Carcassonne : clap de fin pour Maïté Castres, la directrice du cinéma le Colisée

Après 46 ans de bons et loyaux services, la directrice du cinéma d’art et d’essai le Colisée part à la retraite. Avant de fermer ce long chapitre de sa vie, la Carcassonnaise de 63 ans nous raconte ce lieu qu’elle affectionne tant, et pour laquelle elle s’est battue corps et âme.

“Ça va me manquer d’y aller tous les matins. En passant mon dernier tour de clé, il n’y a pas doute, je vais verser une larme.” C’était en 1976. Maïté Castres a 20 ans et foule le sol du Colisée pour la première fois. Elle y fait ses premiers remplacements en tant qu’ouvreuse. D’abord à temps partiel en marge de ses extras dans la restauration. Puis de façon permanente à partir de 1981. “J’y suis entrée grâce à celui qui allait devenir le père de mes enfants. Il manquait une ouvreuse et comme j’étais la petite amie du projectionniste, les patrons de l’époque m’ont donné ma chance”raconte celle qui, au départ, se vouait à une carrière de sténo-dactylo.

Raymonde, Isabelle, Josy…

Quarante-six ans de carrière plus tard, Maïté se retire pour “profiter des siens”accusée derrière elle de clients fidèles : “J’ai un gros pincement au cœur quand j’y pense. J’ai grandi avec eux et ils ont vieilli avec moi”. Elle s’en va et emporte avec elle un énorme pot de souvenirs – et non pas de pop-corn. “Je me souviens de tous les collègues que j’ai croisés au fil des décennies. D’abord, le plus important de tous : mon mari. Je revois encore le visage des ouvreuses. Elles m’ont marqué. Raymonde, Isabelle, Josy … C’était des bonnes vivantes. Après le boulot, nous allions faire des lotos au café situé à côté de l’Odéon. Si on gagnait un jambon, nous l’amenions au cinéma pour le partager avec tout le monde. C ‘était le bon temps’, souffle la Carcassonnaise un brin nostalgique. Maïté aura connu le temps des taches noires sur la toile, le temps des bobines et des pellicules, le temps où fumer dans les salles obscures était encore autorisé. “La belle époque” du cinéma artisanal, avant que l’ère du numérique ne s’en vienne.

Je vous parle d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître

“Quand on est passé au numérique, ce qu’il m’a manqué, c’est le bruit de la pellicule. Aujourd’hui, on n’entend plus que le bruit des ventilateurs des machines… J’ai connu l ‘époque où il y avait le charme des projections ”fait main”, où il fallait rapprocher des charbons pour ne pas avoir de perte de lumière sur l’écran. Où projectionniste était encore un vrai métier. Je vous parle d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître”

Combattante

En retraçant son parcours, impossible ne pas parler de la bataille de sa vie. Celle entreprise pour la rénovation du Colisée. Après avoir remué ciel et terre des années durant, Maïté gain de cause. L’année dernière, après dix ans de fermeture, la salle principale rouvre ses portes au public. “On est venu battre le pavé tous les samedis matin. Avec l’association les Amis du Cinoch’, on a fait signer des pétitions. Nous avons réussi à obtenir plus de 11000 signatures. La restauration de ce chef-d’œuvre architectural, c ‘était mon combat. Je ne me voyais pas partir avant que ce soit terminé et que les Carcassonnais puissent de nouveau retrouver ce joyau. Un Voir un bijou pareil et ne pas le montrer était un véritable crève-cœur. Quand je l’ai redécouverte, j’ai été très émue. C’était un mélange de joie et de nostalgie. Cette salle me ramène à mes débuts”confie la directrice du cinéma couronné d’une 34e place dans le classement des “50 plus beaux cinémas du monde” par le magazine britannique Time Out.

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Maïté s’en va, refermant ce qu’elle qualifie d’un des plus beaux chapitres de sa vie. Pour en ouvrir un nouveau. Et peut-être se refaire quelques classiques du cinéma qu’elle aime. À l’étape du film américain Autant en emporte le vent de Victor Fleming : “J’adore cette histoire d’amour. Même si certains ont du mal à le croire, je suis une romantique !”

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