l’esprit du disquaire insufflé au streaming en haute-fidélité

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Quand on évoque le diffusion de musique, on pense souvent à Spotify ou Apple Music, les deux plateformes qui dominent le marché. Mais il ne faut pas oublier que la France se défend valeureusement avec Deezer qui est sur le point d’entrer en Bourse et revendique plus de cinq millions d’abonnés. Et il y a aussi Qobuz, un autre service de streaming tricolore qui existe depuis près de 15 ans et prospère à l’ombre des géants du secteur. La plateforme, qui tire son nom d’un instrument à corde très particulier utilisé par certains peuples d’Asie centrale lors de rituels chamaniques, joue une cloison résolution haut de gamme.

Qobuz propose la la diffusion de la musique dans la qualité source qui peut aller jusqu’au Hi-Res 24 bits/192 kHz. À ces conditions d’écoute s’ajoute un contenu éditorial riche fait de revues d’albums, de biographies, de sélections qui invitent l’auditeur à découvrir et approfondir le travail des artistes.

Nous avons passé plusieurs semaines à découvrir le catalogue Qobuz en écoutant divers genres musicaux en qualité Hi-Res 24-Bit. Nous l’avons notamment testé avec les écoutez Sony wf-1000xm4, les Sennheiser Momentum TW3les Beoplay EX de Bang & Olufsen ainsi que le boîtier connecté Flux d’Octavio.

Qobuz nous rappelle l’esprit qui régnait chez les disquaires, avec ce côté partage entre initiés, ces recommandations qui arrivent telle la pépite que l’on vous sortait de sous le comptoir accompagné d’un « il faut que tu écoutes ça de toute urgence ! »

Avec un bon équipement (nous en réparations plus loin), la qualité audio est vraiment au rendez-vous. Les contenus rédactionnels apportent une réelle valeur ajoutée, en ouvrant des portes variées et originales sur une œuvre ou le travail d’un artiste. Qobuz se lit presque autant qu’il s’écoute et cela fait une vraie différence par rapport aux autres services de musique en streaming. De quoi justifier un positionnement tarifaire supérieur à la concurrence en s’adressant aux mélomanes avertis et amoureux du bon fils.

Pour approfondir notre connaissance du service et de ses particularités, nous sommes entretenus avec Alex Destagnol, chef de produit pour Qobuz.

Futura : Qobuz promet le streaming de musique en haute-fidélité. De quoi s’agit-il au juste ?

Alex Destagnol : Qobuz diffuse la musique en qualité source, sans toucher au fichier. Cela peut aller jusqu’au 24 bits/192 kHz. Certains de nos concurrents remasterisent tous les fichiers audio alors que nous respectons le choix de qualité fait par l’artiste. La compression et la dégradation ne se justifient plus du point de vue technique. Aujourd’hui, la bande passantey compris en réseau cellulaire, est suffisamment bonne pour supporter la haute résolution.

Futura : Combien yat-il d’abonnés Qobuz aujourd’hui ? Quel est leur profil ?

Alex Destagnol : Nous comptons quelques centaines de milliers d’utilisateurs de Qobuz qui sont présents dans 25 pays. On a ouvert début mai en Amérique latine et au Portugal. Le public Qobuz réunit des audiophiles amoureux de rock, jazz et classique. Ce sont des personnes qui recherchent des enregistrements précis, cristallins mis en valeur par la haute résolution. Nous avons un positionnement haut de gamme avec des tarifs un peu plus élevés (l’abonnement Qobuz standard débute à 12,50 €/mois, ndlr). Nous nous adressons à une audience prête à mettre le prix pour un contenu additionnel de qualité, qui vient approfondir leur connaissance d’un artiste, d’un album ou d’un titre. Pour prendre une comparaison dans l’univers du luxe à la française, nous voulons être le Hermès du streaming de musique.

Futura : Quelles sont les spécificités du catalogue Qobuz ?

Alex Destagnol : Notre catalogue compte plus de 80 millions de titres. Il est assez comparable à ceux de nos concurrents. Mais les débuts de Qobuz se sont faits sur le jazz et le classique, deux genres sur lesquels nous sommes particulièrement actifs. Quelque 30 % de nos ruisseaux se font sur le jazz et le classique et nous donnent des références que nos concurrents n’ont pas.

Futura : Parlez-nous de votre travail éditorial qui s’apparente à celui d’un disquaire

Alex Destagnol : Notre contenu éditorial est retravaillé à chaque actualité d’un artiste. La sélection par des experts est l’une des forces de Qobuz. Une dizaine de personnes en interne et des collaborateurs indépendants (écrivains, journalistes…) spécialisées rédigent les biographies d’artistes, les revues d’albums ainsi que les panoramas (articles de fond avec sélection d’albums). Ils sélectionnent en permanence des nouveautés, choisissent un album de la semaine, alimentent la discothèque idéale, dénichent de nouveaux talents. On met en avant les albums primés par différents médias (Télérama, Classica, Pitchfork…). Cette curation manuelle, artisanale si l’on peut dire, est vraiment une spécificité de Qobuz.

Futura : Faites-vous appel aux algorithmes de recommandation ?

Alex Destagnol : Effectivement, nous utilisons aussi des algorithmes pour compléter les recommandations de notre équipe. Mais notre objectif est de s’assurer que les sélections faites pas nos experts soient toujours remontées et mises en avant par les algorithmes. On veut y infuser cette diversité. Aucun utilisateur ne verra de mise en avant faite à 100 % par un algorithme. Le deuxième point auquel nous sommes attentifs, c’est de laisser à l’abonné la possibilité de rectifier ces recommandations afin de ne pas se sentir enfermé dans un profilage.

Futura : Y at-il une configuration matérielle recommandée pour tirer le maximum de la qualité audio que Qobuz peut offrir ?

Alex Destagnol : Il faut s’assurer que l’appareil que l’on utilise ne met pas de limitation. Dans le cas des smartphones, il y en a souvent une. Par exemple, si on sélectionne un album en 24 bits/192 kHz, il va y avoir une dégradation invisible qui peut tomber à 24 bits 48 kHz, ce qui est le cas par exemple de tous les iPhone. Pour bénéficier de la qualité maximale sur smartphone, le seul moyen est d’utiliser un CAD (convertisseur numérique-analogique, ndlr) qui va occulter la sortie audio du mobile pour aller récupérer le signal d’origine et le diffuser sans perte à un casque filaire.

Par ailleurs, le Bluetooth AptX ne permet pas d’atteindre la qualité maximale que propose Qobuz. C’est la complexité de l’univers audiophile : il faut vérifier la qualité de sortie qui propose le lecteur que l’on utilise et, le cas échéant, utiliser à un DAC.

Futura : Qu’en est-il de l’intégration de la fonction Qobuz Connect qui permet de se connecter aux équipements audio tiers depuis l’application native ?

Alex Destagnol : C’est une grosse priorité pour nous sur laquelle nous travaillons. C’est le seul protocoles qui nous permet de diffuser en haute résolution et ainsi de conserver notre atout par rapport aux services concurrents qui ne proposent pas une telle qualité audio. Nous travaillons avec tout l’écosystème de partenaires audio, donc il y a une vraie pertinence à pousser ce projet. La verra-t-on arriver cette année ?

Il y a deux points à prendre en compte : avoir la solution prête et installée et l’intégration de cette solution par nos partenaires qui doivent mettre à jour leur micrologiciel. Certains auront besoin de plus de temps que d’autres et nous n’avons pas la maîtrise de cette partie.

Futura : Quels sont les grands développements à venir pour Qobuz ?

Alex Destagnol : Nous allons peaufiner l’expérience utilisateur afin d’accompagner nos abonnés pour qu’ils écoutent leur musique dans les meilleures conditions possibles, en sachant précisément la qualité dont ils bénéficient.

Nous continuons à étoffer notre système de recommandations tout en préservant la curation humaine. Sur la musique classique, nous allons proposer une navigation plus adaptée, par œuvre ou compositeur. C’est assez compliqué à mettre en place, mais c’est un axe important pour nous.

Par ailleurs, nous voulons aussi enrichir et valoriser toutes les informations annexes, les renforcées autour d’un album ou d’un titre qui sont autant de chemins de découverte pour l’auditeur. Sur Qobuz, nous indiquons la liste des musiciens qui sont intervenus sur chaque piste. Par exemple, cela peut permettre d’explorer le travail spécifique d’un musicien ou d’un ingénieur du son qui ont travaillé sur un album. Cette connaissance est une grande valeur culturelle et différenciante pour Qobuz. Et c’est à l’opposé que la trajectoire qu’empruntent nos concurrents. Enfin, nous allons également poursuivre nos internationalisations.

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