Entre suspense artificiel et duos attachés, l’émission a toujours les défauts de ses qualités

Ni top ni flop, place au « ftlop » avec le cas Pékin Express sur M6. Une course de binômes à travers le monde qui a notamment assisté son retour depuis 2018 malgré les nombreux pépins qui ont émaillé les éditions de ces dernières années. L’émission présentée par Stéphane Rotenberg a d’abord été frappée par le Covid en 2020interrompant le tournage en Ouganda de la saison Sur les pistes de la Terre Rouge. Mais la production a su rebondir en voyant les candidats quelques mois plus tard en Grèce puis en Turquie, et en rebaptisant la saison La Route des trois continents.

Maudite, cette même saison a par la suite été endeuillée par un terrible accident de la route qui a coûté la vie au conducteur de l’une des voitures et a blessé deux candidats. Ce qui n’a pas empêché les autres auto-stoppeurs d’aller au bout de cette aventure, une 14e édition remportée par Claire et Christophe, alias Daddy.

Et cette année ? Une saison relativement calme et normale. La production a envoyé les binômes du Kirghizistan aux Emirats arabes unis, Sur les terres de l’aigle royal. Une édition qui a fourni son lot de surprises – dont le départ soudain d’un candidat –, et qui a été marqué par la victoire écrasante et un peu trop prévisible des « frères belges ». Côté audiences toutefois, les scores n’ont pas suivi… L’émission a rassemblé 2,03 millions de téléspectateurs en moyenne, 2,34 pour le lancement en février et 1,94 pour la finale en avril, rapportait Puremédias. Résultat ? Des audiences historiquement basses, soulignait le site spécialisé. Il faut dire que le programme compte autant de défauts que de qualités, une dynamique à double-tranchant.

Le montage infernal

On pourrait presque l’appeler le « syndrome du duel final » tant les dernières minutes des épisodes de Pékin Express empattement à nous mettre dans un état second. Vous savez, cette ultime étape où deux équipes se battent l’une contre l’autre pour éviter l’élimination, où chaque seconde semble interminable et notre cœur prêt à exploser à tout moment. Cette année, on se souvient encore de la tension insupportable lors du duel entre « le couple de rêveurs » et « le grand-père et son petit-fils du Gers », éliminés sur une épreuve de confection d’une spirale de dominos. Une torture.

Car l’émission a le don de savoir souffler le chaud et le froid. En général, un binôme est largement devant l’autre et domine l’épreuve, et on le voit très bien à l’écran. Mais le montage de l’émission – et la voix de Stéphane Rotenberg – arrive quand même à nous faire croire que « ça se joue dans un mouchoir de poche ». Et on se retrouve en sueurs et haletant, happé par la main tremblante d’Axel posant un à un ses dominos… Jusqu’à ce que le couple qui devait perdre, perde, et qu’on se retrouve comme des nouilles, roulés dans la farine par les tours de passe-passe du montage de l’épisode. Hyper efficace, mais on finit tout de même par se demander si on ne nous prend pas un peu pour des jambons.

Des duos attachés

« Les amoureux chamailleurs », « les cousins ​​farceurs », « les sœurs monégasques », « la mère et la fille inséparables ». Chaque année, Pékin Express semble comme avoir recours à un générateur de noms rigolos de binômes pour ancien son casting. Mais au-delà des intitulés, ce sont surtout les mêmes profils un brin caricaturaux qui refont surface de saison en saison : les deux jolies candidates qui se prennent des seaux de sexisme, les candidates du sud de la France au langage chatoyant, le couple qui se fout sur la tronche en permanence et nous éclate les tympans ou encore le duo de bonhommes un peu rustres (mais au grand cœur) et les Belges à l’humour redoutable. On a donc parfois la sensation de revoir sans cesse la même saison mais dans des décors différents.

Ce qui n’empêche pas pour autant ces candidats d’être particulièrement attachés. Cette année, Jean-Claude (« Papy ») et son petit-fils ont obtenu la faveur du public, qui s’est entiché pour ce duo inédit, intergénérationnel, alliant fougue et sagesse. « On nous dit qu’on fait du bien aux gens, ça me surprend. Dans la rue, je reçois des marques d’affection », racontait Papy à 20 minutes au lendemain de leur élimination. Les téléspectateurs se sont aussi pris d’affection pour Etienne, candidat lunaire et rigolo qui s’est immortalisé dans de drôles de séquences dès son arrivée (la traversée de l’étang à l’aveugle par exemple). C’est aussi sur ça que repose l’émission, sur des binômes qu’on aime d’amour, d’autres qu’on déteste très très fort, et on ne peut pas vraiment enlever cette qualité à Pékin Express.

Les épreuves WTF et des jokers qui tombent un peu à plat

Et quid de la trame du jeu ? Le programme propose des séquences mythiques d’auto-stop, des rencontres généreuses et larmoyantes avec les gens du coin, mais aussi des épreuves de maboule tout droit sorties d’un cerveau malade. Cette année on a eu le droit au canoë à l’aveugle, à la séance photo dans la mer morte ou encore à l’étape où il fallait squatter les fours de pauvres boulangers ouzbeks pour y fabriquer gratos ses propres petits pains et aller les vendre ensuite. La palme revient toutefois au challenge des tapis, désormais dans les annales des épreuves de jeux télé. Le concept ? Réaliser un trek de 3 km sous 40 degrés (jusque-là vous suivez), mais en marchant toujours sur un tapis. Précision : des tapis aux tailles diverses tirés préalablement au tri par les candidats. Certains se sont retrouvés avec des carpettes excessivement grandes, d’autres excessivement petites. Etienne s’en souviendra probablement à vie… Et les Ouzbeks doivent encore se dire que la France est un drôle de pays.

Une nouveauté fait son apparition cette année : le pass express. Un « énorme joker » qui devait « bouleverser la course », ait expliqué Stéphane Rotenberg en amont de la diffusion de cette saison. Ce pass devait permettre à un binôme d’éviter un duel final – le fameux –, et de continuer l’aventure. Résultat ? Bof. Ce joker a été remporté par Lucas et Nicolas, qui ont survolé la course et n’ont jamais été assez en danger pour justifier de l’utiliser. Bien au-dessus des autres concurrents, les « frères belges » ont sans grande surprise remporté la course lors d’une finale un peu fade. A quand LA nouvelle règle qui bouleversera vraiment la compétition et relancera la machine ?

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