Frida Kahlo, au-delà de l’icône

« Son héritage ne mourra jamais parce que de nombreuses personnes se projettent en Frida Kahlo », croit la professeure Kathryn Simpson, qui donne un cours consacré à l’artiste mexicaine à l’Université Concordia. Son œuvre et sa personnalité continuent de fasciner des décennies après sa disparition, alors que s’ouvre l’exposition immersive Frida Kahlo, la vie d’une icône à l’Arsenal.

Selon Kathryn Simpson, l’intérêt de Frida Kahlo pour le communisme, sa bisexualité, son handicap, tout comme sa façon de s’habiller, de se présenter au monde et, en définitive, sa complexité, résonnent plus que jamais avec notre époque, même s’il est nécessaire d’observer son existence dans son ensemble pour la comprendre.

Et plonger dans sa vie, c’est justement ce que propose l’Arsenal à travers des photos d’archives, des films originaux, des installations artistiques hautes en couleur ou encore des pièces de collection. Cependant, on ne trouvera aucune reproduction des œuvres de l’artiste, au profit de projections et de réalités virtuelles pour « plonger plus en avant dans les nouveaux langages immersifs », écrit le centre d’art montréalais. L’expérience permet notamment de mieux cerner la personnalité de Frida Kahlo, avec de nombreuses anecdotes qui en disent long sur son anticonformisme et sur sa transgression des normes sociales du milieu du XXe siècle.

Refus des étiquettes

Pour plusieurs artistes d’aujourd’hui, Frida Kahlo représente bien plus qu’un modèle queer et féministe galvaudé.

Lula Carballo, qui a été publié Créatures du hasard en 2018, puise un certain élan créatif à travers la profondeur de l’âme de Frida Kahlo, son aura, son implication politique et sa manière de vivre ouverte sur les autres et sur l’accueil. « En ce qui concerne l’écriture, elle m’a permis d’assumer le fait que l’on peut transformer l’intime en pratique artistique pour la rendre universelle et transcender la dualité de notre propre vie dans une vision du temps qui serait circulaire plutôt que linéaire, confie l’autrice. J’ai pu mettre des mots et approuver certaines choses grâce à sa façon de sublimer et d’honorer sa transversalité avec magie. »

La richesse du personnage de Frida Kahlo s’explique aussi par son identité plurielle et un refus catégorique des étiquettes. L’artiste multidisciplinaire anichinabée Émilie Monnet confie être depuis longtemps fascinée, entre autres, par le pouvoir de représentation de Frida Kahlo en tant que femme aux origines autochtones. « Sa liberté, son bagage mixte, qu’elle portait avec fierté, sa volonté de ne pas être associée au surréalisme, la fluidité de sa sexualité, son avant-gardisme font partie des choses qui m’ont toujours interpellée », dit-elle .

« L’introspection, le désir, la féminité, le symbolisme et le rapport aux hommes et aux femmes que l’on retrouve dans l’univers de Frida Kahlo de façon très intense ont une immense influence sur mon travail », révèle pour sa part l’artiste Céline B. La Terreur, qui reconnaît aussi une filiation avec Cindy Sherman et les Guerrilla Girls. Bien loin d’une image souvent idéalisée de Frida Kahlo, celle-ci interroge la beauté et les stéréotypes féminins dans son œuvre, et notamment dans son Autoportrait aux mésanges qui date de 2013. « C’est un tableau de moi, un peu triste, dans un champ, et des mésanges me fatiguent les cheveux. J’ai beaucoup pensé à Frida Kahlo quand je l’ai peint, car elle se servait, elle aussi, de ses émotions pour créer », souligne-t-elle.

La vulnérabilité en avant

Céline B. La Terreur admire par ailleurs la détermination de Frida Kahlo, même affectée par la maladie et l’invalidité. Rappelons à ce propos que l’artiste mexicaine avait subi une déformation de la jambe droite après avoir contracté enfant la poliomyélite et qu’elle fut gravement blessée dans un accident de bus à l’adolescence.

« Elle s’est souvent représentée à cœur ouvert ou ensanglantée, comme dans L’hôpital Henry Ford ous Les deux Fridaset je trouve que cet aspect assez déchets transparaît dans mes œuvres. Je pense que ce côté sang me refait énormément, confie Céline B. La Terreur. Frida Kahlo n’essayait pas de s’embellir, au contraire. » Les images de Frida Kahlo avec son monosourcil et sa moustache traduisent ainsi une franchise magnifiée par une « expertise technique remarquable », mentionne-t-elle. Un point de vue que partage Lula Carballo, qui salue cette authenticité. « Frida Kahlo ne cache pas son corps meurtri, les accidents, le corps qui subit la douleur, et c’est recommandé. »

Et Émilie Monnet de renchérir : « Créer est devenu une façon pour elle de guérir. Je suis extrêmement touchée par cette démarche. » La résilience de Frida Kahlo passe selon elle par ce besoin d’exprimer ses tourments intérieurs pour en faire quelque chose qui appartiendrait à l’ordre de la beauté. « Elle a été abîmée par la vie et, en même temps, elle a réussi à transformer cette épreuve en poésie. Elle n’est pas une victime, ajoute Émilie Monnet. Sa façon d’emprunter au subconscient, aux rêves, à une dimension plus invisible et onirique surpasse la douleur. Nous avons tous des prisons intérieures et Frida Kahlo ouvre la voie vers la liberté grâce à sa souveraineté et à son autonomie. »

Frida Kahlo, la vie d’une icône

À Arsenal art contemporain jusqu’au 24 juillet

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