« J’ai imaginé ce film comme une romance »

D’où est partie l’envie de parler de la communauté rom ?
Mélanie Merlant –
Comme souvent, une rencontre. Il y a sept ans, en préparant un court-métrage sur le sujet, j’ai fait la connaissance d’une famille originaire de Roumanie et une amitié forte s’est nouée. J’ai aimé leur rapport au présent et compris aussi que cette façon de vivre au jour le jour était liée à leur précarité. Car la communauté fait face à de lourdes difficultés d’insertion et est la cible de nombreuses idées reçues. On la rend invisible tout en entretenant des clichés qui répondent au racisme et à la discrimination. Pour répondre à la demande de ces gens qui avaient des choses à dire sur leur histoire, j’ai réalisé un court-métrage en forme de film social, puis imaginé ce premier « long » comme une romance. Mais le message politique n’est pas loin, puisque ces Roms, que l’on a l’habitude de voir arriver chez nous, recueillent ici des amies, réunies pour un enterrement de vie de jeune fille. Cela permet de louer leur capacité d’entraide et leur simplicité.

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Le désir de se réaliser-il profondément ancré en vous ?
Mélanie Merlant – Il est apparu à la fin de ma troisième année au Cours Florent, après un drame familial. Mon père ayant passé plusieurs années à l’hôpital, j’ai eu envie de partager certaines scènes ou émotions que je traverse. Les choses se sont déroulées dans un ordre différent puisque c’est après avoir achevé mes fictions que j’ai réalisé un documentaire sur les handicapés que sont mon père et ma sœur, mais également sur les gens qui les permettent, en l’occurrence ma simple. Je ne me sentais pas spécialement légitime pour passer derrière la caméra, mais ça a été à chaque fois une forme de nécessité.

Travailler tôt ne vous at-il pas empêché de vivre votre vie de jeune femme ?
Mélanie Merlant – Comme j’ai commencé par le mannequinat, j’ai en effet été indépendant dès l’âge de 18 ans et, en m’installant à Paris pour suivre une formation au Cours Florent, j’ai vite décroché des rôles au cinéma et à la télévision. J’ai toujours privilégié mon travail, puisque c’est comme ça que je suis heureuse et que je m’épanouis, mais cela ne m’a jamais empêchée d’avoir des histoires d’amour, jusqu’à me marier – même si je ne le suis plus aujourd’hui. Pour autant, je me pose toujours la question de savoir si je veux avoir des enfants ou si je suis autorisé par un schéma social. Car ma famille, actuellement, ce sont mes amies, et mon compagnon le comprend très bien.

C’est un choix de vote part d’être associé à un cinéma d’auteur ?
Mélanie Merlant – Oui et non. Ayant besoin de mettre du sens dans ce que je fais, j’aime participer à des films qui ont une vision artistique et apportent à un dialogue. C’était notamment le cas pour ceux de Marie-Castille Mention-Schaar [les Héritiers, Le ciel attendra, A Good Man] et Portrait de la jeune fille en feude Céline Sciamma, ou encore de Géant, de Zoé Wittock. Et quand vous faites des choix, on vous enferme volontiers dans un genre…

« Quand je joue, on peut tout me demander ! Je n’ai pas de limites… »

André Techiné, qui vous a dirigé il y a peu, faisait-il partie de votre panthéon ?
Mélanie Merlant – N’étant pas issue d’une famille de cinéphiles, je ne connaissais rien de son œuvre, mais en tournant les pieds sur terre [prochainement en salles], j’ai découvert un sacré personnage ! André a son caractère, mais je l’adore ; je le trouve plus vivant que la plupart des gens qui exercent ce métier. Il a une manière très personnelle de diriger les acteurs, de mettre en scène, et il véhicule une simplicité qui donne accès à la vérité. C’est le plus beau « Action ! » que j’ai entendu sur un plateau ; on lit dans ce mot tout son amour du cinéma et de la vie.

Habituée aux sujets forts, vous incarnez bientôt à l’écran une rescapée du Bataclan…
Mélanie Merlant – Dans Un an, une nuit, le film qu’Isaki Lacuesta a librement adapté de l’autobiographie de Ramon Gonzalez, je forme avec Nahuel Pérez Biscayart un couple qui a survécu à l’attentat. C’était naturellement une expérience très forte.

Et, actuellement, vous goûtez à la comédie populaire avec Olivier Nakache et Eric Tolédano…
Mélanie Merlant – Effectivement, je tourne leur prochain film, Une année difficile, où j’incarne une militante écolo aux côtés de Pio Marmaï et de Jonathan Cohen, deux pointures en matière de comédie. Je prends beaucoup de plaisir sur ce plateau et j’ai l’impression que ce projet m’emmène encore ailleurs. C’est le grand plaisir de ce métier : chaque rencontre avec un cinéaste vous embarque dans un univers et vous fait voir les choses différemment.

À Cannes, vous nous avez des surprises en vous révélant très drôle dans le film de Louis Garrel…
Mélanie Merlant – Ça a été une surprise pour moi aussi ! Découvrir, dans l’innocent [en salles le 12 octobre], que je pouvais faire rire les gens m’a étonnée, car je ne suis pas drôle dans la vie. A part dans le cercle fermé de mes copines, je ne m’autorise pas à l’être, par peur du jugement ou de blesser. J’ai toujours tellement voilé à ne pas me moquer des autres et à être gentille, discrète – comme la société le demande souvent aux filles, d’ailleurs –, que je ne me le suis jamais permis.

Lorsque vous interprétez un personnage, craignez-vous aussi d’être jugé ?
Mélanie Merlant – Non, quand je joue, on peut tout me demander ! Je n’ai pas de limites et je n’ai pas peur d’être ridicule. Pour son film, Louis Garrel me poussait à cabotiner, à en faire des tonnes, à oser tout ce que l’on nous apprend à ne pas faire. Et même si je n’étais pas sûr du résultat, je m’y plais volontiers.

Vous avez récemment donné la réplique à Cate Blanchett. Quel souvenir en gardez-vous ?
Mélanie Merlant – Verser Le goudron [en salles le 22 février 2023], l’histoire d’un chef d’orchestre allemand, le réalisateur américain Todd Field nous a réunis trois mois à Berlin. Le tournage était une grosse machine et j’ai d’abord eu très peur de ne pas être à la hauteur. Mais Cate étant extrêmement sympathique et drôle, elle a su me mettre à l’aise. Il n’empêche, elle est éblouissante, son jeu est dingue et elle travaille énormément. Moi qui avait l’impression d’être une bûcheuse, j’ai pris une leçon !

Que ferez-vous cet été ?
Mélanie Merlant – Fin juillet, j’irai dans ma maison de famille, au Pouliguen, pour préparer mon deuxième long-métrage. C’est une fiction mêlant gore, thriller et comédie. Elle retrace l’histoire de trois femmes vivant ensemble dans un appartement marseillais qui donne sur les fenêtres d’un voisin suscitant tous les fantasmes. Ce film est sur fond d’histoire personnelle, puisqu’il est inspiré du gynécée que j’ai créé avec mes amies lorsque j’ai quitté mon ancienne vie. J’écris avec Clara Lama-Schmit et Sanda Codreanu, qui jouent aussi dans le film. Mais il reste encore à trouver le troisième colocataire et l’homme d’en face… que l’on se fera un grand plaisir de dénicher ! Etant des femmes engagées, on souhaite inverser les codes et en faire une sorte d’homme-objet. [Rires.]

Mi jubita mon amour, de Noémie Merlant. Sortie le 27 juillet.

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