INTERVIEW – Emma Daumas : « Je ne sais pas si la notoriété me manque »

De pop star à auteure-compositrice. Des paillettes à la campagne. D’élève de Académie des étoiles un artiste accompli. Dans son cinquième album L’art des naufrages, Emma Daumas se livre sur sa vie de jeune femme devenue maman. Alors qu’elle dévoile une version plus sombre de son single Saltimbranques ce vendredi 20 mai, elle s’est désignée auprès de Gala.fr sur le chemin parcouru.

Cinq albums et un livre plus tard, Emma Daumas a troqué son look de Lolita rebelle et girly pour celui d’une artiste à l’univers plus sage et mature. Fini le tourbillon, désormais, place à la pudeur et à la résilience. Maman de deux enfantsl’ancien élève de Académie des étoiles se raconte en chanson. Avec son cinquième opus L’art des naufrages, elle continue de se dévoiler à travers le regard qu’elle porte sur le monde. Celui d’une jeune femme devenue une artiste accomplie.

À l’occasion de la sortie d’Abyssal Remixer du célibataire Saltimbranquesce vendredi 20 mai, Emma Daumas se confie à Gala.fr sur son parcours de la lumière aveuglante des maisons de disques à son retour aux sources, en passant par l’écriture de son univers avec un certain Maxime Le Forestier.

Gala.fr : Votre cinquième album L’art des naufrages une histoire un peu particulière…

Emma Daumas : C’est un album qui s’est fait dans la douleur. En 2016, j’étais en résidence à la Cité internationale des arts de Paris. Je travaillais sur les chansons de mon album qui aurait dû s’appeler Vivante, avec l’agent et l’éditeur Danièle Molko. C’était ma maman agent et malheureusement en 2017, elle est décédée très brutalement quelques jours après que je lui ai envoyé cette chanson qui s’appelait L’art des naufrages. Ça a été un tsunami dans ma vie personnelle et professionnelle. Ce disque ne pouvait plus s’appeler Vivante. Je me suis dit que L’art des naufrages parle de résilience, du fait que dans la vie on a des épreuves, que tout passe et qu’il faut s’en servir comme des forces. Et c’est ce que j’ai fait : j’ai monté ma propre structure et j’ai rencontré mes chansons à la scène et au public. Avec ma petite équipe, on a intégré un spectacle pluridisciplinaire, qu’on a joué à Avignon en 2019 et ça a été le début de l’aventure L’art des naufrages qui raconte l’histoire d’une jeune fille qui devient une femme. Et à la suite de cette expérience magique, j’ai fait un album qui porte le même nom.

Franck Loriou

Gala.fr : Le public est-il toujours au rendez-vous ?

Emma Daumas : Le public qui a compris qui j’étais, il est là et il est très fidèle (rires). Il m’a suivi dans toutes mes explorations. Après avoir passé dix ans dans les maisons de disques, dans un circuit traditionnel, je suis revenu en province. J’ai commencé à travailler avec des artistes contemporains, j’ai fait de la performance, j’ai travaillé dans un cabaret de Spectacle de monstres (rires), je me suis mise à l’impro. J’avais besoin d’un retour aux sources et à partir du moment où j’étais revenu sur mes terres, je me suis un petit peu lâchée. Je me suis redécouverte en tant qu’artiste, j’ai compris que j’étais un petit peu plus underground que ce que mon début de carrière a laissé entendre. Je n’ai jamais fait deux fois le même album, mais L’art des naufrages reste un album de pop parce que je suis attachée à ça. Le nerf de ma guerre, c’est d’avoir toujours un texte, un propos au centre et un décorum musical pop.

Gala.fr : Vous avez fait les choses à l’envers. D’abord vous avez été une pop star et après une artiste en écrivant vos textes…

Emma Daumas : J’écrivais déjà à l’époque, mais ce n’est pas ce que l’on mettait en avant. J’ai démarré à 18 ans, je n’avais pas les rênes assez solides pour assumer totalement mon univers et puis, je pense que j’étais aussi un peu plus docile parce que je n’y connaissais rien. Mais ma chance, c’est que je savais ce que je ne voulais pas. Une fois que je suis sortie de la Ac étoile‘, j’ai quand même travaillé avec des gens qui respectaient quand je disais ‘non’, mais il y avait d’autres enjeux. Ce qui me manquait et me frustrait, c’était la reconnaissance en tant qu’auteure et compositeur. J’ai donc pris le temps de travailler avec Maxime Le Forestier qui m’a donné beaucoup de conseils. Et j’ai commencé à développer mon univers.

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Gala.fr : C’est ce parcours à Académie des étoiles que vous racontez dans le titre Saltimbanque ?

Emma Daumas : Saltimbanque parle un peu de ça. Ce métier reste une drogue et j’en parle aussi dans Supernova (aux éditions Scrineo), du rapport qu’on a au public. L’amour du public, c’est extrêmement fort, mais cet amour est un peu opaque. On est une toile de projection de tous les fantasmes des gens. Quand on est connu, on a un personnage et ce personnage essaie de toujours attirer et capter ce désir fou et mutuel.

Gala.fr : Cela veut dire que la notoriété vous manque ?

Emma Daumas : C’est une bonne question… Je ne sais pas si la notoriété me manque. Pour moi, la célébrité a été un petit peu difficile à vivre de façon intime et personnelle. J’ai trouvé que cela nous isolait beaucoup. On est obligés d’être chez soi, on se protège. Les gens ont un peu des attitudes et des postures. Les échanges ne sont plus les mêmes. À un stade de haute notoriété, même les gens que vous connaissez très bien changent d’attitude. Ça, c’est très déstabilisant. J’avais l’impression d’être un peu perdu. Mais cela reste génial d’avoir plein d’avantages. Aujourd’hui, j’ai plutôt l’impression d’avoir quelque chose choisi d’intéressant, d’apaisant et d’apaisé. Les gens transmettent de savoir qui je suis, je peux rencontrer des gens que j’aime bien. J’ai trouvé une forme d’équilibre. Mais oui, il y a quelque chose d’addictif. Dans ce tourbillon, il y a une euphorie et ce sentiment me manque.

Gala.fr : C’est ce que vous racontez dans le titre À la foliequi est très sombre et qui parle d’addiction ?

Emma Daumas : Ça aurait pu avoir un lien parce que quand on est dans un état d’euphorie… Mais non, À la folie parle d’un amour toxique et qui se transforme en monstre. Un amour monstrueux.

Gala.fr : Vous avez déjà vécu un amour toxique ?

Emma Daumas : Tout cet album est hyper personnel. C’est un album qui retrace mon parcours et mon cheminement.

Gala.fr : Aujourd’hui sort le remix de votre titre Saltimbranquesdans une version plus sombre…

Gala.fr : Je ne suis pas animé par les mêmes choses que lorsque j’ai écrit ce disque. Entre-temps, il y a eu une pandémie mondiale et cela a apporté beaucoup de complications pour beaucoup de gens et aussi dans mon métier. Le son de cette chanson et le thème racontent cet artiste à la recherche de succès et qui se casse la gueule en permanence. Ça devient de plus en plus difficile et le son est plus sombre pour ça. Aujourd’hui mon système est plus artisanal, je suis moins exposé, je le vis de façon plus entière, mais mon système est quand même très menacé parce que la culture a morflé, parce qu’on est en pleine crise économique, que les gens n’ont pas de l’argent à mettre dans l’art et la culture. Les concerts s’annulent et se rapportent parce que les gens ont peur d’aller dans les salles. Et ça m’inquiète. C’est la première fois que je me pose pour de vrai la question : “Qu’est-ce qu’on va devenir ?”

Gala.fr : Dans la chanson Nouveau monde, vous évoquez la maternité. Et puis, il y a le titre Les jeunes filles en fleurs. Ce morceau, vous l’avez écrit en pensant à votre fille qui grandit, ou pour la jeune que vous avez été ?

Emma Daumas : Je pense que c’est un peu de tout ça. Avec le recul, je pense que cette chanson parle de la jeune fille que j’ai été aussi et elle s’adresse aux jeunes filles d’aujourd’hui. J’avais envie de parler de la pudeur, ce sentiment un peu malmené depuis quelques années. On est dans une société qui déballe beaucoup de choses et qui oublie la notion de jardin secret. À vouloir tout le temps montrer aux autres, être sous le regard des autres, cette déconnexion de soi se fait à des âges très jeunes. Les enfants ont envie d’avoir ce personnage pour plaire aux autres. Ce que j’explique à ma fille, c’est que pour plaire aux autres, il faut avant tout se plaire à soi et être aligné avec soi-même. Ce n’est pas obligé de se faire belle.

Gala.fr : Elle sait que vous avez fait Académie des étoiles et que des jeunes filles ont eu des affiches de vous dans leurs chambres ?

Emma Daumas : Oui, oui bien sûr. Il y a une certaine fierté d’avoir une maman qui a connu ça. Un peu de curiosité et puis en même temps, elle ne me fait pas trop de cadeaux non plus (rires). Ça peut lui arriver de me dire : “Ah cette photo, je n’aime pas du tout ! Ça ne te va pas du tout maman !” Mais pour l’instant, elle dit qu’elle ne voudra pas faire ça, elle ne s’identifie pas. Elle n’est pas fournie par la musique à notre grand désespoir, mais tant mieux aussi. Je pense qu’elle a des trésors de capacités artistiques en elle, mais ce ne sera pas la musique si ça doit se révéler un jour, je pense.

Gala.fr : Vous avez tourné la page de Académie des étoiles, mais pas le programme reviendra à la rentrée sur TF1. Est-ce que vous allez regarder ?

Emma Daumas : Je pense que je vais regarder par curiosité. Je suis curieuse de voir quoi vont être les candidats d’un télé-crochet comme Star Academy, mais en même temps ça va dépendre de l’émotion dégagée. Il m’arrive de m’attacher à un candidat que j’ai vu passer parce que j’ai vu ou entendu quelque chose qui m’a touché. Dans La voix, ça m’arrive d’avoir un coup de cœur. J’ai vu passer un mec qui s’appelle Gabin, j’ai adoré et maintenant je le suis parce que je trouve qu’il a une fibre artistique magnifique. Mais je ne suis pas un être nostalgique.

Gala.fr : Si Endemol vous appelle pour vous proposer de chanter avec l’un des candidats, cela vous tenterait ?

Emma Daumas : Ils m’ont déjà appelé pour les 20 ans de la Étoile Ac’. Je leur dirais exactement la même chose : si on arrive à construire quelque chose ensemble, de l’ordre d’une vraie collaboration, que je vienne défendre un univers qui me correspond, j’y vais avec grand plaisir. Je n’ai aucun problème avec la Étoile Ac’au contraire. J’étais là pour les 20 ans. Ma vie a changé grâce à ce télé-crochet. J’ai vécu des choses extraordinaires, mais avec mes 20 ans de carrière, j’ai acquis un bagage, un univers et je n’ai pas envie de le travestir. Si on arrive à se mettre d’accord avec l’univers que je viens défendre avec grand plaisir.

Gala.fr : Vous avez grandi en écoutant de Georges Brassens, les Beatles… La musique d’aujourd’hui, est-elle devenue l’art des naufrages ?

Emma Daumas : (Rires). Ça fait vieux jeu de dire ça, mais c’est vrai que j’ai du mal à me reconnaître dans les musiques actuelles. La musique urbaine a pris beaucoup de place dans le paysage musical. Alors parfois il y a un rappeur qui sort du lot comme Nekfeu et Orelsan, qui sont des artistes que je peux trouver cohérents, intéressants et qui me touchent. Mais ce n’est pas ma culture, donc je peux avoir du mal à me retrouver dans tout cela. Depuis quelques années j’ai créé l’association Les enfants sauvages musiques avec laquelle on repère et on essaie de donner un peu de visibilité à de jeunes talents. Je me rends compte qu’il y a énormément de talents et de potentiels et dans tous les styles. Ils sont encore plus avancés et pointus que nous. Mais je trouve qu’on est dans une ère qui a tendance à tout tirer vers le bas et il y a de moins en moins de contraste et de relief d’un artiste à l’autre, dans la musique. On perd la personnalité, l’identité des artistes.

Crédits photos : Frank Loriou

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