Petite philosophie des kermesses et spectacles de fin d’année

C’est la pleine saison, depuis quelques jours et pour encore une dizaine de jours, vont se succéder les spectacles de fin d’année de l’école, les concerts de conservatoire, les spectacles de danse ou de théâtre, les expos d’ ateliers d’arts plastiques, et puis les kermesses des écoles, des associations, de certains quartiers ou de certaines communautés, vous multipliez tout cela par le nombre d’enfants, de neveux ou nièces, d’enfants des amis, et vous multipliez encore tout ça par le nombre d’activités ou d’engagement pris et vous obtenez un résultat absolument épuisant où il faut faire des points agenda tous les jours, vérifier trois fois les horaires des répétitions, s’assurer que les costumes sont complets, jusqu’à au bracelet de cheville de la petite dernière qui joue le rôle de la fée, jusqu’au t-shirt coloré uni mais surtout sans inscription pour la chorale de l’école.

Les différentes vertus de ce rite de passage

Peut-être simplement parce que c’est un passage obligé de la vie de parents ? Oui il est bien question de passage je crois dans cette séquence particulière, au sens d’un grand rite de passage. Dont on peut déployer trois grandes significations.

  1. D’abord tous ces spectacles et ces kermesses, sont l’occasion de se retrouver et de mettre en scène de façon festive les liens qui nous unissent. De se rediriger ensemble, que nous ne sommes pas seulement des individus isolés, des familles séparées, mais que nous appartenons à différents groupes, plus larges, qui quand ils se recoupent tous, entraînent la complexité de notre sociabilité. Et nous avons d’autant plus de plaisir à nous retrouver pour en faire le constat que se profile la grande séparation de l’été.
  1. Ce rite de passage transforme notre rapport au temps. Le mouvement perpétuel qui reconduit ces spectacles et ces kermesses toujours à la même période, au mois de juin, nous fait tendre vers une expérience plus cyclique du temps et moins linéaire. Parce qu’il n’y a rien de plus angoissant que le temps qui passe et rien de plus rassurant que le temps qui revient.
  2. Enfin, si nous les parents, continuons de nous infliger un tel tunnel de spectacles et de fêtes c’est aussi je crois parce que ce sont des moments où nous pouvons à peu près réussir notre mission impossible de parents. Dans son texte intitulé “La crise de l’éducation”, la philosophe Hannah Arendt explique la contradiction propre à toute mission d’éducation. Les parents doivent en effet d’une part conserver le monde pour pouvoir le transmettre et en même temps donner à leurs enfants les moyens de détruire le monde ancien pour qu’ils puissent inventer le leur. Ils doivent protéger leurs enfants de la brutalité du monde et en même temps les laisser s’émanciper pour l’affronter par eux-mêmes. Ces spectacles et ces kermesses constituant ainsi un cadre possible de résolution de cette contradiction.

Avec ces spectacles, les enfants inventent ensemble à l’écart de leurs parents, mais sous la surveillance d’autres adultes, un monde qui leur est propre création. Ils s’autonomisent et se préoccupent à affronter le regard d’un plus large public, mais tout en restant entouré de la bienveillance d’autres parents. Emu, chaque parent assiste alors aux premiers pas de ses enfants dans un monde élargi qui figure déjà les rôles que la vie lui réserve. Voilà quelques raisons pour lesquelles on supporte tout cela, vaillamment, et si ça vous manque, si vous trouvez que votre mois de juin est un peu léger, je vous invite à venir voir mon fils aîné jouer son spectacle de théâtre – une adaptation des trois mousquetaires – les 22, 23 et 24 juin prochains à Antony dans le 92, tous les détails sont sur lefeufollet.fr… Franchement n’hésitez pas !

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