Les mêmes, ces produits d’internet qui créent un langage d’un nouveau type – rts.ch

Les mêmes, ces images ou petites vidéos détournées qui prolifèrent sur internet, pourraient-elles constituer une nouvelle forme de langage ? C’est du moins la thèse du linguiste Albin Wagener. Pour ce chercheur, leur capacité à transmettre instantanément des émotions complexes en font des outils de communication très puissants.

Dans sa forme la plus basique, un même internet est une idée assez simple, présentée le plus souvent par le biais d’une image accompagnée d’un texte et qui ont pour but de commenter, critiquer ou tourner en dérision un sujet particulier. Ils se basent essentiellement sur des références de la culture populaire, mais se nourrissent aussi énormément de l’actualité.Un exemple de Un exemple de “template” populaire, basé sur deux images tirées d’un clip Hotline Bling du rapeur Drake en 2015.

Ces mèmes prolifèrent en ligne à l’ère des réseaux sociaux et des messageries, à tel point que le linguiste et chercheur en humanités numériques Albin Wagener estime, dans son livre “Mèmologie – Théorie postdigitale des mèmes” à paraître aux éditions UGA, qu’ il s’agit d’une nouvelle forme de langage.

Interrogé mardi dans l’émission Forum, il rappelle leur principe : être le plus viral possible. De ce fait, ils sont également caractérisés par une durée de vie très courte. “À partir du moment où ils ont atteint une forte viralité, ils vont ensuite être assez vite oubliés”, estime-t-il.

Mais si les mèmes ont une durée de vie plutôt courte, ce n’est pas le cas de leurs “templates”, ces images récurrentes qui constituent le socle de la création de mèmes. “Ce sont des images particulières qui disent des choses, et qui vont constituer petit à petit une forme de grammaire mémétique”, explique Albin Wagener. “Il existe plusieurs types d’images qu’on peut utiliser pour des messages précis, et qui vont constituer un répertoire dans lequel on va pouvoir puiser.”

Fort potentiel psycho-affectif

Selon lui, la force de ces mèmes réside dans leur puissant potentiel d’identification. “Avec un même, on transmet aussi des états mentaux, affectifs et cognitifs, que l’on peut ensuite se réapproprier et soi-même détourner.” Les émotions transmises par l’image sont donc très importantes, en particulier lorsque l’image contient une figure humaine ou humanoïde.

Bernie Sanders a été Bernie Sanders a été “mèmifié” en raison de ce prix photo lors de l’investiture de Joe Biden. [Brendan Smialowski – AFP]Le chercheur évoque l’exemple de l’image du sénateur américain Bernie Sanders, photographié avec des moufles lors de l’investiture de Joe Biden en janvier 2021. “Sa posture traduite un état mental particulier. Pour décrire cette image, il faudra des pages de textes. Et là, le simple fait de voir l’image, on peut immédiatement s’y reconnaître et s’identifier”, explique le mèmologue.

Par ailleurs, même si le sénateur démocrate du Vermont est à l’origine une figure politique, le fait de devenir un même va l’extirper du champ politique pour en faire un personnage populaire, “un peu en-dehors de la réalité, qui observez les choses de son point de vue”. “On peut facilement s’identifier à ce qu’il est devenu dans cette image-là, plus facilement qu’à Bernie Sanders comme candidat ou homme politique”, note Albin Wagener.

Une évolution de la communication

Et alors que d’aucuns ont estimé que les nouvelles formes de communication à l’ère d’internet appauvrissent le langage, le chercheur voit le phénomène avec optimisme. “Du point de vue du linguiste, les nouvelles formes linguistiques sont toujours une forme de créativité, un signe que les sociétés évoluent. C’est une possibilité langagière nouvelle, complémentaire et extrêmement puissante qui répond aux codes d’internet et des réseaux sociaux” , résume-t-il. Chacun jugera ensuite si cette évolution est bonne ou mauvaise.

>> Pour aller plus longe, lire l’article scientifique d’Albin Wagener sur le sujet : Mèmes, gifs et communication cognitivo-affective sur Internet : L’émergence d’un nouveau langage humain

Proposés par Thibaut Schaller

Texte web : Pierrik Jordan

Leave a Reply

Your email address will not be published.