Festival d’Avignon : six perles du « off »

► Engagé

Angela Davis, une histoire des États-Unis

Théâtre des Halles, 22 rue du Roi-René, du 7 au 31 juillet à 14 heures (relâche les 13, 20, 27)

Comment décrypter en une heure à peine l’engagement de toute une vie ? C’est la gageure relevée par un trio de choc : Paul Desveaux à la mise en scène, Faustine Noguès à la plume et Astrid Bayiha au plateau. En combinaison de jean et baskets jaunes, la comédienne incarne la célèbre activiste américaine Angela Davis : militante antiraciste, féministe et communiste. Trois combats qui ont succédé pour elle indissociables.

Prenant pour point de départ l’arrestation d’Angela Davis en 1970 pour un meurtre qu’elle n’avait pas commis, la pièce éclaire les facettes de cette lutte multiple. Son terreau, par exemple : une enfance passée dans un quartier d’Alabama surnommé « Dynamite Hill », en raison des plasticages opérés par le Ku Klux Klan… Astrid Bayiha impressionne par un jeu à la fois sobre et intense, maîtrisant le rythme du récit , l’interpellation du public, les explosions de colère et la fureur d’un slam acéré. Le tout au service d’une pensée puissante qui interroge en profondeur le monde d’aujourd’hui.

► Comédie musicale

La Truite

Théâtre du Petit Louvre, 23 rue Saint-Agricol, du 7 au 30 juillet, à 19 h 20

Voilà un bien grand voyage pour un si petit poisson ! Les cinq instrumentistes de l’ensemble Accordzéâm s’entraînent La Truite de Schubert, et le public avec, dans un périple à travers le monde et à travers le temps. De l’Asie à l’Amérique latine, en passant par l’Afrique et la Corse, de la gigue irlandaise au métal en passant par le baroque, le slam ou la pop, le quintette accueille le thème célèbre compositeur du allemand à toutes les sauces, ou presque. Quelle inventivité !

On se régale de ces surprises en cascade – avec pas moins de 60 variations –, agrémentées d’une bonne dose d’humour, d’un brin de poésie et d’un talent fou. Franck Chenal à la batterie, Julien Gonzalès à l’accordéon, Raphaël Maillet au violon, Jonathan Malnoury au hautbois et Sylvain Courteix à la guitare rivalisent de finesse et de loufoquerie pour un spectacle insolite qui ravit l’ouïe, l’œil et le cœur . Une invitation à larguer les amarres et à se laisser aller à la rêverie. À savourer en famille.

► Intime

Pourquoi les lions sont-ils si tristes ?

Théâtre 11-Avignon, 11 boulevard Raspail, du 7 au 29 juillet, à 12 heures

Trois âmes fendues aux chemins tordus oscillent sur le fil des non-dits, dans une valse d’émotions tourmentées. Dans Pourquoi les lions sont-ils si tristes ?, de Leïla Anis et Karim Hammiche, qui signe aussi la mise en scène, Jean, journaliste, veille Georges, son père mourant, en devenant aidant à domicile après quinze ans d’absence. Il retrouve sa fille, infirmière, et Paul, voisin et ami.

Entre éclats de voix et de tendresse pudique, les comédiens évoluent dans la lumière tamisée d’un décor sobre, en bois brut, où les souvenirs confrontent le présent. Trouver les mots qui disent moins mais qui disent mieux, recoudre les blessures creusées par le temps, à la lumière d’une réflexion brûlante autour de la fin de vie. L’intimité des blessures se révèle, suffocante sous une chape de plomb teintée de violence politique. La détresse des soignants et le sens du travail sont interrogés dans des apartés intenses, où les voix se mêlent à un grondement musical saisissant.

► Lunaire

À fleur de mots

Théâtre Pierre de Lune, 3 rue Roquille, du 7 au 30 juillet à 13 h 20

Comment mimeriez-vous les cucurbitacées ? Le spectacle d’improvisation de Julien Cottereau, mime et bruiteur au talent solidement reconnu, et de Fane Desrues, comédienne et chanteuse, répondra à cette question. Les deux protagonistes dévoilent avec simplicité leur parcours, au travers d’un récit original conjuguant poésie et burlesque, chants et mimes bruités.

Accompagnée uniquement d’un piano, Fane Desrues déclare en musique son amour à la vie, à ses lieux favoris et à ses rencontres de cœur. Julien Cotterau, déguisé en lutin, s’empare d’un micro et mime avec l’ingéniosité des mots tirés au sort par le public.

Le duo ouvre les portes de nouveaux imaginaires avec innocence et bienveillance, comme par enchantement. Leurs histoires intimes, à fleur de peau, suscitent progressivement l’admiration. Très vite, le public s’évade et participe intérieurement à cette création chimérique, presque métaphysique, qui laisse place à la spontanéité et à la rêverie.

► Mimé

Frantz

La Scala Provence, 3 rue Pourquery-Boisserin, du 7 au 30 juillet à 17 h 40

Ouvrier dans une entreprise de machines à laver, Frantz mène une existence monotone jusqu’à ce que, un lundi 28 octobre, son père meure. Pour raconter ce bouleversement qui laisse Frantz désemparé, Marc Granier, jeune auteur et metteur en scène, propose une forme ingénieuse et atypique de narration, tout en bruitage et pantomime. Au centre de la scène, Frantz mime les moments clés de sa vie, jouant avec la virtuosité de son corps et de son visage pour exprimer des émotions qu’aucun mot ne parvient à décrire.

Installés devant un établi, trois « bruiteurs » racontent en simultané la même histoire – les états d’âme de Frantz, les atmosphères, les personnages qui évoluent autour de lui – à l’aide d’une palette d’objets hétéroclites et de leurs voix, entre marmottements et borborygmes. Un sac en plastique malmené laisse entendre la mer, un tuyau une respiration haletante… L’émotion et le rire se mêlent au fil d’un voyage de l’ombre vers la lumière, accompli par un Frantz qui entend « rester debout tant que les oiseaux voleront ».

► Poétique

Insuline & magnolia

Théâtre du Train bleu, du 8 au 27 juillet, à 14 h 30

Ce formidable seul en scène autobiographique raconte l’irruption de la maladie dans la vie de Stanislas Roquette. Il a 15 ans et apprend qu’un diabète de type 1 a envahi son corps. « Je ne peux pas guérir ? »demande-t-il affolé au médecin. « Non, mais la recherche avance. Et puis Sharon Stone aussi est diabétique… »lui répond-il.

Armé de ces maigres consolations, il se fond dans son nouveau quotidien entre piqûres, pics de glycémie, sueurs et tremblements. Jusqu’à sa rencontre avec Fleur. Solaire et libre, l’adolescente, qui s’est forgé une langue à elle, lui ouvre les portes de la poésie et de la fantaisie.

Elle remplace le merci par magnolia, l’au revoir par Péloponnèse, convoque Mallarmé, Baudelaire ou Verlaine, et lui apprend à transcender la vie pour « voir l’autre réalité ». Cette amitié amoureuse, salvatrice pour le jeune homme, l’éveillera à sa vocation, le théâtre comme art poétique vivant.

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