Après une tournée à l’étranger, la mosaïque romaine de Lod s’installe in situ

La mosaïque romaine de Lod a été exposée au musée du Louvre à Paris, au Metropolitan à New York, à l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, à la Fondation G. Cini à Venise et à l’Altes Museum à Berlin. De retour dans son pays, elle sera installée au Lod Mosaic Archaeological Center, construite spécialement sur le site de fouilles où elle a été exhumée. Appelée Diospolis à l’époque romano-byzantine, la ville de Lod, en Palestine occupée, est l’ancienne Lydda, détruite par les Romains lors de la première guerre juive en 66 de notre ère. Refondée par Hadrien, elle devient une colonie romaine sous Septime Sévère en 200, puis une ville chrétienne de l’Empire byzantin avant de passer sous le contrôle de l’islam. Son nom apparaît à l’époque de bronze dans une liste de cités cananéennes conquises par le pharaon Thoutmosis III, à Karnak au XVe siècle avant J.-C. La ville où cohabitent actuellement des citoyens juifs et arabes a connu de violents affrontements intercommunautaires en 2021.

Des conservateurs rejetés fonctionnant sur la mosaïque de Lod, vieille de 1700 ans. Menahem Kahana/AFP

Textures, couleurs et motifs

C’est dans cette ville située à dix kilomètres de l’aéroport de Tel-Aviv qu’a été découverte la mosaïque en 1996, à deux mètres sous terre, par des ouvriers du bâtiment élargissant la rue. Elle pavait le sol du triclinium (pièce servante aux réceptions, repas et divertissements) d’une villa romaine, construite entre le IIIe et le IVe siècle de notre ère.

Lire aussi

Pour la Fondation Clooney, le pillage d’antiquités devrait être un crime de guerre

Remarquablement conservée et de très belle facture, la mosaïque de Lod, composée de tesselles de marbre et de calcaire et de pâtes de verre colorées, offre une diversité de textures et de couleurs, mais aussi une variété de motifs décoratifs sur le thème de nature morte (fruits, fleurs, oiseaux, poissons) et une scène marine, où deux navires marchands naviguent au milieu de poissons, de dauphins et de coquillages. Le médaillon octogonal de son panneau central met en scène des animaux sauvages, comme le lion, l’éléphant, la girafe, le rhinocéros ou le tigre. Certains de ces mammifères étaient utilisés par les Romains lors des jeux du cirque. Les fouilles ont aussi mis à jour un matériel céramique et des pièces de monnaie de la fin du IIIe siècle début IVe, indiquent l’Autorité israélienne des antiquités (AIA).

La girafe et le rhinocéros

Dans le catalogue du Metropolitan Museum, Christopher S. Lightfoot, curateur du département Art grec et romain, souligne que « la girafe et le rhinocéros sont rarement représentés dans l’art ancien, ce qui rend leur apparition dans la mosaïque de Lod d’autant plus remarquable ». Se référant à la publication de l’histoire de l’art de Heilbrunn, Jeux romains : jouer avec des animaux, il indique aussi que la première girafe vue à Rome a été utilisée pour les Ludi, jeux triomphaux de Jules César, ou jeux publics , en 46 avant J.-C. D’autre part, la plus ancienne représentation connue d’un rhinocéros remonte au Ier siècle avant J.-C., toujours selon Lightfoot. Elle apparaît dans la célèbre mosaïque du Nil de Préneste, pavé de la fin de l’époque hellénistique qui représente le cours du Nil, de l’Éthiopie à la mer Méditerranée. Elle faisait partie d’une grotte sanctuaire classique de Palestrina, en Italie. Mais « contrairement au rhinocéros indien à une corne rencontré pour la première fois par les Grecs lors des campagnes d’Alexandre le Grand, l’animal représenté sur les mosaïques de Préneste et de Lod à deux cornes et doit donc être identifié avec le rhinocéros noir ou blanc de l’Afrique subsaharienne. Des spécimens de cette bête féroce et très puissante ont apparemment été obtenus par les Romains pour des spectacles dans l’amphithéâtre. Le curateur du Met fait observer que le rhinocéros figure sur l’avers des pièces de monnaie en bronze frappées à Rome sous le règne de l’empereur Domitien (81-96 après J.-C.). « Un cas très inhabituel », dit Lightfoot.

Le puisard de l’Ottoman

Exceptionnellement pour un sol en mosaïque de cet âge, la mosaïque est dans un état presque parfait, à l’exception de l’un des deux navires représentés qui a subi des dommages lorsqu’un puisard de l’ère ottomane (un trou pour récolter l’eau de pluie en l’absence d’égoûts ou d’un fossé) a été creusé dans la mosaïque. Les navires sont du type navis oneraria, des bateaux marchands romains concourant généralement de 80 à 150 tonnes, utilisés pour transporter des marchandises telles que le garum et les céréales d’Égypte à Rome. Le centre abritera également une autre mosaïque polychrome du même genre découverte à Lod, en 2014. Vieux de 1 700 ans, ce trottoir de 11 mètres sur 13 fournit davantage de preuves du style de vie luxueux qui prévalait à l’époque romaine, selon les spécialistes.

Lire aussi

Un des plus grands bassins sacrés des Phéniciens posés sur une île italienne révèle ses secrets

La mosaïque romaine de Lod a été exposée au musée du Louvre à Paris, au Metropolitan à New York, à l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, à la Fondation G. Cini à Venise et à l’Altes Museum à Berlin. De retour dans son pays, elle sera installée au Lod Mosaic Archaeological Center, construite spécialement sur le site de fouilles où elle a été exhumée. Appelée Diospolis à…

.

Leave a Reply

Your email address will not be published.