Miss.Tic, princesse du graffiti, est morte à l’âge de 66 ans

L'artiste Miss.Tic pose à côté de l'une de ses œuvres dans son atelier, le 31 janvier 2006 à Paris.  Cette figure de l'art de la rue, dont les pochoirs habillent les murs de la capitale depuis vingt ans, a publié un livre, « Miss.Tic à Paris », en novembre dernier.  PHOTO BERTRAND GUAY (Photo par BERTRAND GUAY / AFP)

Connue pour ses silhouettes de femmes brunes, sexy et poétiques au pochoir sur les murs de la capitale, notamment, la street-artiste Miss.Tic est morte, dimanche 22 mai, à Paris, peut-on lire sur son compte Instagram. Elle n’a cessé de façonner sa légende sur les murs, les façades décrépites, sous un réverbère, une impasse ou un trottoir mal éclairé.

« Elle s’est battue contre la maladie avec tant de courage. Tant de souvenirs qui remontent, tant de moments partagés depuis le début des années 80… Tant de tristesse… »a réagi l’artiste pochoiriste Jef Aérosol sur Instagram.

L’artiste, plasticienne et poète passe son enfance à Paris entre Château-Rouge et le Sacré-Cœur, puis son adolescence à Orly dans les cités. La jeune fille fait du théâtre de rue dans la compagnie Zéro de conduite. En 1980, elle s’exile deux ans à Los Angeles et San Francisco, baigne dans le milieu punk. Découverte de la vidéo expérimentale, de la violence de la société américaine, fric et dope : elle avoue faire de mauvaises rencontres là-bas.

L'artiste Miss Tic pose à côté de l'une de ses œuvres dans son atelier, le 31 janvier 2006 à Paris.  Cette figure de l'art de la rue, dont les pochoirs habillent les murs de la capitale depuis vingt ans, a publié un livre, « Miss Tic à Paris », en novembre dernier.  PHOTO BERTRAND GUAY (Photo par BERTRAND GUAY / AFP)

De retour à Paris, à la suite d’un chagrin d’amour, elle rencontre les artistes de la bande Ripolin et Vive la peinture qui sort dans la rue, détournent les affiches, peignent les palissades. Miss.Tic est très proche de la BD, du rock, choisissez le pochoir parce que c’est une technique simple. En 1985, elle se lance. Elle dessine un portrait d’elle à partir d’une photo sur un carton.

A l’aide d’un cutter, elle découpe les zones éclairées. Elle pose le carton ajouré sur un mur du 14e arrondissement, l’enduit de peinture, retirer le carton. Le premier portrait d’elle est imprimé en noir et blanc sur le mur : jeune fille sage et élancée, les mains sur les genoux. Une déclaration, à côté de l’image : « J’enfile l’art mur pour bombarder des mots cœurs. »

Des murs de la Butte-aux-Cailles à Louis Vuitton

Sa signature, Miss.Tic la trouve dans un vieil album de Picsou. C’est le nom de la petite sorcière qui a l’obsession de piquer le sou fétiche de Picsou. « Elle est donnée par ce qui brille, sa recherche n’aboutit jamais. » Le nom de la sorcière s’écrit Miss.Tick. Elle préfère l’écrire sans k, comme un tic qui surprend. C’est ce qui arrive avec ses pochoirs : on tombe dessus furtivement dans la rue et on passe son chemin.

L'artiste Miss Tic pose à côté de l'une de ses œuvres dans son atelier, le 31 janvier 2006 à Paris.  Cette figure de l'art de la rue, dont les pochoirs habillent les murs de la capitale depuis vingt ans, a publié un livre, « Miss Tic à Paris », en novembre dernier.  PHOTO BERTRAND GUAY (Photo par BERTRAND GUAY / AFP)

Les années 1990 ont été dures : la multiplication des tagueurs a rendu la police hargneuse. Un jour, elle imprime un dessin sous-titré « Égérie et j’ai pleuré » sur un mur du Marais. Le propriétaire porte plainte et elle est arrêtée en 1997. Miss.Tic est condamnée en appel à verser 22 000 francs au suspect. Elle veut continuer de travailler mais refuser d’être prise pour une délinquante.

Dans le 20e arrondissement, elle négocie avec la mairie, les commerçants, les habitants pour imprimer cinquante pochoirs, une série intitulée Muses et hommes : les dessins copient des fragments de tableaux de peintres célèbres. Dans le 5e arrondissement, elle discute également avec les commerçants, qui achètent d’accord. Même a choisi à la Butte-aux-Cailles.

Louis Vuitton lui demande un pochoir pour un carton d’invitation. La marque japonaise Comme des garçons édite un journal rétrospectif, le styliste Kenzo fabrique un tee-shirt. Paul Personne tourne un clip près de ses œuvres. Dans son atelier, d’immenses tableaux sont des photographies de ses ruelles, de ses portes de garages et rideaux de commerçants graffités. Miss.Tic fait du commerce en figure ses œuvres qui sont vouées à l’éphémère.

Lors de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2011, La Poste émet des timbres reproduisant des œuvres de Miss.Tic, inspirées de ses pochoirs. En 2013, l’agglomération de Montpellier a choisi de réaliser le design de sa future cinquième ligne de tramway.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Miss-Tic, princesse du graffiti

Biographie

1956 Naissance à Paris.

1980-1982 Voyage à Los Angeles et à San Francisco.

1985 Naissance de Miss.Tic.

1999 Procès intentionné par un propriétaire d’immeuble.

2022 Mort à Paris

Le Monde

Leave a Reply

Your email address will not be published.