Au château de Vaux-le-Vicomte, un décor éblouissant inachevé de Le Brun prend vie pour la première fois depuis 360 ans

Le château de Vaux-le-Vicomte, malgré ses 360 ans d’existence, fait toujours parler de lui. Cette féerie de pierre et de lumière, de verdure et d’eau claire, est un écrin pour la mémoire du pays. Une mémoire sans cesse en recomposition, comme en témoigne cette nouvelle animation dans le Grand Salon qui évoque le projet de décoration par Le Brun resté inachevé.

Temple du siècle d’or français, Vaux-le-Vicomte est un exemple du classicisme à la française, au carrefour de l’architecture, de l’art et des plaisirs. De nombreux personnages emblématiques ont posé leur empreinte sur les murs et dans les jardins, à l’instar de Louis Le Vau (1612-1670), André Le Nôtre (1613-1700) ou encore Charles Le Brun (1619-1690). Peintre chargé de la décoration intérieure du château, ce dernier fut nommé premier peintre du roi et directeur de la manufacture royale des Gobelins par Louis XIV, qui fit de lui l’interprète de ses pensées. Resté célèbre pour ses décors à Versailles, Charles Le Brun a d’abord longtemps œuvré à Vaux-le-Vicomte, aux côtés du surintendant des finances Nicolas Fouquet (1615-1680), faisant du domaine un exemple d’art et d’architecture. Le Grand Salon devait en être l’apothéose, mais la décoration grandiose de son plafond ne verra jamais le jour. Dans un devoir de transmission et de partage de l’histoire de France, Ascanio de Vogüé, l’un des trois propriétaires des lieux, une animation imaginée qui rend hommage à ce chef-d’œuvre mort-né.


Un « palais du Soleil » qui ne brillait pas

Vaste salle ovoïde située au centre du château, le Grand Salon est un espace complexe inachevé. Remarquable par son décor de stucs et ses pilastres aux chapiteaux corinthiens, il est un exemple d’architecture et un emblème du domaine où se sont pavanés courtisans et autres voyageurs de passage. Si Louis Le Vau est l’auteur des plans du Grand Salon, c’est à Charles Le Brun que l’on doit son programme iconographique. Mais, inachevée lors de la grande fête donnée par Fouquet en l’honneur du roi le 17 août 1661, la décoration grandiose imaginée par Le Brun ne verra jamais le jour.

Le plafond du Grand Salon, avant et après restauration ©Château de Vaux-le-Vicomte

Le plafond du Grand Salon, avant et après restauration ©Château de Vaux-le-Vicomte

Pendant plus de 180 ans, le Grand Salon est resté en l’état avant d’être rénové par le duc de Choiseul-Praslin en 1842, qui prévoyait de décorer la salle en reproduisant le programme de Le Brun. Mais découragé par le montant exorbitant des travaux, il se répond vers un projet plus modeste, et demande à un décorateur de théâtre de réaliser un ciel avec cinq aigles, copié sur celui d’un plafond du Château de Ludwigsburg en Allemagne. En 1847, le chantier du Grand Salon est interrompu et, après des tentatives sans succès au XIXe siècle, le plafond reste finalement inachevé. De nombreuses générations laissent à l’abandon la décoration maigre qui subsiste.

Depuis 2021, le Grand Salon fait l'objet d'une grande opération de restauration pour redonner au lieu sa splendeur d'antan ©️Wikimedia Commons / Zairon

Depuis 2021, le Grand Salon fait l’objet d’une grande opération de restauration pour redonner au lieu sa splendeur d’antan ©️Wikimedia Commons / Zairon

La restauration du Grand Salon est apparue plus que nécessaire aux yeux des propriétaires de l’établissement, la coupole et les stucs ayant souffert des affres du temps. C’est en 2021 qu’est entreprise la restauration des éléments décoratifs que sont les termes, les élévations et la coupole. Grande de 400 m2 au total, cette dernière est restée blanche durant près de deux siècles. Une occasion pour le château de remplir la page planche et de réécrire l’histoire. « Plutôt que de préserver l’état historique sans intérêt et peu harmonieux des années 1840, il nous a paru judicieux de montrer au public l’historique de 1661, plus équilibré et plus émouvant historiquement », explique Ascanio de Vogüé.

Un travail de documentation pour un spectacle de sons et lumières

Le but de cette nouvelle animation est de représenter l’une des hypothèses sérieuses de l’aspect du Salon si Le Brun avait terminé le décor du plafond. Pour reconstituer l’œuvre originale pensée par Le Brun, les équipes du château ont réuni tous les documents qui témoignaient du projet, parmi lesquels se laisseraient ses nombreux dessins préparatoires, conservés au département des Arts graphiques du musée du Louvre. Le programme d’animation ? La projection du décor hypothétique de Le Brun. Un travail particulièrement technique qui a nécessité l’assemblage des estampes, et leur déformation, pour que l’œuvre projetée épouse la courbe du plafond. L’idée pour eux n’était pas de refaire la peinture, qui serait un pastiche du projet de Le Brun impossible techniquement, mais de colorer l’estampe. Cette opération a été attribuée à un peintre numérique, qui a effectué tout un travail colorimétrique : choisir les teintes les plus harmonieuses, réadapter l’intensité de la lumière, le contraste et la saturation des couleurs.

Même en noir et blanc, le décor de Le Brun émerveille par la richesse de sa composition ©️Alain Cassaigne

Même en noir et blanc, le décor de Le Brun émerveille par la richesse de sa composition ©️Alain Cassaigne

Les volets fermés, les têtes levées, la magie commence. Surnommé « le Palais du Soleil » par Mademoiselle de Scudéry dans son roman Clélie, l’œuvre de Le Brun se révèle et dévoile une vaste composition unifiée, au style grave, héroïque, solennel, dans des coloris chauds. 180 personnages aux nombreux motifs apparaissent devant les yeux curieux des visiteurs. Au centre, Apollon et la déesse Aurore distribuent la lumière au monde. On retrouve ici le goût du peintre pour l’allégorie, particulièrement visible par la présence de personnages et de divinités qui représentent le temps : les mois, les jours, et les saisons. Et un peintre fidèle aux enseignements du baroque, auquel il ajoute une nouvelle place au coloris.

Au centre, l'écureuil, emblème de Fouquet ©️Antoine Mansier

Au centre, l’écureuil, emblème de Fouquet ©️Antoine Mansier

Du noir et blanc à la couleur, l’œuvre prend vie avec l’animation et offre un spectacle majestueux jaillissant du ciel, où les personnages commencent à se mouvoir légèrement, dans un ingénieux jeu de lumière. Le bouquet final : des particules évanescentes s’envolant vers le sommet de la coupole, avant qu’une lumière solaire et dorée ne jaillisse du plafond. Pour une expérience encore plus immersive, le visiteur est invité à porter un casque qui diffuse une ambiance sonore faite de déambulations galantes et de discussions courtisanes.

Un voyage spatiotemporel dans l’art de la gastronomie au XVIIe siècle

Vaux-le-Vicomte est aussi le lieu où se sont modelés certains modes de vie et certaines traditions françaises. Parmi elles, l’art de la table. Une exposition ludique lui est dédiée, à travers la figure de François Vatel (1631 – 1671), maître d’hôtel qui a longtemps empêché à faire de la gastronomie et du service un art à part entière. Une reconstitution vivante nous fait découvrir l’importance de l’art de la table, le levier majeur d’affirmation de la puissance et de l’importance d’une maison aristocratique. Comme nous le confie Dominique Michel, historienne spécialiste de la gastronomie du Grand Siècle qui a collaboré avec le château pour le parcours, c’est sur la table que le spectacle va se dérouler. Tout doit témoigner de la richesse, de l’opulence et de l’art des bonnes manières.

Bienvenue dans la pièce de l'ambigu, en présence de François Vatel ©️Antoine Pascal

Bienvenue dans la pièce de l’ambigu, en présence de François Vatel ©️Antoine Pascal

Deux comédiens se prêtent au jeu dans un décor reconstitué. Le premier incarne François Vatel clamant à haute voix ses pensées autour de l’ambigu, table réservée pour le repas de Louis XIV. Au lieu d’une succession de services, les mets sucrés et salés sont ici présentés en même temps. Potages, rôts, entremets, légumes, pâtisseries et desserts ornent une table savamment élaborée. Plus loin, un autre comédien s’active en cuisine dans une pièce aux détails soignés. Les chanceux pourraient goûter aux macarons Lenôtre offert par le cuisinier.

En cuisine, un deuxième comédien vous accueille.  Macaron à la clef ©️Antoine Pascal

En cuisine, un deuxième comédien vous accueille. Macaron à la clef ©️Antoine Pascal

Il ne vous reste plus qu’à admirer sur la table les festins appétissants chers à Vaux-le-Vicomte, l’un des premiers châteaux à avoir un lieu consacré à la restauration. Ou bien à lever la tête pour voir jaillir du ciel un spectacle saisissant, à la rencontre d’un moment d’histoire.


Animation « Le Palais du soleil. Œuvre majestueuse de Charles Le Brun »
Château de Vaux-le-Vicomte
77950 Maincy
www.vaux-le-vicomte.com
Tous les jours de 11h à 17h30

Reconstitution vivante « Vatel, dans les coulisses de la fête »
Château de Vaux-le-Vicomte
77950 Maincy
www.vaux-le-vicomte.com
Animation par les comédiens tous les week-ends et les jours fériés
Jusqu’au 6 novembre

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