Orelsan au sommet de son art fait chavirer la Normandie sur la scène de Beauregard

La foule s’est massée depuis longtemps déjà devant la scène Beauregard, ce samedi 9 juillet, délaissant quelque peu le concert de Metronomy de l’autre côté du domaine. Enfin, peu après 23 heures, l’ombre d’Orelsan apparaît dans les jeux de lumière. L’un des concerts — si ce n’est le concert pour beaucoup — le plus attendu du festival Beauregard, à Hérouville-Saint-Clair (Calvados) aux portes de Caen, est lancé, avec « Civilization » pour démarrer la soirée, écho à son album du même nom, disque d’or avant même sa sortie en novembre dernier.

Pour chauffer un public déjà électrique, le rapeur caennais enchaîne par « Du propre » et ses désormais célèbres références aux soirées sur le port de Caen. « Il a vécu les mêmes choses que nous », clame un groupe d’amis. L’un d’eux y va d’une anecdote familiale : « Même mes parents reconnaissent des choses dans ses chansons ».

Comme cette sauce d’un kebab caennais est devenue légende par ce couplet : « C’est pour ma ville, sauce Magic beau gosse », repris en chœur par tout le public. Ils étaient 6 500 au Zénith de Caen en février et avril. Mais devant la grande scène Beauregard, ils sont 30 000 à s’époumoner et bondir dans tous les sens. Des fans qui avaient, par centaines, pris des forces au stand du… kebab Magic beau gosse, star annexe de la soirée.

L’artiste et son public complices

Sous les yeux de l’artiste, émus, fleurissent les drapeaux de l’album « Civilisation » ainsi que de très nombreux maillots du Stade Malherbe Caen. Une supportrice s’est même déjà procuré la nouvelle tunique du club, sortie la veille, et ya fait floquer le nom… d’Orelsan. Encore plus d’allusions maison ? Il propose de « recréer l’ambiance de l’appartement rue Caponnière », là où le rappeur et ses camarades se retrouventient plus jeunes ; puis rappelle les « sorties rue Ecuyère », haut lieu des nuits étudiantes caennaises. Bien décidé à vivre un grand moment avec son public, Orelsan décrète ouverte « la kermesse de Blainville-sur-Orne », commune voisine du festival, déclenchant l’hilarité de l’assistance. « Mais à quel moment tu fais rire ton public comme ça ? », s’interroge un spectateur séduit.

« Les interactions avec le public sont exceptionnelles, conviennent à Xavier, Jade et Justine. Il touche tout le monde. C’est complice ». Au point de chambrer le public en coupant la chanson « Basique » : « Hier on a joué à Perpignan, ils étaient beaucoup plus chauds que vous. Vous vous rendez compte de ça ? Je comprends pourquoi Liam Gallagher s’est barré ». Un clin d’œil ironique à l’incroyable sortie de scène de l’ancien chanteur du groupe Oasis vendredi soir sur la même scène au bout d’une vingtaine de minutes de représentation, au prétexte d’une laryngite… Rieurs et piqués au vif, les 30 000 spectateurs réagissent : la deuxième mouture de « Basique » résonne des kilomètres à la ronde, portée par les voix de Beauregard.

« C’était le feu ! »

Au-delà de la performance vocale, le public donne de sa personne. « Est-ce que vous voulez faire des trucs de festival », lance Orelsan. Tout le domaine s’accroupit et se relève comme un seul homme sur un refrain. Avant de reproduire les cours de l’artiste sur toute la longueur de la scène. « Devant, c’était un peu difficile, on ne pouvait pas trop bouger car on était trop serré », s’amuse Camille après coup. « C’était le feu », terminée-elle, marquée par l’ambiance au milieu d’une marée humaine incandescente. Un peu plus loin, un fan caennais venu avec des amis marseillais conquis également parvient à articuler : « Je n’ai plus de voix. Je suis refait ».

Le retour d’Orelsan à Beauregard a pris des allures de triomphe, au milieu d’une année 2022 faste pour l’artiste et son équipage de toujours (Ablaye, Skread entre autres, tous très applaudis). De l’album à la tournée en passant par le documentaire réalisé par son frère, l’artiste caennais est au sommet de son art et n’a jamais paru aussi proche de sa région. « C’est son retour aux sources », dit des spectateurs. Léa, Marine et Guillaume confirment : « Plus ça va, plus il se rattache à Caen. On s’identifie ».

Les étoiles étaient alignées pour vivre « un moment fort », dit un jeune homme. Ça fait partie des concerts les plus marquants ici », illustré par Xavier, Jade et Margaux. Deux parents, Elodie et Arnaud, se séparent aussi de ce sentiment. « C’était trop bien. On n’a pas de moment préféré, c’était tout le concert », s’enthousiasment leurs enfants Liam et Léandre, maillot du SM Caen sur le dos exprès pour l’occasion.

Dans le public, beaucoup s’accordent quelques minutes pour souffler et échanger leurs premières impressions. « En plus, il est inspirant. On est d’accord avec tout ce qu’il dit », glissent Léa et Marine. Guillaume remercie même Orelsan « de savoir donner des leçons de morale, dans le bon sens du terme. Comme s’il nous mettait un coup de pied aux fesses ». On repense alors à cette question de l’artiste au public au début du concert : « Dans le documentaire de mon frangin, vous avez vu le moment où on était des losers ? Il dure longtemps hein ! ». Un perdant magnifique épanoui comme jamais chez lui. Beauregard était comme une immense et rugissante fête de famille.

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