La beauté de La Joconde et les escargots bio

Un héliciculteur de la Drôme croit avoir découvert le secret de l’esthétisme de Mona Lisa, le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci. Son élevage d’escargots est utilisé par l’industrie cosmétique bio.

Outrage artistique ou intuition réelle ? Patrice Lambert est persuadé de détenir »le secret de beauté de Mona Lisa», la célèbre Joconde de Léonard de Vinci, le génie florentin. Selon lui, il se trouverait dans la bave des centaines de milliers d’escargots qu’il élève dans la Drôme pour la cosmétique bio.

C’est dans la quiétude du Creux-de-la-Thine, dans la commune rurale d’Albon, près de Valence, que se reproduisent, naissent et croissent ses «Gros Gris», des cousins ​​de l’espèce commune Helix Aspersa, reconnaissables à leurs coquilles dorées striées de lignes bleues.

Ses pensionnaires, collés sous des planches de bois reposant sur les tranchées de leurs parcs d’élevage, sont invisibles à cette saison. Ils se permettent de la chaleur pour éviter de se déssécher. L’éleveur et son équipe arrosent les parcs la nuit pour maintenir la fraîcheur. Les gastéropodes sont choisis et collectés dans un panier pour les séances de prélèvement, faits délicatement à la main avec une tige.

Il faut activer son pied pour que l’animal secrète en abondance des filets de bave contenant du collagène, de l’acide glycolique, de l’allantoïne ou de la tubuline – protéines apaisantes, réparatrices et régénératrices pour la peau. Une fois le mucus collecté dans un bocal, l’escargot rejoint son parc.

«Un jour, j’avais embauché un jeune qui était berger et qui avait de l’eczéma sur les mains. Et au contact des escargots dans les parcs durant deux ans, il n’en avait plus», assure ce passionné de 53 ans.
«On s’est dit : il faut aller chercher, il faut comprendre, il faut savoir pourquoi», ajoute l’éleveur, que ses interrogations ont conduit à Paris pour consulter des chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle.

Pour étayer sa théorie Patrice Lambert n’hésite pas à faire revivre un bruit historique persistant : «Quand on essaie de retracer un petit peu l’utilisation de l’escargot dans la cosmétique, ça va très loin en fait. Il y a une petite anecdote qui raconte que Mona Lisa, c’était son secret de beauté, voilà. Elle utilisait déjà des sécrétions d’escargot».

À partir de cette spéculation historique, l’activité de sa «Ferme aux escargots», jusque-là tournée vers l’alimentaire a évolué vers la cosmétique. Sa grande fierté : avoir été, en 2007, le premier héliciculteur français certifié en agriculture biologique.

De Vinci à l’industrie cosmétique…

Depuis, parmi les 350 élevages du pays, avec une production annuelle de 1.200 tonnes «d’escargots vifs», 15% à 20% ont versé dans le bio, selon Christophe Simoncelli, responsable national du groupement de producteurs «Asperse».

Plusieurs fois par jour, l’héliciculteur a effectué la bonne croissance des gastéropodes en toisant la taille des coquilles et note parfois des révélés qu’il explique par leur grande «sensibilité» à leur environnement. «On sait que l’escargot agit comme un catalyseur : il est très proche du sol, il vit sur le sol et va en tirer des minéraux», explique Patrice Lambert. «L’intérêt de l’héliciculture en bio, c’est justement de faire en sorte que l’escargot soit sur des terrains sains» dans le cadre d’une agriculture bio «qui donne du sens à la vie et à la démarche de qualité», souligne le Drômois qui utilise de la farine alimentaire bio qu’il jette dans ses parcs avec le geste du semeur.

Soucieux de «minimiser la souffrance animale», Patrice Lambert et son équipe s’attachent aussi à ne «pas stressant» leurs escargots quand vient l’heure du prélèvement du mucus précieux. Une fois transformé, il faut compter 45 euros pour un sérum de 30 ml, contenant 93 % de bave.

«La bave d’escargot est méconnue du grand public et rare sur le marché des soins pour le visage», explique Fabrice Pierron, le fondateur de la marque de cosmétiques «certifiée bio» Mademoiselle Agathe, partenaire de la Ferme aux Escargots depuis 2014. Convaincu des mérites de ces «produits sains», ce chef d’entreprise de 49 ans qui assure être à l’origine de «l’hélicithérapie» en France rappelle que «90% des cosmétiques utilisent encore des huiles minérales issues de la pétrochimie». En 2019, le marché de la cosmétique bio a représenté 7 milliards d’euros dans le monde, dont 2,8 milliards en Europe, selon ses chiffres.

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