les meilleurs albums du moment

La country introspective d’Angel Olsen, le retour en grâce de deux Radiohead, la passion intacte d’Arcade Fire, une montée de fièvre arty à Brooklyn, du post-punk à Leeds… Retrouvez nos dernières critiques rock, régulièrement mises à jour.

s Angel Olsen, “Le grand moment”

Le parcours polyvalent d’Angel Olsen pourrait sembler déroutant. Ou, c’est le contraire. De ses débuts d’alt-folkeuse rugueuse, voilà douze ans, à ce nouvel album d’une somptueuse country introspective, l’Américaine nous entraîne dans une longue quête musicale… La jeune artiste de 35 ans ne s’est pas longtemps décrite comme une fille « perdue » pour rien. Mieux, elle attribue l’inspiration de ses chansons (où elle ne craint pas de s’exposer tout en préservant une partie secrète)… à son chat, sauvé in extremis d’un douloureux et mystérieux passé. Angel Olsen grandi à Saint-Louis, dans le Missouri, adopté à 3 ans par un couple âgé, qui avait déjà huit enfants. Du bonheur bâti sur un malheur, celui d’être choyé sans savoir d’où l’on vient, qui l’on est. Tel serait le fil conducteur d’une œuvre qui a gagné en assurance et en ambition à chaque nouvelle étape… Lire la suite

s Le sourire, “une lumière pour attirer l’attention”

Le voilà, l’album que l’on attendait, depuis, c’est selon, Enfant A, OK Ordinateur ou même Les courbures. Celui où la confiance placée dans Thom Yorke n’est plus nécessaire pour approuver ses dernières recherches musicales. Car The Smile, trio formé avec Jonny Greenwood, guitariste et seconde force créatrice de Radiohead, et Tom Skinner, batteur de jazz (Sons of Kemet), est une divine surprise. L’annonce du projet à coloration progressive et expérimentale, à l’étape de son appellation à double sens – sourire joyeux ou croustillant ? –, pouvait s’inquiéter. En une écoute, suivie de bien d’autres, le doute est levé : comme affranchi de la contrainte de faire « autre chose » ou « délibérément compliqué », les deux vieux complices paraissent heureux de faire de la musique ensemble comme jamais. Car si les thématiques habituelles de Yorke – aliénation, écrasement de l’individu – irriguent encore la plupart des chansons… Lire la suite

r Lykke Li, “EYEYE”

En 2018, Lykke Li se banalisait en se prenant les pieds dans le tapis R’n’B ou trap de son dernier album, Tellement Triste Sexy. La Suédoise, qui nous avait conquis avec sa spleen pop passionnée sur Comptines blessées (avec l’inutile Je suis les rivières) puis son successeur Je n’apprends jamais, renoue aujourd’hui avec son producteur et arrangeur porte-bonheur, l’excellent Björn Yttling, sur OEIL, un album livré avec force concept : tout y est calculé, de sa durée calibrée à son enregistrement – ​​dans sa chambre à Los Angeles, avec un équipement vintage minimal. Complétées de minifilms, les chansons creusent le même sillon douloureux qui irrigue depuis toujours l’écriture de la chanteuse : la spirale infernale de l’amour passionnel, addictif, qui débouche immanquablement sur la souffrance et le manque. L’œuvre de rupture définitive ? Peut être… Lire la suite

r Sharon Van Etten, “Nous nous sommes trompés sur tout ça”

Qui s’assemble se ressemble. Les deux icônes du rock introspectif américain, Sharon Van Etten et Angel Olsen, non contentes d’avoir enregistré un superbe single ensemble (Comme avant), se réjouissant à présent à distance en solo. Le virage « big pop » orchestré avec brio par Olsen en 2020 est aujourd’hui apporté en beauté par Van Etten, qui laisse tomber – à l’exception de l’entraînant Erreurs – le détour (réussi) en terrain synthétique 80’s de son précédent album pour se concentrer sur la voix et des arrangements d’un classicisme intemporel. « On fait fausse route depuis le début », annonce le titre de l’album. Qui aurait pu aussi bien être Si tu t’appelles mélancolie (déjà pris, semble-t-il). Car Sharon Van Etten, décidément, n’est pas très douée pour l’optimisme, béat ou non… Lire la suite

q Feu d’arcade, “NOUS”

Après de fracassants débuts avec Funéraire (2004), les Montréalais d’Arcade Fire ont pris l’habitude d’affronter les grands maux de l’époque : l’ère du divertissement (Bible au néon2007), le vide des classes moyennes (Les banlieues2010 ), la passion érodée (Reflektor, 2013) ou encore l’aliénation numérique (Tout maintenant, 2017). Avec, de chapitre en chapitre, une inclination grandissante pour un son monumental, entre rock de stade à la U2, électro-pop mutante façon Daft Punk et disco-dance à la ABBA. À tel point que l’identité du groupe s’est réduite, comme l’air du temps, dans un populisme azimuté. NOUS, sixième album de la troupe menée par Win Butler et Régine Chassagne, permet de renouer avec une certaine simplicité, sous les ordres de l’Anglais Nigel Godrich, célèbre producteur de Radiohead. Scindé en deux parties et ramassé sur sept pistes, l’album… Lire la suite

s Big Thief, “Dragon New Warm Mountain, je crois en toi”

Le programme serait celui du changement, des résolutions après un réveil douloureux. Le confinement a secoué tout le monde, à commencer par Adrianne Lenker, chanteuse et âme tourmentée de Big Thief, dont la rupture avec sa compagne, suivie d’un séjour à l’hôpital avant un isolement salvateur irriguent les morceaux de cet intrigant Dragon New Warm Mountain Je crois en toi. On y retrouve cette fragile et charnelle intimité dans l’écriture de Lenker (bruits de studio, voix enfantine et cris de douleur ou d’extase), mais aussi l’électricité complice du quatuor et de son amour pour l’americana ou les précieuses harmonies. Enregistré sous des cieux différents, ce cinquième album de Big Thief vogue au gré d’un folk-rock toujours brut et introspectif et de l’identité multiple du groupe… Lire la suite

s Bodega, “Matériel cassé”

La frontière est parfois ténue entre l’ambition artistique et l’élitisme. Mais chez Ben Hozie et Nikki Belfiglio, couple d’artistes intellos trentenaires aux talents multiples, soudé en amour comme aux commandes de Bodega, leur projet rock arty lancé en 2016, l’exigence n’est pas qu’un vain mot. Encore moins du snobisme arrogant. Le groupe de Brooklyn, révélé par Défilement sans fin (2018), premier disque fiévreux mêlant la noirceur du Velvet Underground et énergie punk, ne possède pas d’un succès démesuré, la faute à une pandémie mal tombée mais peut-être, aussi, à une intransigeante intégrité : des textes à l’ ironie politique, une musique refusant les recettes toutes faites. Sur ce suspect Équipement brisé, le duo Hozie-Belfiglio, accompagné de trois nouvelles têtes, distille… Lire la suite

r Yard Act, “La surcharge”

« Une fois sur Terre, les extraterrestres s’interrogent inévitablement sur le sens du mot »cool”. Donnons-leur Yard Act en exemple. » La proposition, proposée d’un fan en ligne, est aussi désopilante qu’inattendue. Mais sans lui faire offense, la musique de son quartet rock préféré évoque bien d’autres attributs. Vive, tranchante, concernée, ça oui. Et surtout longe des ovnis. Dans une veine post-punk qui doit beaucoup à Gang of Four, Yard Act, venue de Leeds comme ses illustres prédécesseurs, narre dans un spoken word nerveux les dérives du capitalisme sur fond de guitares acides. Pas vraiment le summum du cool, même si le groupe cultive une certaine nonchalance. James Smith, parolier et aboyeur en chef, a les deux pieds sur terre et la tête ancrée dans un humour si britannique. Sur ce premier album… Lire la suite

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