Nina Childress, peintre à l’histoire punk et à l’esprit pop – rts.ch

L’écrivaine genevoise Fabienne Radi publie une “Autobiographie de Nina Childress” aux éditions Beaux-Arts de Paris. Elle rend un hommage aussi drôle que décalé à cet artiste français qui fête quarante années de peinture à l’esprit punk et pop à la fois.

“J’ai découvert ses œuvres lors d’une exposition au Mamco de Genève. Je ne suis pas trop amatrice de peinture, mais j’ai vraiment adoré cette expo. Du coup, je suis allée à la conférence où elle présentait son travail. Et là je me dis : non seulement son boulot est vraiment formidable, mais en plus, elle est géniale !” Paroles de Fabienne Radi, auteure genevoise entre littérature et art contemporain. L’objet de son enthousiasme : Nina Childress, artiste française, quarante ans de carrière et 1081 peintures rassemblées dans un catalogue en forme de caverne d’Ali Baba.

Nina Childress est une pétroleuse de l’art contemporain. Une fille qui n’a pas froid aux yeux, à l’image de BB et Claudia Cardinale dans un western pas piqué des hannetons. Sa première carrière dans la rue, à la punk, sur les murs de New York ou dans les squats parisiens avec sa bande de garçons, les Ripoulins, les rois de l’action nocturne, du happening joyeux et de la pagaille colorée.

L’époque – les années 1980 – bouscule les codes habituels de l’art, invente la figuration libre, vit à cent à l’heure, est proche du rock, du graffiti et pratique le street-art avec son contemporain américain Keith Harring. Quand elle ne court pas les rues avec ses pinceaux, Nina Childress chante avec le groupe punk parisien Lucrate Milk.

>> A voir: un sujet d’Arte sur le groupe Lucrate Milk de Nina Childress:

Sa peinture d’alors est ironique, colorée, gouailleuse, emplie de références à la culture pop, de Pollux du “Manège enchanté” aux bonbons Haribo. On la trouve sur les murs de sa ville, dans les clips de Rita Mitsouko, dans les pages du magazine Actuel et dans des galeries aussi spontanées qu’éphémères.

>> A voir : Nina Childress, Tableaux d’une exposition. Les Frères Ripoulin Mach 2. Paris 1984

Voilà pour le tournant des années 1980-1990. En quarante années, Nina Childress traverse moult périodes et explorations qui vont du flou au fluo, de la mauvaise peinture à l’hyperréalisme, du portrait d’enfant aux séries Sylvie Vartan ou Sharon Stone, de la dèche à la reconnaissance internationale.

Aujourd’hui, nombreux sont les musées et centres d’art où ses œuvres sont bien jointes. Belle revanche pour un artiste qui n’a jamais lâché ses pinceaux, même quand le marché de l’art boudait la peinture, jugé ringarde à côté des installations conceptuelles. A la rentrée prochaine, c’est au Musée des Beaux-Arts de La Chaux-de-Fonds qu’on pourra d’ailleurs retrouver les tableaux de Nina Childress.

Une autobiographie contre un tableau

Mais que vient faire une écrivaine genevoise grandiose près des forêts fribourgeoises du Mont Gibloux dans cette vie urbaine et rock’n’roll pleine de taches de peinture à l’huile ou acrylique ? “Je lui ai dit que si elle avait un jour besoin de quelqu’un pour écrire sur elle et son travail, elle pouvait compter sur moi”, indique Fabienne Radi. Paroles de fan. Et marché conclu pour le prix d’un tableau.

Fabienne Radi a écrit un premier catalogue attribué à Nina Childress et finalement livre aujourd’hui un second bouquin aussi malin et délicieux que sa peinture : une fausse vraie “Autobiographie de Nina Childress”. Le récit peut se lire escorté de son épais catalogue raisonné intitulé “1081 peintures”. Il se dévore aussi tout seul, à la manière d’un roman, entre la bio de rockeuse (façon Patti Smith ou Viv Albertine des Slits) et les aventures assez édifiantes d’une fille qui ne se décourage jamais dans un monde – celui de l’art contemporain – au moins aussi grossier et macho que celui du rock.

>> A écouter : le sujet de “Vertige”

Fabienne Radi, autobiographe de Nina Childress / Vertige / 6 min. / le 2 juin 2022

“Une autobiographie de Nina Childress” est équipée d’un QR code. Si vous bouquinez avec votre portable dans la main, vous pouvez toujours retrouver les peintures de Nina Childress au fil de la lecture et des commentaires pince-sans-rire de Fabienne Radi. Quelques titres de chapitres donnent le ton de ce livre passionnant, même si on ne connaît pas la peinture que la dispersion à étaler au rouleau : “jouer au docteur”, “faire la folle dans un défilé”, “j’enlève le haut” , “va donc chez Starcolor”, “savoir peindre sur n’importe quoi” ou encore “l’amour des croûtes”…

Impossible d’évaluer ce livre vif signé Fabienne Radi : Nina Childress pose sur sa couverture rose en tenue de Vénus de cuisine avec une marmite de choucroute en guise de cache-sexe. Punk un jour…

Thierry Sartoretti/ld

Fabienne Radi, “Une autobiographie de Nina Childress”éditions Beaux-Arts de Paris, 247 pages.

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