Barjac : Anselm Kiefer et la beauté à l’approche de l’apocalypse

Dans son domaine atelier de La Ribaute, à Barjac, l’artiste d’origine allemande a déployé son univers à travers une soixantaine de pavillons, des sculptures en plein air et un réseau souterrain…

Aucune autre fondation d’artiste ou de collectionneur n’est comparable à La Ribaute, le lieu qu’a enfin ouvert l’artiste d’origine allemande Anselm Kiefer, à Barjac dans le nord du Gard. Le projet faisait rêver le monde de l’art. Au printemps, en toute discrétion, le domaine a entre-ouvert ses portes pour quelques visites guidées, presque toutes complètes pour ce premier été…

Sur 40 hectares, autour de l’ancienne magnanerie où il s’est installé en 1992, Anselm Kiefer a disséminé une soixantaine de pavillons, abritant ses créations. Certaines sont minuscules, comme les chapelles d’un chemin de croix, d’autres personnes âgées les proportions d’entrepôts pour accueillir des toiles de plusieurs mètres d’envergure, qui se découvrent avec une proximité incroyable, comme si elles sortaient de l’atelier . Le parcours prend trois heures et ne permet pas de tout voir…

Eschaton, le nom de la fondation renvoie à l’idée de fin des temps. L’artiste préfère évoquer le cycle de la vie, fait de disparitions et de renaissances. Sur cette colline de garrigue, transformée en laboratoire de création, Anselm Kiefer s’exprime avec une puissance, une émotion, une créativité inépuisables.

L’artiste est né en 1945 en Forêt-Noire. La nuit de sa naissance, la maison familiale est bombardée. Si sa mère n’avait pas été à la maternité, il n’aurait pas vu le jour. Dans son enfance, Anselm Kiefer joue dans les ruines, transformant les débris en premières constructions. Ce passé qui ne passe pas est au cœur de l’œuvre d’Anselm Kiefer, mais métamorphosée par la littérature, la poésie, la recherche spirituelle, l’étude de la kabbale, la philosophie, l’alchimie.

Dans le premier bâtiment qui lui a servi d’atelier, Anselm Kiefer a construit un gigantesque amphithéâtre, une ziggourat inversée à partir de conteneurs moulés dans le béton. L’œuvre évoque à la fois la ruine, l’Orient, accueille des livres de plomb et des bateaux échoués… Elle donne à voir immédiatement l’ampleur d’un art qui dépasse la mesure.

Au fil des pavillons, des œuvres récentes rencontrées des créations plus anciennes. Les toiles en hommage à Paul Celan impressionnent particulièrement. Les paysages dévastés côtoient les ciels mystérieux. Les graines de tournesol essaiment comme une vie contenue et prête à exploser. Les allusions à l’histoire des arts sont nombreuses, du polyèdre mélancolique de Dürer au romantisme allemand, les poétesses de la Grèce antique croisent les martyres révolutionnaires. L’apocalypse guette, mais le monde résiste par la force de l’esprit, grâce à la beauté qui peut éclore dans le chaos.

Cet esprit peut s’élever vers les “Palais Célestes”, avec des tours bancales dispersées dans le paysage, moulées à nouveau dans des conteneurs. Les blocs nécessaires évoquent les ruines de son enfance, mais aussi la mystique juive et les défaites de l’homme qui souhaite atteindre le Créateur.

Pour toucher l’esprit de l’artiste, il est aussi possible de plonger sous terre. Au sein du domaine, Anselm Kiefer a creusé un gigantesque réseau de tunnels et de salles souterraines, dépendant de plusieurs pavillons comme des synapses. On pénètre alors dans la Terre, dans la mémoire, dans les racines d’un projet artistique à nul autre pareil. “Ce que vous voyez à la Ribaute est l’unité d’un tout, où les éléments sont liés entre eux, se complétant, s’opposant, s’éloignant les uns des autres pour mieux se retrouverexplique l’artiste. Ils se ramifient, forment des réseaux, non seulement grâce aux passerelles et aux tunnels, mais aussi en raison de leurs relations internes”.

Ouvert jusqu’à la fin du mois d’octobre. Fondation Eschaton, La Ribaute, Barjac. 25 €, 15 €, visites guidées, réservations sur eschaton-foundation.com.

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