Gaël Faye ce soir à Pause Guitare : « Je ne peux pas vivre sans l’écriture »

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Auteur, compositeur, interprète, écrivain, scénariste, metteur en scène de documentaire, Gaël Faye est un artiste surdoué qui sera sur la scène de Pause Guitare ce mercredi 6 juillet.

Gaël Faye est un ovni de la création. Tout ce qu’il touche se transforme en or. Auteur-compositeur- interprète d’électro-rap à succès, prix Goncourt des lycéens pour son magnifique livre « Petit pays », scénariste, créateurs de documentaire, il n’y a aucune fausse note. Interview d’un bijou brut de la chanson française.

Vous allez nous proposer quoi le 6 juillet sur la scène de Pause Guitare ?

De la chanson française sous influence rap et d’électro. On va passer un bon moment.

Vous aimez l’univers des festivals où le temps imparti est plus court sur scène, avec un public qui, parfois, n’est pas venu particulièrement pour vous voir ?

J’adore ces instants. Il faut adapter son spectacle, passer à des heures parfois compliquées, rencontrer un public qui pour certain n’est pas là pour vous. C’est génial. Il faut aller les chercher, montrer votre univers. Je me régale sur les festivals d’été.

Vous multipliez les expériences : la musique bien sûr, mais aussi écrivain, scénariste, documentariste. Ce ne sont pas les mêmes métiers, la même construction intellectuelle…

Oui, mais il y a un fil commun dans tout ça. Une cohérence dans mon travail, dans mes mots. J’ai besoin de tout pour me construire. La musique est une conception collective, même si je l’avoue, je m’attache avant tout aux mots plus qu’au son. Pour écrire un roman, c’est un parcours très solitaire. Quant au cinéma, il y a moins d’écriture car vous êtes liés aux contraires techniques et limités. En résumé, je creuse mon sillon avec évidemment, en toile de fond, le génocide rwandais.

Vous êtes né d’un père français et d’une mère rwandaise. Vous avez dû fuir votre pays pour la France, pendant le terrible génocide perpétré par les Hutus contre les Tutsi. Vous avez réussi à vous reconstruire après de tels événements ?

Évidemment que cela a été très difficile. On ne va pas le cacher. Aujourd’hui encore, une très grande partie de mon travail est liée à ce pan de ma vie. Face à cette situation extrême du déracinement, du mode de vie différent, ma grande chance c’est quand on est jeune, on est plus plastique face à de tels bouleversements. Ce n’aurait pas été la même chose si j’avais été plus âgé et qu’une grande partie de ma vie avait été faite au Rwanda.

Vous l’avez trouvé où votre équilibre ?

Dans l’écriture et la lecture. C’est là que j’ai trouvé refuge et que je me suis intégré.

Le succès, on le gère bien ?

Sincèrement, succès ou pas, cela n’a pas d’importance dans mon travail. Même si le public n’avait pas été au rendez-vous, j’aurais continué dans cette voie. Je ne peux pas vivre sans l’écriture. Mais on doit bien reconnaître que c’est toujours très agréable, de vivre de son art. Le miracle, c’est de plaire au plus grand nombre. Imaginez que mon livre a été traduit en 40 langues. Une sorte d’universalité que l’on a du mal à comprendre. Lors d’un voyage en Sibérie, j’ai rencontré un homme dont on n’avait aucun lien, aucune commune et qui avait adoré mon livre. J’ai été bouleversé.

Le succès permet d’ouvrir quelques portes ?

C’est certain, mais la vraie bonne a choisi du succès, c’est que cela nous légitime auprès des proches. On n’a plus besoin de se justifier, alors que l’on reste toute une journée à écrire dans sa chambre. On n’entend plus : « Fait autre chose, personne ne te lit. Trouve un vrai boulot ! » C’est agréable comme situation.

Il y a un vrai retour des chansons à texte…

C’est vrai. Mais elle existait déjà depuis plusieurs années. Mais ces chansons sont devenues plus populaires. Tant mieux.

Plus jeune, vous écoutiez Brel et Brassens…

Absolument. Ajoutons, Bashung, Le Forestier et tant d’autres. La langue française est tellement formidable.

Et la scène ?

C’est génial. C’est là où un artiste doit être, rencontrer, communiquer avec son public. S’il n’y avait que le studio, ce serait bien triste.

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