le « no show » interroge les salles de concerts

Le pas de spectacle des spectateurs qui ont acheté leur billet qui ne se présentent pas le jour J. « Ce phénomène a un nom depuis que le fait de scanner les billets à l’entrée permet de se rendre compte qu’environ 5 % des spectateurs qui ont réservé un spectacle sont absents le jour J », indique Yves Barré, directeur du Liberté à Rennes qui compte deux salles de deux salles de 5 000 et 800 places.

Avec le Covid, le phénomène a atteint des sommets : jusqu’à 25 % de pas de spectacle. Si Yves Barrré estime que l’on est en vue d’un quasi-retour à la normale avec l’absorption des concerts reportés à cause du Covid, Aurélie Hannedouche, directrice du Syndicat des musiques actuelles (SMA), estime que ce n’ est pas pour tout de suite.

Le SMA rassemble des salles de concert de 2 000 places maximum, des festivals et des producteurs de spectacle. « Il y a encore 10 à 15 % de pas de spectacle dans les salles de nos adhérents. En soi ce n’est pas grave : après tout, les gens ont payé leur billet. Mais, ce sont aussi des recettes en moins, côté consommation notamment. »

Reporté de deux ans

« Depuis le Covid, sur un 10 à 20 % de pas de spectacle, indique Jérôme Chevalier, directeur de la Nouvelle Vague, à Saint-Malo. Sur une salle de 900 places, ça peut représenter jusqu’à 200 personnes en moins. Plus un concert a été reporté, plus le pas de spectacle est important. Quand un concert a été rapporté trois ou quatre fois, les gens oublient et ne pensent pas à se faire rembourser. Le concert de l’Australien John Butler le 24 mai, reporté deux fois, a été décalé de deux ans ! On a été étonnés de voir que même sur des concerts archi-complets comme Benjamin Biolay ou Feu Chatterton en février, on a eu un phénomène de pas de spectacle important. »

Comment expliquer le phénomène ? « Il y a bien sûr encore des personnes positives au Covid. Mais au-delà des rapports, sur un problème de public », estime Aurélie Hannedouche.

Les têtes d’affiche comme Orelsan ou Clara Luciani se sont affichées en entier au Liberté de même que les artistes électro et hip-hop qui ont touché un public jeune. « C’est plus difficile pour le public plus rock, les 30-40 ans notamment et donc pour les salles de taille moyenne, indique Aurélie Hannedouche. Peut-être que la hausse du coût de la vie, de l’essence a un impact sur les sorties ? »

Dernière minute

À la Nouvelle vague, Jérôme Chevalier reste optimiste. « Entre les cas contacts, ceux qui consomment l’avion et préfèrent ne pas venir : le Covid a encore un impact fort. Cela va rentrer dans l’ordre. Ce qui a changé, c’est que les gens se réservent au dernier moment pour être certains de pouvoir venir. Même pour les concerts de hip-hop, le public est volatil. Les jeunes ont acheté des lieux à l’aide du passe culture. Ils choisissent une autre soirée au dernier moment. »

Luc Donnard, de l’association Crab cake qui organise ce week-end du 10 au 12 juin le festival électro Big love, axe toute sa communication sur ces nouvelles habitudes. « On annonce notre programmation tardive et on communique beaucoup passant par les réseaux sociaux les semaines qui précèdent le festival. Avec cette génération qui passe du temps sur leur téléphone, il faut être dans l’instant. » Les places en prévente des deux soirées club à l’Antipode et samedi au MeM à des tarifs attractifs se sont bien vendues.

À l’Ubu aussi, la salle mythique gérée par l’association des Trans Musicales, on confirme cette tendance à l’achat de dernière minute. « La « fan base » qui réservait longtemps à l’avance son concert sur des esthétiques marquées comme le garage ou l’électro diminué, on vend plus d’entrées le jour même du concert », indique Gwenola Le Bris.

Tous les professionnels ont les yeux rivés sur les festivals de l’été. « Pour l’instant les billetteries démarrent bien avec 25 % de réservations, indique Aurélie Hannedouche. On espère que le public sera au rendez-vous. »

Ils achètent leur billet mais ne viennent pas : le « no show » interroge les salles de concerts

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