Musées du Vatican : un tableau de Léonard de Vinci prêté à la France

« Saint-Jérome », chef-d’œuvre inachevé du génie italien Léonard de Vinci, est exposé à partir de ce 10 juin au château du Clos-Lucé d’Amboise. Le tableau est prêt jusqu’au 20 septembre 2022 par les Musées du Vatican, qui en sont propriétaires.

Claire Riobé – Cité du Vatican

«Saint-Jérôme», l’une des œuvres les plus énigmatiques de Léonard de Vinci, a quitté les collections pontificales pour la France. Depuis ce vendredi 10 juin, le tableau est exposé pour 100 jours au Clos-Lucé, à Amboise, lieu où le célèbre peintre est décédé en 1519. L’oeuvre rejoint ainsi une collection de dix-sept tableaux de l’auteur, déjà exposés dans le château de la vallée de la Loire.

Ce prêt exceptionnel des Musées du Vatican intervient trois ans après l’exposition sur la Place Saint-Pierre des œuvres de De Vinci, à l’occasion du 500e anniversaire de sa mort, en 2019. L’exposition-événement au Clos-Lucé est organisée conjointement par la directrice des musées du Vatican, Barbara Jatta, et le chef du département des arts, Guido Cornini.

À travers des essais et des enquêtes scientifiques, tous deux ont travaillé à retracer l’inachèvement du chef-d’œuvre, son mode d’exécution singulier et son histoire mouvementée. «Le Saint Jérôme, dans le désert de Léonard, est certainement un chef-d’œuvre absolu»réputée ainsi Barbara Jatta, «mais aussi une œuvre qui exalte la spiritualité d’un grand homme et docteur de l’Église».

Une oeuvre inachevée

Le tableau, encore à l’état d’ébauche en certains endroits, est l’une des oeuvres les plus énigmatiques de l’architecte, sculpteur et ingénieur toscan. Peint aux environs de 1480-1490, il fournit de précieux renseignements sur les techniques utilisées par Léonard De Vinci lors de la création de ses œuvres, explique François Saint-Bris, directeur du Clos Lucé. «On y voit toute l’étendue de la technique picturale de De Vinci : le dessin, la peinture au pinceau, l’esquisse, les pigments, la peinture à l’essuyé, mais aussi la peinture au doigt. Il y a une empreinte digitale qui est très nettement marquée et ça aussi, c’est très émouvant». «Saint-Jérôme» participe ainsi à renforcé le voile de fascination qui enveloppe, depuis des siècles, la figure de Léonard De Vinci.

Redécouverte au XIXe siècle

Le commanditaire de «Saint-Jérôme» tout comme son destinataire, restent aujourd’hui inconnus. La plus ancienne mention du tableau remonte au début du XIXe siècle, lorsqu’il est mentionné, avec attribution à Léonard, dans le testament de la peintre suisse Angelica Kauffmann. Après la mort de cette dernière, on en perdit à nouveau la trace, jusqu’à ce qu’il soit retrouvé par hasard et acheté par l’oncle de Napoléon, le cardinal Joseph Fesch.

Selon la tradition, le cardinal aurait retrouvé l’œuvre divisée en deux parties : celle inférieure dans l’atelier d’un brocanteur romain et celle supérieure, où apparaît la tête du saint, chez son cordonnier. Au-delà du récit fictif, le panneau a en fait été coupé en cinq morceaux. À la mort du cardinal, il a été mis aux enchères et vendu plusieurs fois. Il a été identifié, puis acheté par le Pape Pie IX en 1956, pour la pinacothèque du Vatican.

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