Mika Rottenberg au MAC | Du plastique au cosmique

Présentée il y a deux ans à Toronto, la première exposition de l’artiste new-yorkaise Mika Rottenberg à Montréal arrive enfin au Musée d’art contemporain après quelques retards covidiens. Au cœur de cette proposition : trois installations vidéo, qui nous font voyager du Mexique à la Chine et du plastique au cosmique, entre la théorie marxiste et le kitsch contemporain.

Publié le 21 mai

Mario Cloutier
Collaboration spéciale

Les œuvres de Mika Rottenberg constituent une présentation parfaite estivale après plus de deux ans de pandémie. Ses installations vidéo et ses sculptures font rire tout en explorant notre dépendance à l’hyperconsommation qui se base, dans le fond, sur des chaînes de production aliénantes.

« Plusieurs œuvres nécessitent de matérialité et de notre relation avec ce qui est matériel. Le matérialisme dans le sens de notre obsession pour les objets, mais aussi, plus philosophiquement, dans le sens marxiste du terme. Nous sommes tous faits également de matière vivante et ça nous permet de connecter plus viscéralement aux œuvres », explique l’artiste née en Argentine et vivant aux États-Unis depuis des années.

Mika Rottenberg est lauréate des récompenses importantes, comme le prix James Dicke remis par le Smithsonian et la bourse Kurt Schwitters. Elle a exposé un peu partout en Europe, à Jérusalem et à Pékin, également. Sa vidéo Aucun nez ne sait – présentée au MAC – a été remarquée à la Biennale de Venise en 2015.

Surréalisme social

L’artiste décrit sa démarche comme étant du « surréalisme social » avec des œuvres qui soulignent l’ambiguïté entre le désir de consommation et ses excès. Elle le fait avec humour en observant la mondialisation des rapports entre producteurs et consommateurs de biens de toutes sortes.


PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Scène de l’installation Chaîne de blocs spaghettis (2019) de Mika Rottenberg

Ses vidéos jouent sur le paradoxe attraction/répulsion en accordant une grande importance à la plastique, aux couleurs, ainsi qu’à la bande sonore.

Cela me permet de remettre en question la séduction qu’exercent les objets sur nous, tout en ne cachant pas leur efficacité. C’est un jeu qui peut nous faire rire, mais aussi nous faire sentir mal à l’aise par moments.

Mika Rottenberg

« J’essaie d’évoquer cette confusion. Il m’est arrivé quelque chose d’amusant et de révélateur à cet effet. Quand je filmais des aliments en studio avec mon portable, celui-ci m’envoyait des annonces de restaurants à Brooklyn. Tout est lié finalement. »

Fiction/réalité

Ses œuvres utilisent des stratégies mixtes naviguant entre la fiction et le documentaire pour créer un récit où des personnages réels côtoient des performeurs dans un continuum qui rappelle les chaînes de production.

Dans Aucun nez ne saitpar exemple, de véritables cultivatrices de perles en Chine sont reliées par le montage à une œnologue caucasienne, l’artiste fétichiste Bunny Glamazon, qui semble être leur patronne et qui expulse un plat de pâtes chaque fois qu’elle éternue.


PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Scène de l’installation vidéo Aucun nez ne saitde Mika Rottenberg

« Quelques années Depuis, cette thématique fiction/réalité est devenue très pertinente dans le monde. J’aime intervenir dans la réalité avec des éléments fictifs, mais, à part quelques exceptions, aucune des personnes que l’on voit dans les vidéos, dans un lieu de vie réelle ou un décor, n’est un acteur professionnel. »

Autour d’une forme hexagonale, la vidéo Chaîne de blocs spaghettis montre l’absurdité de manipulations d’objets hétéroclites dont la beauté ne cache pas la futilité. Avec Générateur cosmique (Variante tunnel), c’est le Mexique et la Chine qui sont liés par un tunnel spatio-temporel donnant sur des activités de production intensive et d’hyperconsommation similaires.

Ambiguïté

L’ambiguïté toujours. Mika Rottenberg est une funambule qui nous entraîne sur un fil tendu entre nos diverses perceptions et réactions comme consommateurs.

Je m’intéresse à ce qui a de la valeur et pourquoi ou comment cette valeur est produite. Dans la culture des perles, on voit que le fait d’irriter ou de blesser un mollusque peut produire une pierre précieuse. C’est comme de l’alchimie.

Mika Rottenberg

« Mais je ne juge en rien les gens qui travaillent dans ces industries, poursuivent-elle. Après mon voyage en Chine, je me suis rendu compte qu’à la maison, je possède beaucoup d’objets qui viennent d’Asie. C’est notre expérience comme consommateurs qui m’intéressent. »

Aux visiteurs de l’exposition, le soin de se questionner sur la valeur des objets qui les entourent et leur pouvoir d’attraction. Comme ce faux doigt manucuré qui sort d’un des murs du musée ou encore cette bouche vermeille entrouverte qui nous incite à regarder à l’intérieur… en voyeurs que nous sommes !

Les installations vidéo et les sculptures de Mika Rottenberg sont exposées au Musée d’art contemporain de Montréal, installées temporairement à la Place Ville Marie, jusqu’au 10 octobre.

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