Gallician : couper sa péniche en deux, l’ultime recours de l’artiste Pierre Besson pour conserver son atelier

Mis en demeure par le port de Gallician pour l’état de son embarcation, l’artiste a ouvert une cagnotte pour récolter les fonds nécessaires à une opération qui amputera de moitié sa péniche-atelier Vagari.

20 ans qu’il est installé sur la Viarhôna. 20 ans qu’il a monté son atelier dans cette péniche de 200 m², achetée entièrement vide et équipée au fil des années. 20 ans de sculptures, de musique et de peintures. Une ode à la création artistique qui pourrait aujourd’hui toucher à sa fin, faute de pouvoir rassembler la somme nécessaire aux travaux.

L’art contre la maladie

Né à Moulins, dans l’Allier, Pierre Besson est diplômé de la promotion 87 des Beaux-Arts de Montpellier. “Quand vous sortez des Beaux-Arts, vous pensez que vous faites partie d’une élite artistique. Mais rapidement, vous vous rendez compte que vous faites surtout partie d’un tout petit groupe qui s’intéresse à l’art”. Un temps professeur de dessin à la chambre de commerce et d’industrie de Nîmes, il s’établit à Campagne, près de Sommières, et fonde avec sa femme l’association culturelle “Dard d’art à part d’âme”, qui rassemblera jusqu’à 600 adhérents.

Pierre Besson, artiste, sculpteur, peintre et musicien, doit se séparer de la majorité de ses œuvres en prévision des travaux.

Pierre Besson, artiste, sculpteur, peintre et musicien, doit se séparer de la majorité de ses œuvres en prévision des travaux.
– – Pierre Besson

En 2001, l’association ne survit pas au divorce du couple, et l’artiste décide alors de démarrer une nouvelle vie de création sur le canal du Rhône à Sète. Au même moment, le Bourbonnais apprend qu’il est atteint de la sclérose en plaques. Malgré la maladie, le “capitaine ad hoc” s’accroche à son rêve et met la main sur une péniche pour 35 000 euros, et petit à petit, l’atelier Vagari prend forme. “À l’époque, je pensais que j’allais obtenir l’appui des offices de tourisme pour lancer une dynamique culturelle. Mais rien, les gens ne s’intéressent plus à l’art”. S’il parvient à exposer ses œuvres à la capitainerie voisine, et à vendre quelques pièces aux collectionneurs, les affaires se compliquent d’année en année. “Ils sont devenus rares, ceux qui achetaient une pièce pour les mettre dans leur salon. La déco, c’est souvent du IKEA maintenant”.

Les péniches de plus de 20 mètres de long sont soumises à un plan de sondage tous les 10 ans, déterminant dans le renouvellement des emplacements portuaires. La dernière expertise a révélé des fragilités dans la coque de la péniche-atelier, mettant l’artiste au devant de réparations s’élevant à plus de 80 000 euros. Une somme colossale pour l’artiste qui, outre les ventes de ses œuvres, vit avec la seule allocation pour adulte handicapé, soit 900 euros par mois. “C’était inatteignable”concède-t-il, visage fermé.

Une cagnotte pour ne pas couler

Vient alors l’idée de couper l’embarcation de 38 mètres en deux, pour la faire tomber en dessous du seuil de 20 mètres, permettant ainsi le renouvellement de l’emplacement le temps de trouver les fonds nécessaires aux réparations. Une opération moins chère, de l’ordre de 30 000 euros, mais qui nécessite de vider la péniche avant qu’elle soit transportée à Sète pour procéder à la découpe. Et malgré la localisation d’un petit local à Vauvert, Pierre Besson sait qu’en se séparant d’une demi-péniche, il devra sacrifier la quasi-totalité des œuvres supprimées au cours de 20 ans de création.

Pour chaque don, Pierre Besson adresse une de ses œuvres à hauteur de chaque contribution.

Pour chaque don, Pierre Besson adresse une de ses œuvres à hauteur de chaque contribution.
– – Pierre Besson

Depuis un mois, Pierre Besson travaille donc jour et nuit à organiser son déménagement et à trier deux décennies de création sans relâche. Le 23 juillet, qu’il ait fait la somme ou pas, la péniche prendra le chemin de Sète, en espérant revenir à Gallician une fois ratiboisée. “C’est peut-être l’énergie du désespoir, mais je n’ai pas le choix. Je me bats comme un fou pour trouver les fonds et éviter une fin dramatique”. Pour sauver son atelier, une cagnotte a été créée. Elle cumule aujourd’hui autour de 2 250 euros. Pour chaque bonne âme, l’artiste envoie une œuvre à hauteur de la contribution, de 5 à 3 000 euros.

La cagnotte de Pierre Besson est à retrouver ici.

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