L’inspecteur Cluzo chante le blues de sa terre au Plumaçon

Écrin de western symphonique

21 h 21. Des arpèges bluesy s’échappent du clavier d’Arthur Guyard, un ami du groupe au visage habité. La foule hurle, acclame la montée de l’orchestre sur scène dans une lumière rouge et la poussière du ruedo décollée par le public. « A Man Outstanding In His Field » s’élève dans un premier riff de guitare. « Cette chanson est dédiée à tous les paysans de France ». L’orchestre groove, la violoncelliste balance sa tête, Fayçal Karoui lance sa main droite, les cuivres partent. La voix de Laurent alterne le falsetto et la rocaille blues, « il nous faut un tambour tout de suite ! » (On a besoin d’une batterie maintenant, NDLR), Mathieu répond et accélère à la batterie, l’orchestre va crescendo, les violons rejoignent la cavalcade, on verrait presque s’élancer les chevaux du Far West.

Sur le titre suivant, les cuivres tonnent. Au troisième, Marie fait pleurer et crier sa trompette en un poignant solo. Michel Lacrouts, père du chanteur, est déjà ému « tout est à l’intérieur », murmure-t-il, les yeux tournés vers son cœur. La voix caverneuse s’éveille à nouveau sur « The Run », monte dans les aigus de contre-ténor que Robert Plant de Led Zep’ ne renierait pas. « Cette chanson est dédiée à mon grand-père ».

La chevauchée westernienne sonnée par les cuivres se rapproche parfois de « House of The Rising Sun ». Mathieu Jourdain, en transe, garde le contact des yeux, en frappant ses toms et cymbales. Puis, sur « Lost in Traditions », un hommage aux aïeux, module Fayçal, Arthur lance un pont jazzy, un violon s’élance, le batteur repart et les gens dansent. Puis ils hurlent « pour ma famille ! » et un jeu s’installe entre fosse et gradins. Sur une note tenue voix de tête, le chef d’orchestre rigole et applaudit son comparse.

Laurent Lacrouts, Mathieu Jourdain et Fayçal Karoui.


Laurent Lacrouts, Mathieu Jourdain et Fayçal Karoui.

Thibault Toulemonde

« C’est l’heure du blues ! »

Ne reste plus que les Cluzo et le claviériste, le temps d’un retour à l’épure. Guitare à résonateur et murmures s’allient, convoquant un blues fermier. Puis un moment de grâce. Marianne Dissard, chanteuse d’Americana bien connue pour avoir collaboré avec Calexico, accompagne d’une voix grave et chaude « The Best » le temps d’un duo. « We The People of the Terroir » est soutenu par la batterie d’un Mathieu Jourdain possédé.

Les cuivres de l'OPPB résonnent au Plumaçon.


Les cuivres de l’OPPB résonnent au Plumaçon.

Thibault Toulemonde

Farmer’s rhapsody d’un groupe à fleur de peau

L’émotion est palpable. Sur le mythique « Hey Hey My My » de Neil Young, le clavier va forte, rejoint par l’orchestre. La voix tonne, gronde, cors et trombones explosent. « Le Rock’n Roll est là pour rester ! Surtout ici, à Mont-de-Marsan, pas besoin de Paris ». Leur Olympia est ici.

La voix du chanteur se serre, les larmes gagnent l’auditoire. Départ puis rappel sous les ovations de la foule. Les Cluzo remercient leurs partenaires du Théâtre de Gascogne, CaféMusic’, Ter à Terre et de l’OPPB.

Laurent Lacrouts siffle comme dans une composition de Morricone. Le public entonne « Little Girl and The Whistlin Train », dernier tour de piste. Des frissons traversent la peau, nous voici transportés entre Nashville et les plaines indiennes du Nebraska, le long d’un chemin de fer. La batterie frappe mille tonnerres, les frettes de la guitare préviennent de vifs arpèges, les cordes vibrent puis tout rugis et les cuivres déchirent le ciel. Chaque instrument semble prendre vie, animé d’une âme propre. Les Cluzo, Fayçal et son orchestre se regardent, sourient. Tous ont compris que quelque chose de rare s’est produit. Mais que peuvent les mots pour retranscrire une musique live écorchée vive ? D’où viennent cette soul et ce blues qui crachent leurs nostalgies ?

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