Après le massacre d’Uvalde, la musique country prend ses distances avec les pro-armes

publié le vendredi 27 mai 2022 à 22h42

Après le massacre d’écoliers à Uvalde, des artistes de country, genre musical traditionnellement rattaché à la mouvance politique conservatrice et blanche du sud des États-Unis, fumer leurs distances avec la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes qui se réunissent au Texas.

Plusieurs stars de la country – compagnons de route historiques de l’organisation – ont en effet décidé de ne pas se produire à la convention annuelle de la NRA qui s’est ouverte vendredi à Houston, la mégapole du Texas, immense État conservateur du sud du pays.

Le chanteur Don McLean, célèbre pour son titre “American Pie”, a jugé qu’il serait “blessant” et “irrespectueux” d’y jouer. Il s’est déclaré dans un communiqué “sûr que les gens qui devaient assister à cet événement sont tout aussi choqués et que cela les rend malades”.

“Après tout, nous sommes tous Américains”, at-il écrit, “partageant avec le reste de la nation la tristesse pour ces disparitions terribles et cruelles” de 19 enfants et de deux enseignantes massacrés mardi par un jeune de 18 ans dans l’ école primaire d’Uvalde, située à 130 km à l’ouest de San Antonio.

– “Événement abominable” –

Le célèbre musicien Le Greenwood, conservateur, et dont le tube “God Bless the USA” rythme les meetings de l’ancien président républicain Donald Trump – qui doit assister à la convention de la NRA – a lui aussi annulé son concert : “En tant que père, je me joins au reste de l’Amérique, le coeur totalement brisé par cet événement abominable”.

Même ligne pour les chanteurs de country T. Graham Brown et Larry Gatlin qui, dans des communiqués, ont annoncé l’annulation de leurs concerts samedi pour respecter “en toute conscience” la “douleur des familles” endeuillées.

Mais s’ils renoncent à Houston, tous ces artistes se gardent bien de critiquer la NRA et le sacro-saint droit constitutionnel aux États-Unis à posséder des armes à feu.

Le chanteur du groupe Restless Heart, Larry Stewart, a certes dit non à Houston cette année mais il a défendu le fameux deuxième amendement de la Constitution américaine et “la NRA, une grande organisation qui enseigne comment se servir des armes en toute sécurité par des citoyens qui se conforment à la loi ».

– Pays, conservateurs, armes –

Selon des historiens de la musique aux Etats-Unis, le banjo, l’un des instruments d’origine des musiques country, bluegrass, ou folk, trouve ses racines aux Caraïbes au 17ème siècle, joué alors par des esclaves noirs déportés d’Afrique vers les Amériques.

Amené sur l’actuel territoire de l’est des États-Unis, le banjo fut repris par des populations blanches des Appalaches, aux 18ème et 19ème siècles.

Pour Mark Brewer, qui travaille sur les relations entre la musique et la politique américaine pour l’Université du Maine, il existe “des liens de longue date entre la musique country, la politique conservatrice et aussi la culture des armes à feu”.

Même si, précise l’expert à l’AFP, ce lien “est antérieur à l’émergence de la NRA comme centre du pouvoir conservateur”.

Le prix de distance de musiciens country avec la NRA peut s’expliquer, selon M. Brewer, par “l’arrivée d’artistes jeunes, plus progressistes que la génération précédente sur la question des armes à feu ou des personnes LGBTQ”.

– Swift, Rodrigo pour la régulation des armes –

Rompant quatre mois de silence sur Twitter, Taylor Swift, la superstar folk et Engagée de 32 ans — qui avait démarré à Nashville (Tennessee), capitale mondiale de la country — a exprimé mardi sa “rage” et sa “douleur” après les dernières tueries aux Etats-Unis.

Elle s’est dite “brisée par les meurtres d’Uvalde, de Buffalo (Etat de New York), de Laguna Woods”, en Californie, et a dénoncé le fait qu'”en tant que nation, nous sommes emballés par ces insondables , insupportables et immenses chagrins”.

Après un carnage dans un lycée de Parkland, en Floride, le 14 février 2018, Taylor Swift s’était jointe à une mobilisation nationale à l’époque pourr la législation sur les armes.

En dehors de la country, la popstar Olivia Rodrigo, 19 ans, “révélation de l’année” aux derniers Grammy Awards, a, elle, clairement appelée mercredi lors d’un concert à Los Angeles à “des lois plus strictes sur la régulation des armes en Amérique”.

La prise de conscience d’artistes de country remonte à octobre 2017 lorsqu’un tueur sexagénaire avait tiré sur une foule réunie à un festival de musique country à Las Vegas (58 morts, des centaines de blessés).

Après cette tragédie, des musiciens comme Eric Church, Jason Isbell, Maren Morris ou Kacey Musgraves avaient réclamé des lois plus draconiennes sur l’accès, la vente et le port d’armes aux États-Unis, rappelle la revue Rolling Stone.

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