« La salle de spectacle est un temple pour moi »

Après une tournée arrêtée brutalement en 2020, êtes-vous heureuse de renouer avec les concerts ?
Izia –
Ça y est, je me sens complète, car j’ai testé un vide immense sans ce rapport au public. La nuit, avant de reprendre la route, j’imaginais souvent que j’allais embrasser le sol le soir du premier concert. J’ai eu envie de penser la tournée de mon nouvel album, la Vitessecomme une continuité de celle de Citadelle. J’ai vraiment essayé de me présenter comme si les deux années passées n’avaient pas existé et comme si mon dernier concert datait d’hier. Aujourd’hui, j’ai envie de « brûler les planches » en m’assumant encore plus.

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Qu’est-ce qui a changé malgré tout ?
Izia – Je n’ai pas le sentiment que l’on s’adresse aux mêmes êtres humains que ceux que nous étions, avant le Covid-19. Il y a une légère odeur de fin du monde qui traîne. À noter cependant des points positifs. Par exemple, les gens font plus attention à la santé mentale des autres, on affirme davantage ses failles et ses faiblesses. Aujourd’hui, j’ai moins de mal à dire « Je n’y arrive pas ». Heureusement que l’on retrouve la scène, car les spectacles vont nous sauver.

Comment définiriez-vous votre rapport à la scène ?
Izia – Il est sacré et cathartique. La salle de spectacle est un temple pour moi. Sur scène, je suis comme un corps qui transporte de l’énergie que je décharge sur les gens qui, à leur tour, m’en donnent. A aucun moment, je ne me vois comme une personne. Je ne suis même plus un être humain, mais une forme, un feu. Il n’y a que là que je me sens développé à ma place, au service de la société et des autres. J’ai vraiment un rôle à jouer quand je chante, quand je m’adresse aux gens, quand je leur donne du plaisir, de la vie. J’avais hâte de retrouver le public pour lui transmettre l’énergie et la beauté. Sans aucune prétention. La phrase la plus belle que l’on puisse me dire, c’est : « Tu m’as donné envie d’aller retrouver mes potes, de faire la fête, d’aller boire des coups, de célébrer la vie. » Comme je le dis souvent, nous ne sommes que des grains de poussière sur cette planète et je vous invite à être le grain de poussière le plus flamboyant qui soit.

Votre fils sera-t-il à vos côtés ?
Izia – On n’est présents que dans six festivals cet été, avec des dates assez espacées. Donc on va le confier, mais on le prendra avec nous pour la tournée d’automne. Il a 3 ans et demi et est à la maternelle. Je ne vais pas le laisser à l’école alors qu’il peut vivre des expériences incroyables. Ça va, à 4 ans, il ne va pas apprendre les fractions ! L’autre jour, sur le plateau de Taratata, où j’étais invitée, il est venu avec ma mère et était comme un fou. Il m’a dit : « Maman, je veux que Taratata ne s’arrête jamais ! » Dès que c’est marrant, il vient. Avec lui, j’ai parfois des flashs et je me revois au même âge, sur la scène, avec mon père [Jacques Higelin]. La vie est folle. C’est trop beau la transmission. Parfois, je me dis que j’ai une chance supplémentaire dans mon malheur, car les gens me parlent toujours de mon père comme s’il était vivant et qu’ils l’avaient vu la semaine dernière. On pourrait penser que cela m’agace, mais pas du tout. Il vit à travers les autres aussi et j’ai l’impression qu’il vit en moi. Mon père m’a transmis l’amour pur et simple de l’existence dans toute sa complexité et toute sa beauté. Les morts sont partout où l’on regarde, c’est une présence qui accompagne et donne une force, c’est mon expérience, on ne peut plus être la même personne après.

La Vitessele titre de votre nouveau disque, renvoie-t-il à votre trajectoire propre ?
Izia – Dans ma vie, j’ai toujours tracé, pris mais aussi perdu de la vitesse. Même si je sais qu’il ya eu et qu’il y aura encore des carambolages, j’avance. Ce titre comporte en lui-même l’idée du mouvement. Pour moi, l’immobilité signifie la mort, j’ai un problème avec ça. Je suis sur la route tout le temps, j’ai une existence de foraine. Cet album est très important pour moi, il a été vital et m’a sauvé la vie après les confinements. Ici, je n’ai jamais été aussi sincère, j’avais tellement de choses à dire que les textes et la musique sortaient tout seuls, en flux continu. Il y a eu beaucoup de pendentif magique sa réalisation.

« Aujourd’hui, j’ai moins de mal à dire “Je n’y arrive pas”. »

Et aussi une grande liberté, non ?
Izia – On ne s’est pas empêché de rien, je ne me suis jamais autant livré. J’y suis allée à bloc. Je m’en fiche, je n’ai plus de temps à perdre, c’est mon cinquième album, j’ai quinze ans de carrière. Avec Bastien Burger [musicien et père de son fils], on était réunis dans un studio sublime qui s’appelle La Frette. Cette baraque est le troisième membre du groupe sur ce disque. On s’est régalés. C’est un endroit de fou, je voulais composer un album en toute liberté, comme pouvait le faire mon père. J’ai laissé venir à moi la création, et non l’inverse. J’ai adoré arriver les valises vides et repartir en constatant qu’elles étaient pleines de chansons. J’ai eu l’impression que je n’avais qu’à me baisser pour en ramasser ! Cette expérience n’a pas été laborieuse, mais merveilleusement fulgurante. Sur ce disque, j’ai vraiment voulu embrasser totalement mes envies, qui je suis, ma sensualité, mon amour de la musique, mon éclectisme, mon cœur, sans jamais avoir aucun regret.

Musicalement, vous y êtes plus Beyoncé que rock ?
Izia – Je me suis permis des lignes ultra-pop. J’ai grandi aussi, je ne suis plus la même personne. J’ai toujours écouté Miley Cyrus, Katy Perry, Sia, Lady Gaga, en alternance avec le rock. Ça a toujours fait partie de mon ADN. Je suis une rockeuse, je le suis également sur scène raffinée, mais j’ai aussi envie de chanter des thèmes plus pop. Que cela soit du Ed Sheeran ou du Justin Bieber, à partir du moment où la chanson me touche, je ne fais pas la fine bouche. J’aime les émotions. Sur scène, je prends un malin plaisir à transformer mes morceaux pour les rendre plus rugueux. C’est hyper jouissif.

Ta chanson le Remède semble être tombée du ciel.
Izia – J’étais sur la terrasse et je pensais à fond à mon père. Cette phrase m’est venue : « Le temps qui passe, c’est le remède à la vie. » J’ai eu le sentiment que papa était venu me souffler ce texte. Pareil pour Bastien Burger, qui composait la mélodie au piano. C’est un morceau qui ressemble beaucoup à papa. Les chansons sont aussi des prières que l’on s’adresse à soi-même. Quand je dis que je suis spirituelle, cela signifie que je me sens intuitif, hyperconnectée à la vie, aux signes, à la nature, aux humains, aux énergies. Je ne pratique pas la méditation, ça me saoule et j’ai la flemme. De plus, je n’en ai pas besoin pour inciter ma sensibilité.

Vous avez 31 ans. Comment avez-vous passé le cap de la trentaine ?
Izia – Ce n’était pas cool, je n’ai pas kiffé d’avoir 30 ans. Que tu le veuilles ou non, il s’agit d’un âge charnière qui file un coup à tout le monde. En même temps, pour rien au monde je n’aurais 20 ans à nouveau. De toute façon, avec mon sweat à capuche, ma veste en jean et mon pantalon à fleurs, je constate que plus je vieillis, plus je m’habille comme une adolescente !

CD la Vitesse (Naïf/Croire).
Tournée estivale : six dates entre le 1er juillet et le 27 août.
En tournée dans toute la France à l’automne.

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