Le rappeur LEX embrasse la Grèce

Dimanche 3 juillet, LEX, un rappeur de Thessalonique, a rassemblé 25 000 personnes dans un stade de la banlieue d’Athènes, pour ce qui a semblé être le plus grand concert de l’histoire du rap grec.

Une énigme pour la presse grecque

la performance du rappeur, au milieu des fumigènes et devant une foule survoltée, la presse grecque tâche de décrypter le phénomène et interroge la popularité d’un artiste qui s’est trouvé jusque-là « sous les radars de la culture grand public », relève Je Kathimerini, un grand quotidien de centre droit. “Je dois reconnaître que j’ai froncé les sourcils de perplexité [en découvrant les images du concert]. Qui est ce LEX qui remplit un stade entier ?” se demander Protagone.

Pour rassembler autant de fans, LEX “n’a eu besoin ni d’un festival, ni de publicité à la télévision, à la radio ou sur Internet, ni d’affiches traditionnelles. Tout s’est fait de bouche à oreille et de clavier à clavier », Remarque Je Kathimerini. “Ce qu’on retient de plus important de ce concert, c’est que les médias traditionnels ont peu voire pas d’influence sur les jeunes”, croire pouvoir en déduire Ta Néa.

La voix des générations déçues

LEX, Alexis Lanaras de son vrai nom, a 37 ans. Il a commencé sa carrière solo en 2014 et s’affirme aujourd’hui comme “le meilleur ou du moins le plus important rappeur que nous ayons en ce moment”écrit Je Kathimerini. Le quotidien athénien détaille : « Les fans de LEX sont des jeunes de 25 à 30 ans, des personnes qui, durant toute leur vie d’adulte, n’ont connu qu’une crise multiforme (économique, sociale, des valeurs). Les paroles de LEX leur vont droit au cœur.

Les jeunes Grecs sont les plus touchés en Europe par le chômage, dont le taux avoisine les 35 % dans cette population. Une situation qui s’éternise depuis le début de la crise économique qui a plongé le pays dans l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. “Ceux qui vont voir LEX, ceux qui l’écoutent, l’admirent, l’idolâtrent, le font parce qu’il touche leur âme. Ce sont des jeunes, avec des angoisses face à leur avenir, des rêves non réalisés et un désir de vivre mieux. Ce sont des générations déçues par le monde que nous, les boomers, leurs laissons, et qui se reconnaissent dans ces chansons ‘politiques’ ou ‘sociales’, ajoute le site in.gr.

Un vent de liberté

In.gr se fait l’écho des paroles du rapeur de Thessalonique :

“Nous vivons l’amour dans des maisons louées/ Qui ont l’électricité coupée et les loyers impayés/ Petites pièces et rêves immenses/ La haine comme les banlieues françaises.”

“Pas d’insultes [dans ses chansons], pas d’hélicoptères, d’argent, de pistolet ou de femmes objets. Il décrit en notes et en mots le mur que beaucoup de jeunes trouvent face à eux », se réjouit Ta Néa.

“Ceux qui se sont rendus au concert ont rempli leur cœur d’un vent de liberté”, ajouter Je Kathimerini, qui rappelait que le billet ne coûtait que 8 euros. Un prix modique qui interpelle aussi Efsyne, « À l’heure où tout le monde (artistes, organisateurs, managers) peine à joindre les deux combats à cause de la pandémie et de la surtarification de chaque concert ». Le quotidien de gauche s’enthousiasme :

“LEX a prouvé que le concert le moins cher de l’été était en même temps le plus précieux.”

« Je parie que LEX déteste ce qui se passe depuis son concert », se terminer toutefois Protagonefaisant allusion à la folie médiatique qui entoure désormais le rappeur. “Nous l’avons tous découvert d’un coup et nous sommes tous ravis de savoir qui il est et ce qu’il fait. Il est dans le champ mainstream, mais je suis sûr qu’il en sortira à la première occasion.

“Qu’est-ce qui nous échappe ?”

Seul l’hyperconservateur quotidien Estia se montre critique devant la réussite du concert de LEX. Il consacre à l’événement sa une du 5 juillet, titrant au sujet de ses fans : “Humiliés et affamés, ils rejettent la démocratie.”

Inquiet et incrédule, Estia s’interroge : « Comment un rappeur avec des paroles sur la pauvreté parvient à rassembler 25 000 jeunes, quand les partis politiques n’arrivent pas à rassembler 2 000 partisans ? Qu’est-ce qui nous échappe ?”

Un argumentaire que démonte avec ironie le quotidien de gauche Efsyne : « Un concert inédit avec plus de 20 000 jeunes incontrôlables peut donc ébranler l’ordre établi. Un concert qui n’a pas été annoncé dans les médias habituels, qui porte un discours de révolte politique et qui tient tous les projecteurs est dangereux selon Estia.

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