« Je converse avec les grives »… on a rencontré un juge du championnat d’Europe d’imitation des chants d’oiseaux

Christian Paoletti, 75 ans, est un des six juges du concours européen d’imitation des chants d’oiseau qui se déroule ce samedi à Marseille. Organisé par l’Association nationale de défense des chasses traditionnelles à la grive, sur une discussion avec Christian Paoletti de cette discipline insoupçonnée.

Comment devient-on juge dans un concours d’imitation des chants d’oiseaux ?

Déjà, je suis passionné des Turbidés (famille de 17 genres d’oiseaux regroupant, notamment, les grives) parce que c’est un animal noble, qui n’est pas là toute l’année et qui n’est que de passage dans notre région, entre septembre et décembre. C’est un animal qu’on ne peut pas apprivoiser, donc pour le chasser ou l’observer, il faut apprendre à converser avec pour pouvoir le faire venir près de nous.

J’avais 6 ans, avec mon pauvre (expression provençale pour désigner quelqu’un de décédé) grand-père, à Allauch justement, et nous allions au poste de chasse ; c’était l’époque où il y avait en avait des millions. Et c’est là que j’ai commencé à apprendre. Ensuite j’ai participé aux concours, j’ai gagné de nombreux championnats régionaux et j’ai été champion d’Europe.

Christian Paoletti, 75 ans, est un des 6 juges du concours européen d'imitation des chants d'oiseau qui se déroule ce samedi à Marseille
Christian Paoletti, 75 ans, est un des 6 juges du concours européen d’imitation des chants d’oiseau qui se déroule ce samedi à Marseille – Alexandre Vella / 20 Minutes

Vous expliquez que les grives sont des oiseaux migrateurs, d’où viennent-elles ?

Les chiqueuses, ou grives musiciennes, viennent essentiellement de Forêt Noire, d’Allemagne où elles nidifient, ensuite il y en a qui viennent d’un peu plus haut, de bordure de Russie. D’autres encore viennent d’Islande.

Vous disiez : c’est bien d’apprendre à converser avec les grives, que leur racontez-vous ?

Je converse avec elles, mais je ne comprends pas ce qu’elles racontent. Par contre, selon le chant que vous lui faites, la grive ne réagit pas pareille. Si le chant ne lui convient pas, elle s’en va. Mais si vous faites un chant qui arrive à la tenir, parce que c’est une bête qui est de nature très inquiète – toujours sur le qui-vive, à regarder de partout, et vous voyez, elle se détend, et reste. C’est ça converser.

Comment apprendre-on ?

Il faut de l’envie et de la passion. Et puis quand vous voyez que les bêtes réagissent à votre chant et bien ça vous donne de l’espoir et vous continuez. Selon les oiseaux, les chants sont plus ou moins graves ou aigus et on use des chilet (sorte de petite pièce percée) plus ou moins gros

L’Espagne, l’Italie et la France concourent, c’est une discipline assez méditerranéenne. Pourquoi ?

Parce que c’est là où les grives vont se poser. Lorsque les grives descendent du nord, elles passent par chez nous, l’Italie, l’Espagne, la Grèce et vont en Afrique du Nord. Et quand le froid revient, elles remontent.

Les gens du Nord ne les chassent pas ?

Si, mais pour eux, ce sont des babioles quoi. Il y a plus de gros gibiers dans le Nord que chez nous.

Comment départagez-vous les participants ?

Dans ma voiture, j’ai un disque de chants d’oiseaux avec des ornithologues qui expliquent. Je l’écoute souvent. Et quand j’écoute un participant qui tombe à peu près au chant que j’ai l’habitude d’entendre, je le note bien. Un bon chant, on peut visualiser l’oiseau en fermant les yeux. Il y a six juges et quatre catégories de chants. Chaque juge donne une note sur 20 à chaque chant, puis on additionne.

L’événement est organisé au château de la Busine théâtre du livre de Pagnol Le château de ma mère : quel est le lien entre l’environnement pagnolesque et la chasse à la grive ?

Pagnol était un grand chasseur. Et tous les coins des récits de Pagnol je les connais, le Garlaban, entre Allauch et Aubagne, la barre du Saint-Esprit où ils plaçaient des pièges… Alors aujourd’hui c’est terminé, mais à l’époque, il n’ y’avait rien d’interdit. Je pense que retomber dans ce qu’il a fait, c’est bien pour continuer à le faire vivre.

Comment faire pour continuer à s’intéresser aux plus jeunes ?

Nous avons une quinzaine d’enfants samedi qui démarrent le chili et qui vont s’exercer. Le chili, c’est une tradition Provence et même depuis que l’homme est homme, je dirai. On a toujours voulu attirer les animaux.

Cette pratique nécessite une oreille musicale, savez-vous reconnaître les notes ?

Alors les notes non. Mais j’arrive à jouer à l’oreille sur un piano une chanson que j’ai entendue, sans problème.

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