Orléans : vol d’une œuvre majeure du FRAC

Dans la nuit du 18 au 19 juin 2022, l’oeuvre féministe Tuer en bikini de Sammy Engramer a été volée dans la cour du Fonds Régional d’Art Contemporain du Centre Val-de-Loire à Orléans. Un acte de vandalisme qui déclenche la consternation et la colère.

Par Sophie Deschamps

Rokhaya Diallo devant l’oeuvre Bikini Kill de Sammy Engramer volée dans la nuit du 19 au 20 juin 2022 2022 au FRAC à Orléans. Photo Sophie Deschamps

Stupéfaction lundi matin à Orléans pour les agents du FRAC lorsqu’ils découvrent que la bâche support de l’oeuvre de Sammy Engramer sur laquelle on peut lire Baise Patriarcat a été découpée et volée dans la cour des Turbulences. On ignore pour l’instant qui sont les responsables de ce délit. Les caméras de surveillance de la cour montrent toutefois deux jeunes hommes en train de découper la bâche vers 4h du matin.

Cette bâche, propriété du FRAC était exposée, place de la Romancière, depuis le 4 novembre 2021 à Orléans. Elle devait rejoindre dans quelques semaines le centre d’art contemporain des Tanneries à Amilly dans le Loiret.

Une œuvre développée provocatrice

Il est vrai que cette œuvre ne laisse personne indifférente mais comme le rapporte Marine Bichon, chargée de communication au FRAC : « Nous n’avons jamais eu de commentaire négatif sur cette œuvre de la part de notre public, bien au contraire. »

Cette œuvre fait par ailleurs écho à la volonté de l’institution d’être un laboratoire de démocratie féministe. Comme l’indiquent Abdelkader Damani, directeur de ce Frac et Carole Canette, sa présidente dans un communiqué commun : « Cette oeuvre teste notre capacité de changer de perception sur les choses longtemps ancrées dans le subconscient collectif, tout comme notre rapport au féminisme et plus largement à la société ».

En effet, comme l’explique Sammy Engramer dans une vidéo réalisée par le FRAC cette œuvre rend hommage au Tuer en bikiniun groupe punk américain des années 90 et notamment à sa chanteuse et fondatrice Kathleen Hanna « très active dans la cause féministe au sein du milieu punk rock

Mais Sammy Engramer va plus loin depuis la police Fraktur pour calligraphier Baise Patriarcat rappelle les documents officiels de l’Allemagne nazie. Une typographie toutefois rejetée par Adolf Hilter en 1941 sous prétexte qu’elle avait été créée par des imprimeries juives.

Destruction d’une autre œuvre en février à Amboise

Dans un autre communiqué de presse, Delphine Benassy, ​​vice-présidente de la Région Centre Val-de-Loire déléguée à la culture et à la coopération internationale, exprime sa condamnation et sa consternation ainsi que son soutien à l’équipe du FRAC. Mais elle tient aussi à relier ce vol à la destruction de lune création Passage Abdelkader de Michel Audiard en février 2022 à Amboise : « Dans le premier cas, l’artiste nous invite à réfléchir sur les ravages du patriarcat et sur ce que serai une révolution féministe. Le projet de Michel Audiard à Amboise s’est inscrit, quant à lui, dans une démarche de réconciliation des mémoires entre l’Algérie et la France. Dans les deux cas, ces œuvres permettent de nous questionner, de débattre, d’interroger notre relation au monde. »

La cour du FRAC Centre Val-de-Loire d’Orléans paraissait bien vide après le vol de l’œuvre « Bikini Kill » de Sammy Engramer sur lequel on pouvait lire Fuck Patriarcat. Photo Gérard Poitou

Enfin ce vol a le mérite, même si le FRAC s’en serait bien passé, de remettre cette œuvre dans la lumière. Pour Abdelkader Damani et Carole Canette « sans le savoir, ces malfaiteurs ont montré le rôle essentiel des artistes dans la société. Bikini Kill est en ce sens précis une œuvre du réel et remplit un rôle politique dans la cité .»

Une œuvre qui sera reproduite et réinstallée le plus vite possible au fond de la cour du FRAC (et sûrement mieux protégée) mais toujours bien visible de la rue. Enfin Sammy Engramer publiera ce mercredi une vidéo en réaction à ce vol.

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