“Les morceaux sont géniaux, la voix est géniale, mais sa production est pourrie !”

Le chanteur, compositeur et guitariste Louis Bertignac est l’invité exceptionnelle, toute cette semaine, du Monde d’Élodie. Musicien, parolier, chanteur, guitariste, producteur, le cofondateur du groupe de rock Téléphone ou encore carrière des Visiteurs a dégradé une solo depuis 1986. Il a profité de la pandémie pour écrire, en collaboration avec Guy Carlier, son autobiographie Jolie petite histoire aux éditions du Cherche-Midi. Cet ouvrage lui permet de revenir sur les moments forts de sa vie. De ses sessions musicales avec Téléphone et les Rolling Stones jusqu’à ses histoires tumultueuses avec Corine Marienneau et Carla Bruni. Louis Bertignac raconte toute sa vie sans filtres.

franceinfo : Jolies petites histoires, paru aux éditions du Cherche-Midi, raconte votre chemin. Vous avez emprunté, parfois, de petites routes avant de revenir sur la bonne voie, la vraie voie. Vous avez mis du temps à faire écouter votre voix ?

Louis Bertignac : Oui. Au sein de Téléphone, déjà j’en chantais quelques-unes, mais pas beaucoup : 2000 nuits, Cendrillon, etc.. Mais je suis là sur Hygiaphonesur C’est vraiment toi en deuxième voix, comme ça. On avait toujours pensé que ma voix, mélangée à celle de Jean-Louis qui chantait exactement la même mélodie, ça donnait un truc bien. Donc je chante souvent, mais je ne suis pas le leader.

Il y a eu beaucoup de collaborations et vous êtes devenu, à un moment donné, producteur officiel et “accoucheur” de talents musicaux. C’est comme ça qu’on vous a surnommé pendant très longtemps.

J’adorais le travail de producteur qui consistait à faire des arrangements bien sûr, mais aussi à vous rassurer, à vous donner envie de bien chanter.

Louis Bertignac

à franceinfo

Oui, c’était par hasard. J’ai toujours adoré le travail de ces producteurs, que ce soit Visconti ou Bob Ezrin, tous ces mecs que j’avais rencontrés, les plus grands. Il faut dire qu’avec Téléphone, on pouvait se payer les meilleurs. J’adorais leur boulot. Et un jour, Carla Bruni se ramène à la maison. Je la connaissais depuis longtemps. On est invités à dîner chez elle avec ma douce, Julie, et on débarque, on mange et elle me dit : ‘J’ai un truc à te faire écouter’.

Après le dîner, elle m’emmène dans sa chambre où il y avait un magnéto. Elle me fait écouter des maquettes. Elle me demande ce que j’en pense. Je lui réponds que les morceaux sont absolument géniaux, que sa voix est géniale, mais que sa production est pourrie. Peut-être que je lui dis un peu plus délicatement ! Et elle m’a dit : ‘C’est exactement ce que je pensais. Qu’est-ce que je peux faire ?’ Il suffit de prendre un producteur, je te donne le numéro de Visconti, par exemple, tu lui demandes et tu vas voir que ça va être dix fois mieux. Et quand même, j’avais flashé sur sa voix et je n’osais pas me présenter comme un producteur. Donc je lui dis juste : ‘Tu ne veux pas me les réenregistrer ? Tu fais juste voix, guitare sèche’ et j’embarque la bande. Elle me fait Tout le monde et Quelqu’un m’a dit. Évidemment, je rajoute des faux violons, des petites percussions, une guitare et le lendemain, je lui fais écouter et Carla me dit : ‘Voilà, c’est génial, c’est ce dont je rêvais’.

Je la renvoie vers Visconti en lui disant : tu vas voir que ce sera encore mieux que ça. Elle me rétorque : ‘Non, non, c’est toi que je veux. Je m’occupe des textes, mais tu vas produire mon album et je te promets que ça ne prendra pas plus de deux mois’. Ça m’intéresse et donc je me mets au boulot.

Dès la première prise, Carla Bruni était vraiment excellente.

Louis Bertignac

à franceinfo

On est comme des fous, on a hate que ça finisse. Au bout d’à peu près un mois de travail, un peu tout seul, avec juste ces approbations, elle vient enregistrer des voix. Elle chantait royalement bien sur ce que j’avais préparé. Je ne lui disais pas qu’elle était excellente, dès la première prise, je lui disais : “Chauffe-toi la voix et je n’enregistre pas et je règle ta voix en attendant.” En fait, je n’avais rien à régler. C’était réglé depuis la première seconde et à chaque fois que j’enregistrais, c’était royal. Elle disait : ‘Mais non, attends, je n’ai pas encore vraiment chanté ! Je vais vraiment chanter !’ En fait, elle savait que j’étais vraiment rusé, que j’étais en renard.

Elle est tombée amoureuse de vous. Il y a une vraie grande histoire. Vous le racontez dans cet ouvrage, ça reste très drôle. Un jour, vous décrochez pour appeler quelqu’un, il y a un téléphone à chaque étage, et là vous l’entendez dire “L’autre du moment“, que vous désigniez.

Une petite histoire, ça n’a pas duré longtemps. Oui, en fait, elle parle à son ex que j’aime bien. Je ne savais pas ce qu’elle voulait dire et après, j’ai réfléchi, mais c’est moi “l’autre du moment” !. Et j’ai trouvé ça bizarre alors qu’elle me parlait de mariage, d’enfant et tout ça. Et donc je lui ai dit : mais qu’est-ce que tu entendais par l'”autre du moment” ? Elle m’a répondu : ‘C’est une erreur, c’était une erreur, oublie’.

Et du coup, vous avez été très dur. Elle vous a quitté mais vous n’avez pas bien vécu d’ailleurs.

Oui. C’était normal. Je m’y attendais.

Ça reste une très belle histoire et ce disque a même sauvé une maison de disques !

Oui. Naïf. Quand le patron est venu me voir, il m’a dit : ‘Écoute, j’aime beaucoup le travail que tu as fait, mais je ne peux pas te filer de pognon. On est au bord de la ruine’ et donc je lui dis, c’est pas grave, file-moi un gros pourcentage ! Lui croyait en vendre 50 000. Il a donc écrit qu’à partir de 100 000, ce sera tant de pourcent, à partir de 500 000 tant un autre chiffre… et on en a vendu 2 millions ! Je pense qu’il aurait mieux fait de me filer une bonne avance et garder le pognon qu’il aurait gagné !

Louis Bertignac sera en concert le 8 juillet à Divonne les Bains, le 29 au Festival du son à Civray et le 10 septembre au Lysfestival à Comines.

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