Futur Phi Contemporain dans le Vieux-Montréal | Une signature Berlin-Montréal

Ce sont les architectes berlinois Kuehn Malvezzi associés à l’agence montréalaise Pelletier de Fontenay qui signeront la conception architecturale de Phi Contemporain, le nouvel écrin de la Fondation Phi qui sera intégré entre 2023 et 2026, à l’intersection des rues Saint-Paul et Bonsecours. La Presse a visité les lieux, cette semaine, avec la fondatrice et cheffe de la création de Phi, Phoebe Greenberg.

Publié à 8h00

Éric Clément

Éric Clément
La Presse

Le projet de Phi Contemporain présentait tout un défi aux 64 cabinets d’architecture candidats. Elles doivent tenir compte du statut historique du quartier, du fait que la rue Bonsecours est en pente et que la transformation concernera plusieurs bâtiments en même temps. Les cinq dernières firmes retenues, dont les maquettes avaient été présentées publiquement le 26 avril, s’étaient accommodées de ces contraintes.

Phoebe Greenberg s’est réjouie de la qualité des propositions des cabinets Adjaye Associates, Bruther, Dorte Mandrup, Kuehn Malvezzi+Pelletier de Fontenay et Office Kersten Geers David Van Severen.


PHOTO SEAN MOLLITT, FOURNIE PAR PHI

Vue du quadrilatère dans lequel s’insère un PHI Contemporain

Mais il a fallu choisir et le consortium berlino-québécois est sorti du lot. Phoebe Greenberg a aimé son plan de circulation qui permettra aux visiteurs de découvrir des œuvres de sa collection durant leur parcours. « Je suis ravie, dit-elle. Le concours répond très bien aux définies. Le projet retenu est très élégant, avec un espace public sur le toit. C’est fantastique. »


PHOTO SARKA VANCUROVA, LA PRESSE

Phoebe Greenberg

La maquette n’est pas le plan final de construction. Une équipe technique à soupesé le projet. Des variations pourraient survenir. « Mais la réalisation du projet est solide », dit Phoebe Greenberg.

La Presse a visité, mercredi, le terrain qui accueillera Phi Contemporain. L’espace comprend la Maison Pierre-du-Calvet (qui date de 1725) et la Maison Louis-Viger où a habité le premier maire de Montréal, Jacques Viger. Des lieux patrimoniaux imprégnés d’un style Nouvelle-France avec des tapisseries, de larges cheminées, des lustres traditionnels et 43 fenêtres à petits carreaux !


PHOTO SARKA VANCUROVA, LA PRESSE

L’îlot où sera intégré Phi Contemporain

La superficie qui accueillera de nouvelles fonctions est immense. Il y a même des pièces sous la rue Saint-Paul ! Un potentiel de 3600 m2 permettra à Phi d’installer sur plusieurs niveaux toutes ses activités (sauf le Centre Phi, qui restera en activité au 407, rue Saint-Pierre). Le passage d’un bâtiment à un autre donne une impression de labyrinthe.


PHOTO FOURNIE PAR PHI

Maquette pour la construction de Phi Contemporain. signé Kuehn Malvezzi+Pelletier de Fontenay

« C’est pourquoi la compétition d’architecture a été robuste car le site est compliqué, dit Mmoi Greenberg. Des espaces précieux seront préservés et d’autres, moins significatifs, transformés. Cette dynamique d’une institution contemporaine ancrée dans le passé me fascine car c’est une transformation vers le futur, un geste durable qui raconte aussi l’histoire. »


PHOTO SARKA VANCUROVA, LA PRESSE

La sculpture en pierre représentant un oiseau provient d’une ancienne église montréalaise et sera intégrée dans le nouvel édifice.

On se promène dans des lieux où l’histoire s’est écrite. Dès 1692, Marie Brazeau, considérée comme une des premières féministes québécoises, habitée à cet endroit. Mais la femme « turbulente » dut céder sa maison en bois à son frère Nicolas qui la transforma en pierres. « Quand je vois que Marie Brazeau a vécu ici, je me sens bienvenue ! », dit Phoebe Greenberg.


PHOTO SARKA VANCUROVA, LA PRESSE

Entrée de la maison Pierre-du-Calvet

Les murs de pierres d’origine sont splendides. D’autres structures plus récentes ont moins de cachet, telle la façade du bâtiment située entre la Maison Pierre-du-Calvet et la Maison Louis-Viger. L’historique des lieux a été examiné dans le cadre d’une étude menée par les firmes Kubanek Architecte et ERA Architects et qui aide à comprendre ce qui doit être conservé et ce qui n’a peut-être de valeur.


PHOTO SARKA VANCUROVA, LA PRESSE

Un espace sans valeur historique qui deviendra une salle d’exposition

On traverse ensuite une pièce de la Maison Louis-Viger, pendant un temps occupé par l’écrivain Réjean Ducharme. Des fenêtres, on peut apercevoir, de l’autre côté de la rue, l’appartement de Phyllis Lambert, fondatrice du Centre canadien d’architecture et grande protectrice du patrimoine. « Elle a demandé qu’on ne coupe pas l’arbre situé près de la Maison Louis-Viger, dit Phoebe Greenberg. On va voir ! » À noter que la maquette de Kuehn Malvezzi+Pelletier de Fontenay comprend des arbres. Mmoi Lambert pourrait être satisfaite.

  • Une cour arrière trouvera assurément une autre fonction.

    PHOTO SARKA VANCUROVA, LA PRESSE

    Une cour arrière trouvera assurément une autre fonction.

  • Un espace où une partie sera conservée et une autre transformée

    PHOTO SARKA VANCUROVA, LA PRESSE

    Un espace où une partie sera conservée et une autre transformée

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Ce projet immobilier et culturel dépasse les 100 millions, compte tenu de l’augmentation récente des coûts de construction. Mais aussi parce que ce montant comprend les fonds pour les activités des premières années de Phi Contemporain, ainsi que l’investissement nécessaire pour acquérir (10 millions) et restaurer (60 millions) les bâtiments existants.

Des travaux vont commencer dès cet été. « Des interventions se font sur les murs de soutenement, dit Éric Albert, PDG de Phi. Et des fouilles archéologiques auront lieu au niveau du stationnement. » Un micro-site sera créé par Phi dans quelques mois pour permettre au public de suivre la progression des travaux dès juillet 2023 et de consulter des photos des lieux avant leur transformation.


PHOTO SARKA VANCUROVA, LA PRESSE

Éric Albert, PDG de Phi

Pour Phoebe Greenberg, il est important de rendre hommage à ces lieux qu’on transformera. Quand elle avait fait rénover la bâtisse du 407, rue Saint-Pierre, entre 2009 et 2012, pour créer le Centre Phi, elle avait eu l’idée d’inviter le cinéaste Denis Villeneuve à y créer une œuvre. Ce fut le court métrage Étage suivant. Même a choisi à la Fondation (rue Saint-Jean) où des images avaient été tournées.

En plus de documenter cet îlot du Faubourg Bonsecours où s’ouvrira une nouvelle page de l’histoire locale, Phi le célébrera dès le 19 septembre et jusqu’en janvier 2023, en partenariat avec la Ville de Montréal, avec une animation de ces vieilles maisons au moyen de projections de lumière à l’extérieur mais aussi à l’intérieur. Une illumination sur le thème de la vie des oiseaux.

Phobe Greenberg est emballée par ce projet qui compte énormément pour elle car elle a beaucoup d’ambition avec Phi Contemporain. « C’est un modèle clair et contemporain qui fera tourner nos expositions partout dans le monde, dit-elle. On fera des partenariats internationaux avec des institutions et des gens ayant le même genre de vision. Aujourd’hui, je crois que ce geste de création de Phi Contemporain est très important car on doit, plus que jamais, avoir un regard dont la porte d’entrée soit l’art. C’est la capitale. »

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