux jours – samedi complet, quasi complet dimanche -, les organisateurs peuvent d’ores et déjà annoncer son retour en 2023 avec une journée supplémentaire, les 21, 22 et 23 juillet.

Le Lollapalooza a créé samedi et dimanche l’événement en accueillant en exclusivité française de nombreuses têtes d’affiches étrangères, comme Imagine Dragons, Megan Thee Stallion, Anita, Peau de manne et Pearl Jam. Toutes ont tenu leur rang et constituent un public extrêmement hétéroclite, beaucoup de jeunes fans de rap et d’électro, les deux musiques les plus populaires aujourd’hui, mais aussi dimanche beaucoup d’aficionados de rock, rendues par la salle exceptionnelle de Pearl Jam. Les rockeurs américains, pourtant réputés pour leurs prestations enflammées, n’avaient pas joué à Paris depuis seize ans !

Le chanteur Eddie Vedder : « Ça fait longtemps (que nous n'avons pas joué ici), dit-il en français.  Merci pour nous avoir invités à votre fête.»
Le chanteur Eddie Vedder : « Ça fait longtemps (que nous n’avons pas joué ici), dit-il en français. Merci pour nous avoir invités à votre fête.» LP/Frédéric Dugit

Les derniers survivants du vague rock de Seattle des années 1990 sont des légendes dans le monde entier, mais la France ne leur a jamais révélé le tapis rouge. Depuis leur premier album, le légendaire « Ten », sorti en 1991, le groupe de Seattle a toujours été trop inclassable et sain pour les élites rock. Ni étiqueté grunge comme Nirvana, ni metal comme Soundgarden, Pearl Jam a fait son bonhomme de chemin et réussi un parcours admirable, à la fois populaire et exigeant.

Les onze albums des Américains n’ont pas été aussi réussis que leurs trois premiers ou leur « Mirror Ball » enregistré avec Neil Young en 1995, mais leur dernier, « Gigaton », sorti en pleine pandémie, prouve qu’ils ont encore du souffle et des messages à passer, en particulier sur l’écologie, leur grand combat depuis trente ans.

Les tee-shirts des années 1990 ressortis

Dimanche, leur retour en France est fait venir de nouveaux festivaliers au Lollapalooza. Des quadras, quinquas, sexagénaires, qui avaient ressorti leur vieux tee-shirt des années 1990 ou acheté un nouveau pour l’occasion dans le copieux stand de merchandising. On les croisait dans les premiers rangs avec des jeunes fans de rock français qui n’avaient jamais vu Pearl Jam, et d’autres du monde entier, venus parfois en famille des États-Unis, du Brésil, de Costa Rica, d’Italie , du Japon, d’Angleterre, pour assister à la dernière date de leur tournée européenne des festivals. « C’est un événement », nous glissions justement un amateur français de la première heure.

À 21h35, les musiciens déboulent sur scène avec la voix de Cat Power dans les enceintes. Eddie Vedder une bouteille de vin rouge à la main et le sourire aux lèvres. Il n’a que 57 ans, mais c’est un miracle que l’une des plus grandes voix du rock des trente dernières années soit encore en vie quand tant de ses amis chanteurs sont morts, Kurt Cobain (Nirvana), Chris Cornell ( Soundgarden), Mark Lanegan (Screaming Trees), Layne Staley (Alice In Chains), Scott Weiland (Stone Temple Pilots)… C’est un miracle aussi que l’essentiel du groupe n’avait pas changé depuis l’origine, avec le le guitar hero Mike McCready et l’impassible Stone Gossard à la six-cordes, Jeff Ament à la basse, le batteur Matt Cameron étant lui présent depuis 1998.

La fête de retrouvailles est totale. Après deux jours de festival dans la chaleur et la poussière, le public est encore en feu. Eddie Vedder le remercie pour son énergie. « Ça fait longtemps (que nous n’avons pas joué ici), dit-il en français. Merci pour nous avoir invités à votre fête. »

Une communion transgénérationnelle

La communion transgénérationnelle dure deux heures. Le groupe, particulièrement affûté, offre des versions magistrales de ses hymnes, arrache des frissons avec « Black », « Even Flow », « Jeremy » et « Alive », qu’il dédicace en rappel à Thierry, un membre du fan-club français du groupe qui est hospitalisé. Mais il peut aussi interrompre une chanson en plein milieu quand il s’aperçoit qu’un fan est en danger dans la foule. « Il y a beaucoup de jeunes gens, faites attention à vos voisins, lance-t-il. Il n’y a rien de plus important que ça. » Eddie Vedder sait de quoi il parle. En 2000, lors de leur concert au festival danois de Rockskilde, un mouvement de foule a entraîné la mort de 9 personnes et fait 20 blessés.

Pearl Jam arrache des frissons avec «Black», «Even Flow», «Jeremy» et «Alive», qu'il dédicace en rappel à Thierry, un membre du fan-club français du groupe qui est hospitalisé.
Pearl Jam arrache des frissons avec «Black», «Even Flow», «Jeremy» et «Alive», qu’il dédicace en rappel à Thierry, un membre du fan-club français du groupe qui est hospitalisé. LP/Frédéric Dugit

Au Lollapalooza, le chanteur veille sur le public, montre au service de sécurité des spectateurs en difficulté. Pendant que ses amis charbonnent, il va sur les côtés de la scène saluer et remercier les fans, leur lancer des dizaines de médiators et de tambourins. Il fait applaudir son batteur, dont le fils fête ses 20 ans. « Avec le Covid, ce n’est pas possible de voyager tous ensemble, explique-t-il en substance. Et ce n’est pas évident pour lui ce soir d’être loin de sa famille. » Il rappelle aussi que le premier concert français du groupe a eu lieu à la Locomotive, une petite salle parisienne, il y a tout juste trente ans.

Le groupe, qui se produit sans décor mais avec des lumières de plus en plus intenses, joue avec une rare intensité et un plaisir évident. Lorsque la soirée se termine, Eddie Vedder remercie une nouvelle fois les personnes présentes pour leur énergie. « Nous ne prenons rien pour acquis », lance-t-il avant de lancer une puissante reprise des Who – « Baba O’Riley » – en guise d’au revoir convivial et un joyeux « Je t’aime. A l’année prochaine » qui laisse présager un retour du groupe l’an prochain.

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