Le monde selon Didier Ben Lou Lou

« Il est interdit d’être vieux » enseigne Rabbi Nahman de Braslav. Une phrase que Maurice Blancota commenté de la manière suivante : « Il est interdit de renoncer à se renouveler, de s’en tenir à une réponse qui ne remettrait plus en cause la question » ; un écho subtil à ce poème de Louis-René des Forêts :

« Que jamais la voix de l’enfant,

En lui ne se taise, qu’elle tombe

Comme un don du ciel offrant

Aux mots déséchés l’éclat de son

Rire, le sel de ses larmes, sa toute

Puissante sauvagerie. »

En suspend des bruits du monde, ce photographe, car c’est un photographe, et aussi un écrivain et poète-, cadre et recadre le monde, en cherchant par son regard la justesse d’une respiration particulière où bat le cœur d’une L’humanité en quête d’un au-delà du temps, d’un futur réconcilié avec sa vocation d’amener du nouveau et du meilleur qui pourra toujours nous remettre en mouvement.

C’est particulièrement le cas de l’artiste que nous avons le grand plaisir de recevoir aujourd’hui dans Talmudiques dont toute l’œuvre est « cousue d’enfance » selon l’expression de Witold Gombrovicz, entendue comme nous venons de l’esquisser .

En suspend des bruits du monde, ce photographe, car c’est un photographe, et aussi un écrivain et poète-, cadre et recadre le monde, en cherchant par son regard la justesse d’une respiration particulière où bat le cœur d’une L’humanité en quête d’un au-delà du temps, d’un futur réconcilié avec sa vocation d’amener du nouveau et du meilleur qui pourra toujours nous remettre en mouvement.

L’invitation

Né à Paris, Didier Ben Loulou vit et travaille à Jérusalem. Lauréat de la Villa Médicis hors les murs, il a obtenu une bourse du Fiacre, du ministère de la Culture, puis a été récompensé par l’Association européenne pour la culture juive, Visual Arts Grant, Paris/Londres.
Il est l’auteur d’une vingtaine de livres et développe depuis plus de trente cinq ans une œuvre singulière, inclassable, dans laquelle l’emploi de la couleur tient une place primordiale. Et même si nous la voyons peu dans son travail, la Méditerranée y tient une place centrale, étant à la fois ce qui repose et sépare… L’histoire, les signes et surtout l’humain sont au cœur de sa démarche de photographe.
Les œuvres de Didier Ben Loulou sont régulièrement exposées en Europe et aux États-Unis. Elles sont également présentes dans de nombreuses collections privées et publiques : Fonds national d’Art contemporain (Paris), Victoria & Albert Museum (Londres), Museum of Fine Arts (Houston), Maison européenne de la Photographie (Paris), Musée d’ Art et d’Histoire du Judaïsme (Paris), Museum of Modern Art (Tel Aviv), Microsoft Art collection, Seattle, USA, etc.

Archives sonores

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Les livres de l’invitation

MÉMOIRE DES LETTRES

Éditions de la Table Ronde

Textes de Catherine Chalier et Betty Rojtman

Mémoire des lettres
Mémoire des lettres

©Radio France
– Editions de la Table Ronde

Au lendemain de la deuxième Intifada, livré loin lui le tumulte de la guerre, Didier Ben Loulou s’est livré à un nouveau travail photographique dans les vieux cimetières juifs des environs de Jérusalem et en Galilée. Sur ces collines arides, des stèles oubliées, des fragments de textes ou des livres abandonnés sont autant d’indices à déchiffrer, autant de signes invitant à réfléchir sur toute vie appelée à disparaître.

Cette mémoire des lettres – multiséculaire – a nourri l’imaginaire de l’artiste. Ici, la lettre hébraïque entretient depuis la nuit des temps une relation silencieuse avec le désert de Judée. Arpentant les lieux où ont vécu les prophètes de la Bible, Didier Ben Loulou a réalisé un ensemble de photographies magistrales ; empreintes de poésie et de patience, elles tentent de nous donner à voir l’invisible.

Cet ouvrage est l’aboutissement d’un travail sur la lettre hébraïque que Didier Ben Loulou a réalisé plus d’une décennie en photographe essentiellement de vieux cimetières juifs de Galilée et de Jérusalem. Deux textes – La Grande Patience de Catherine Chalier et Rumeurs de pierres de Betty Rojtman – accompagnent les images.

Ce travail, qui s’apparente à une quête, est celui d’un artiste engagé dans des thèmes se rapportant à la culture juive, mais aussi à des questions plus universelles comme celles du portrait, du visage, de l’errance.

JÉRUSALEM

Éditions du Panama, Paris, 2008

Jérusalem
Jérusalem

©Radio France
– “L’enfant se verrouille”

En s’installant en 1991 à Jérusalem, Didier Ben Loulou y commence un projet photographique qui durera 15 ans.

ce travail résolument inclassable et éloigné de toutes les facilités de l’époque – photo-reportage ou réalisme froid – s’impose dans sa profondeur et son originalité comme l’une des clés essentielles de cette ville, jérusalem. microcosme d’humanité, point de convergence des trois monothéistes, cette cité millénaire et cette ville d’aujourd’hui sont pour didier ben loulou un lieu original hors du temps, clos sur son énigme.

Les tensions constantes, la violence, les enjeux politiques et religieux correspondent à l’une des trames de ce travail.

Mais ce que cherche à atteindre l’artiste dans le quotidien de la ville, dans ses rues, sur ses murs, dans la vie de ses habitants, ce sont les traces, les survivances mêmes douloureuses, des grands textes fondateurs. « Sacrifice », « pureté », « limites », « frontières », « sainteté » déterminent un véritable spectre de lecture à travers lequel le photographe se fraie un chemin dans les ruelles de la vieille ville, recomposant image après image une sorte de géographie de l’Histoire qui semble se répéter.

Ce livre se passe résumé d’informations, de commentaires, de tout texte, de toute parole, car Jérusalem y est livré dans sa complexité, dans ses ambiguïtés et ses ambivalences, sans guide extérieur. Aussi l’auteur a-t-il souhaité que cette ville résonne en nous d’un seul écho, diffracté en plus d’une centaine d’images, et qu’elle soit seule à parler.

Didier Ben Loulou nous livre ici le témoignage d’une expérience intérieure où chaque image est un événement, un moment de grâce, une vision, un éblouissement visant à réenchanter le réel d’une façon lucide. Ce livre est une invitation à mieux penser tout un pan de notre civilisation, tout en ouvrant des portes sur notre chemin intime dans un monde que l’on sait désormais fragile.

LE SUD

Éditions de la Table ronde

Le Sud
Le Sud

©Radio France
– Editions La Table Ronde

« Sud relate un long voyage en Méditerranée, suite d’étapes dans des villes, des ports, sur des littoraux. Les images ont été réalisées au cours de plusieurs années ; les premières datent du milieu des années 1980, les dernières de l’année passée. Cette traversée s’est déroulée entre le Maroc, la Grèce, Israël, l’Espagne, la Sicile, la Corse, etc. Peu importe dans quel ordre. À partir des lieux s’établit une sorte de cartographie incertaine, comme sortie d’un rêve. Pour ce livre, j’ai eu la volonté de distribuer ces images comme je l’aurais fait d’un jeu de cartes, sans conserver les légendes, les ordonner d’après une chronologie. J’ai voulu simplement que tout finisse par se confondre dans un seul territoire : le Sud. Dans cet ailleurs, une rue de Jaffa peut ressembler à une autre à Palerme, une crique en Crète fait écho à un bout de plage dans une calanque à Marseille. Je n’ai aucune volonté de témoigner, de documenter, mais le simple désir de dériver lentement dans le Sud, guidé par une boussole intérieure qui me sert à ré-enchanter la vie grâce au voyage, en quête d’un impossible ailleurs.»
Didier Ben Loulou .

ISRAËL ANNÉES 80

Éditions de la Table Ronde

Israël années 80
Israël années 80

©Radio France
– Editions La Table Ronde

« Parfois on fait des choses sans comprendre ce qui nous pousse à les faire. Enfance de l’art… On avance, on cherche, on se perd. J’avais laissé derrière moi mes études et Paris.

Je ne connaissais rien à rien, ni l’hébreu ni ce pays. Je n’étais qu’un petit jeune, un citadin, qui aimait les livres, l’art et qui s’est retrouvé à cueillir des oranges et à bosser dans des hôtels pour survivre. J’avais 21 ans. Il y eut des rencontres, la lumière. À chaque occasion, au kibboutz où j’ai vécu puis à Tel-Aviv, je faisais des images. Partout où je traînais, je photographiais, dans les bus, les gares routières, les villes, sur les routes : des visages, la campagne, les plages, des filles. Je marchais dans la poussière de l’été, j’apprenais que la terre pouvait tourner autrement.

Je me souviens de la rue Ruppin à Tel-Aviv. Je m’en souviens grâce aux images. Elles ont dormi plus de trente ans dans l’appartement parisien de mes parents. Elles attendaient que je les retrouve. Les planches-contacts sont comme ces petits morceaux de papier japonais dans la tasse de Proust.

Elles ne demandent qu’à éclore. Réminiscences, souvenirs mais documents avant tout. Nous sommes entre 1981 et 1985. Après, il n’y aura plus que la couleur pour moi. De Jaffa à Jérusalem, d’Athènes à Marseille, de Palerme à Salonique, autres longues errances… Le noir et blanc d’alors ressemblait trop selon moi à ce qu’il fallait oublier, la nostalgie pseudo-humaniste des années 1950- 60, la suprématie d’une certaine vision photographique. Ces images réalisées bras tendus – je ne regarde pas toujours dans le viseur – sont ma conquête personnelle d’une géographie, d’un peuple composite, de tout ce qu’il m’a fallu découvrir.

Photographier pour croire au concret, au réel, à l’ici et au maintenant. Ces images racontent un moment de ma vie, rien d’autre.»

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