Galerie Duran | Machaal | Les portraits soignés de Shawn Huckins

Intéressé par l’histoire, la politique et la mode, le peintre américain Shawn Huckins expose pour la première fois en solo à Montréal. Ses portraits colorés combinant art contemporain et académisme du XVIIIe siècle, qui sont collectionnés dans le monde entier, atterrissent enfin chez nous.

Publié à 8h00

Éric Clément

Éric Clément
La Presse

La galerie Duran | Mashaal, d’Andres Duran et Sarah Mashaal, a adapté la semaine dernière ses nouveaux locaux de la rue Sherbrooke en vernissant une exposition du peintre figuratif américain Shawn Huckins. Celui-ci présente une série de tableaux avec de beaux drapés qui ne pouvaient mieux convenir puisque cet espace était auparavant occupé par la section Hermès du magasin Holt Renfrew.


PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

Tissus divers : Bashi-Bazouk (d’après Gérôme)2021, Shawn Huckins, huile et acrylique sur toile, 112 x 76 cm

Shawn Huckins a grandi au New Hampshire, où il réside toujours, près du mont Monadnock. Il est issu d’une famille où les hommes sont charpentiers de père en fils. « J’ai le gène du travail manuel, dit-il. Quand j’étais jeune, j’étais plutôt gros et je dessinais souvent. »

À 9 ans, quand ma grand-mère s’est éteinte, j’ai produit son kit de peinture. Mais c’était affreux, alors j’ai laissé tomber et je ne me suis pas remis à peindre qu’à l’âge de 16 ans. J’ai alors eu de très bons professeurs qui m’ont appris les bases du portrait.

Shawn Huckins

Shawn Huckins a pris un grand virage durant la pandémie avec ce nouveau corpus, Linge sale, qu’il présente à Montréal. Il a mis de côté le style de peinture qui l’a fait connaître, soit des tableaux analytiques ou critiques des États-Unis, avec des commentaires politiques écrits en surimpression, une démarche dénonçant les dérives actuelles de la démocratie américaine.


PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

Washington traversant le Delaware : consommation d’alcool critique2019, Shawn Huckins, acrylique sur toile, 157 x 244 cm

« Je m’ennuyais pendant le confinement, dit-il. J’avais besoin de quelque chose de vivifiant, de coloré, alors je me suis mis à peindre les tissus des vêtements de ma garde-robe ! » De fil en aiguille, sa nouvelle approche s’est inspirée des portraits de la peinture européenne et américaine des XVIIIe et XIXe siècles. D’artistes tels que Jean-Léon Gérôme, Marie-Victoire Lemoine, Adriaen van der Werff, Joseph Highmore, Gilbert Stuart ou encore John Singleton Copley. Il a alors peint des œuvres où le personnage est voilé de tissus colorés, après avoir placé ces tissus sur des mannequins de couture, dans son atelier.


PHOTO DOMINIQUE GRAVEL, LA PRESSE

Rouge et noir : Mme Freeman Flower (d’après Highmore)2021, Shawn Huckins, acrylique sur toile, 112 x 91 cm

« C’est une série plus personnelle, dit l’artiste de 38 ans. Les peintures parlent de qui je suis, en tant qu’artiste. En tant que personne. Les couleurs se réfèrent aux vêtements que je porte. Ils détournent la tête ou le corps, ce qui révèle un peu mon insécurité. On a tous des traits de notre identité cachée que l’on n’ose pas révéler. On présente souvent aux autres une façade de soi-même. »


PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

Portrait américain I : Elizabeth Murray (d’après Copley)2022, Shawn Huckins, huile et acrylique sur toile, 183 x 137 cm

La peinture de Shawn Huckins est soignée. Les ombrages, la douceur des bras et de la peau, la façon délicate de reproduire le froissé et les plis des tissus. On constate de près son immense talent. Il a mis 12 ans avant d’atteindre une telle maîtrise. « La technique du portrait est complexe, dit-il. Le moindre détail raté peut ruiner tout le travail. Ce qui m’a donné le plus de mal, c’est le coloris de la peau, car quand elle est pâle, les nuances ne varient pas beaucoup. »


PHOTO DOMINIQUE GRAVEL, LA PRESSE

Rouge et Noir : Theodore Atkinson Jr. (d’après Copley), 2022, Shawn Huckins, acrylique sur toile, 72 po. x 54 po

Shawn Huckins, dont c’est la première visite à Montréal, est représenté par sept galeries. Cinq aux États-Unis, une en France et Duran | Mishaal, à Montréal. Il a déjà montré ses toiles en Allemagne, au Danemark, en France, au Mexique et bien sûr dans son pays. Il est collectionné dans le monde entier. Parmi les œuvres exposées à Montréal, la moitié est déjà vendue. « Il n’en reste que six, dit Andrés Duran. Les tableaux partiront à Singapour, Londres, Hong Kong ou encore Taiwan. Grâce à sa technique impeccable, sa notoriété s’est beaucoup élargie pendant la pandémie, notamment avec Instagram. »

À la galerie Duran | Mashaal, au 1300, rue Sherbrooke Ouest, jusqu’au 2 juillet

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