ENTRETIEN. Bernard Lavilliers, en concert dans le Lot : ” En Argentine, je ne mangeais qu’avec du Malbec “

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L’éternel vagabond sera sur la scène du festival Ecaussystème à Gignac le dimanche 31 juillet. Pas question pour autant de poser ses valises dans le Lot, le chanteur enchaîne les dates d’été partout en France et prépare déjà son prochain voyage. Et un nouvel album.

Vous venez de traverser des mois compliqués avec un passage en réanimation. À l’image de votre dernier album ” Sous un soleil énorme”, le soleil est-il revenu dans votre vie ?

Oui, le soleil est revenu depuis un moment déjà. Mais ce soleil énorme dont je parle dans cet album c’est bien celui du réchauffement climatique. Parce qu’il n’y a pas que la guerre. Plus ça va et plus le soleil se rapproche de nous.

Dans votre dernier album composé en Argentine, il est question de résistance, de colère, mais aussi de volupté. Un pays qui vous ressemble ?

C’est vrai. Il y a un état d’esprit militant qui me correspond, je suis allé voir des poètes, ils étaient fatigués. C’est ce que je raconte dans Les porteños sont fatigués. Quand on milite sans arrêt et que rien ne change, on devient blasé. Lassé. Dans Tango noir, je m’inspire d’un groupe local avec quatre bandonéons, cinq cordes, un pianiste et une contrebasse. Un groupe assez étrange. Je suis partie de cette impression. Je connais toute l’Amérique Latine depuis le Mexique jusqu’au fin fond du Brésil mais j’avais encore arrêté d’aller en Argentine jusqu’à présent car je sais les habitants très différents des Sud-Américains. Je voulais les aborder à part, puis composer sur place.

Êtes-vous tombé amoureux de Buenos Aires comme Nougaro en son temps était revenu transit de New York ?

Pas de la même manière mais on peut dire que oui. New York ce n’est pas le même socle, on a tellement vu de films depuis qu’on est môme. Alors, quand on y met les pieds sur l’impression d’être encore dans un film. À Buenos Aires, j’ai pris des notes au café de la Poesjea, dans la vieille ville. J’ai visité à pied, c’est le mieux pour sentir l’odeur de la bouffe, comme dans la rue de Chile, et le cœur de la ville qui bat. Une rue plus loin ce n’est déjà plus la même gueule de gens.

On aime vous imaginer à la fois tendre et rebelle…

Tendre, ça dépend. Je suis avant tout attentif et ouvert. Avant de dire quoi que ce soit, je suis courtois. Je n’écris qu’au moment où je me sens capable de le faire. Rebelle, c’est parce que je ne me fais pas avoir. Je respecte tout ce qu’on me dit comme un détective privé, j’ai trop l’habitude de voyager. Je ne suis pas du genre à croire un mec accoudé à un bar qui me raconte l’histoire de la rue.

Savez-vous quel est le point commun entre le Lot et l’Argentine ? Le Malbec.

Je l’ai goûté en Argentine, d’ailleurs, je ne mangeais qu’au Malbec ! Il est drôlement bon. Et bien fruité. Je connais le Lot car c’est le département de Léo Ferré puis j’ai pas mal d’amis qui habitent dans le coin. Une maison de campagne aussi avec des amis dans le Périgord vert qui n’est pas bien loin. J’ai rencontré beaucoup d’anarchistes dans le Lot.

Est-ce que ce territoire pourrait vous inspirer une composition, vous qui êtes tant attaché aux lieux ?

C’est un lieu grossier et c’est pour ça que j’aime bien. Un désert avec de la caillasse un peu comme au Brésil. C’est assez vertical. Ça peut m’inspirer confiance en tout cas. Je suis un vagabond mais la France reste ma terre ou du moins, mon pied-à-terre.

Votre prochain voyage et peut-être donc votre prochain album ?

Je rêve de retourner au Brésil mais pas tant que Bolsonaro est en place. Je pense aux Indes mais pour ça j’attends d’être sage et d’avoir le temps. Je suis en train d’étudier les poètes du haut Moyen Âge et le patois des coquillards pour un prochain album. Comme un étudiant à la Sorbonne, je lis et je prends des notes.

Dimanche 31 juillet à 20h45 sur la grande scène du festival. Tarif : 39,99€ la soirée. Renseignements au 05 65 32 69 05.

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