la pionnière du street-art est morte, son œuvre à jamais gravée sur les murs de Paris

Miss. Tic : la pionnière du street-art est morte, son œuvre à jamais gravée sur les murs de Paris

Mlle TIC. La reine du street art est décédée, emportée par la maladie dimanche 22 mai, rendue derrière elle de nombreux pochoirs peints sur les murs de la capitale depuis 1985.

[Mis à jour le 24 mai 2022 à 11h24] La street-artiste Miss. Tic est morte ce dimanche 22 mai 2022 à l’âge de 66 ans, emportée par le cancer. “Accessibles à tous, ses pochoirs étaient à la fois drôles et canailles, tragiques et romantiques, tendres et violents, pudiques et érotiques. Elle tatouait nos villes et nos coeurs par la portée de ses mots et la beauté de ses dessins. La rue était sa galerie, le marcheur son visiteur, nos murs sa toile ; ses dessins des murmures qui captaient un instant notre attention, presque notre oreille”, peuvent-on lire dans un communiqué de presse du ministère de la culture, en hommage à la défunte.

Mlle. Tic est décédée dans le 13e arrondissement de Paris, où elle habitait et délivrait son atelier de la Butte-aux-Caille. “Je suis tellement triste d’apprendre le décès de cette grande poétesse, philosophe, féministe. Nous avions fait une exposition de ses œuvres dans et hors les murs, à la Butte-aux-Cailles. C’est cette exposition à l’incroyable succès qui m’a d’ailleurs donné l’envie de développer le street art dans le quartier”, témoigne le maire du 13e arrondissement Jérôme Coumet (DVG). La date de ses funérailles, “qui sera, selon ses souhaits, ouverte aux publics”, sera précisée réduite, est-il annoncée sur son site internet officiel.

Pionnière du street-art, ses pochoirs de femmes brunes et sexy accompagnés de messages tantôt poétiques, tantôt politiques, restent à jamais gravés dans les rues de Paris. “Je venais du théâtre de rue, j’aimais cette idée de l’art dans la rue”, expliquait l’artiste en 2011 à l’AFP. Depuis 1985, Miss. Tic “adorait Paris et habitait cette ville de son art, de sa pensée”, nommée Carine Rolland, adjointe à la maire de Paris chargée de la Culture, au Parisien. Féministe avant l’heure, on a tous croisés dans la capitale ses phrases de femmes amoureuses mais qui n’ont certainement pas l’intention de se laisser marcher sur les pieds :

Miss. Tic est morte dimanche 22 mai 2022 à Paris à l’âge de 66 ans, des suites d’une maladie, a annoncé sa famille à l’AFP. Sur sa page Facebook officielle, la nouvelle est accompagnée d’une photo d’elle dans son atelier.

L’artiste pochoiriste Jef Aérosol, issu de la première vague de street art comme elle dans les années 1980, annonce sur son Instagram qu’elle “s’est battue contre la maladie avec tant de courage”. Le maire du 13e arrondissement de Paris a annoncé qu’une rue ou une place porterait son nom.

Qui est Miss. Tic ?

De son vrai nom Radhia Novat, Miss. Tic est née à Paris le 20 février 1956 d’un père immigré tunisien et d’une mère normande. Elle grandit d’abord à Montmartre, puis sa famille s’installe en 1964 à la Cité des aviateurs, à Orly. En 1966, elle perd sa mère, son frère et sa grand-mère dans un accident de voiture. Ce tragique accident fait d’elle une “gauchère obligée”. En 1972, alors qu’elle n’a que 16 ans, son père meurt d’une crise cardiaque. Après des études d’arts appliqués, elle s’installe en Californie dans les années 1980 et assiste à la naissance du hip-hop et des graffitis. De retour à Paris en 1985, la plasticienne et poète qu’elle est devenue commence à tapisser les murs parisiens de son art. Un dépit amoureux lui inspire son premier pochoir sur un mur du 14e arrondissement de Paris : “J’enfile l’art mur pour bombarder des mots cœurs”.

Portrait de Miss. Tic, à la galerie W pendant son exposition “Les Uns et les Unes” en octobre 2013. © VINCENT WARTNER/20 MINUTE/SIPA

Quelle est l’œuvre de Miss. Tic ?

Miss. Tic utilise la technique du pochoir à la bombe aérosol sur les murs de la ville de Paris. Elle a commencé par pratiquer illégalement le street art de nuit, en 1985, sur les murs des quartiers de Montmartre, Ménilmontant, du Marais, de Montorgueil, de la Butte-aux-Cailles. En 1985, l’artiste pose son premier pochoir dans une rue du 14e arrondissement. Très vite, le succès est au rendez-vous : Agnès B la remarque et lui ouvre les portes de sa galerie.

Après plusieurs arrestations en flagrant délit, un propriétaire gagne un procès contre Miss. Tic, qui est condamnée à 22 000 francs d’amende en 1999. L’artiste change alors de stratégie : elle demande les autorisations aux propriétaires des murs sur lesquels elle veut “pocher”. Elle rencontre ainsi les associations de riverains, les mairies d’arrondissements et les commerçants, qui très vite la ravitaillent. Depuis, on retrouve autant ses œuvres dans les galeries que sur les murs de Paris.

Mais c’est dans les années 2000 que vient la reconnaissance de l’art urbain par les institutions. Les marques et les galeristes s’intéressent enfin à son travail : elle est enfin exposée et reçoit des commandes publiques. Elle participe aux foires d’art contemporain à Venise ou encore, Miami.

Miss. Tic à la Urban Art Fair au Carreau du Temple en 2018. © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

En 2007, elle entre dans la collection du Victoria and Albert Museum de Londres. Elle réalise l’affiche du film”La Fille coupée en deux” du réalisateur Claude Chabrol. Le 8 mars 2011, ses oeuvres décrivent dans les timbres de La Poste à l’occasion de la Journée de la Femme. En 2013, elle réalise le design de la 5e ligne du tram de l’Agglomération de Montpellier.

“Elle était féministe et solidaire de la cause des femmes, mais à sa manière, très libre, indépendante et poétique. Elle n’était pas idéologue, mais profondément anarchiste”, confient ses beaux-enfants, Antoine et Charlotte Novat.

Miss. Tic, un nom emprunté à Picsou

Fan de bande dessinée, Miss. Tic emprunte son pseudonyme au personnage de la sorcière Miss Tick de “La bande à Picsou”, créée par Carl Barks.

Quelques citations de Miss. Tic

Les citations de Miss. Tic étaient tantôt empreintes de ses désirs, tantôt de ses déceptions amoureuses, mais toujours résolument féministes :

  • A la vie, à l’amour
  • L’abus de plaisir est excellent pour la santé
  • J’ai du vague à l’homme
  • Est-ce que l’homme descend du songe ?
  • L’émoi passe
  • Egérie et j’ai pleuré
  • Je joue, oui
  • Sorcière égarée dans un monde sans magie
  • Je suis dans la lune ne la décrochez pas
  • Je n’ai de maternelle que la langue
  • Pas d’idées, juste des idées hautes

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