Peut-on peindre le vent ?

Toujours l’humanité s’interroge sur la manière de désigner le vent, cet élément aussi familier qu’insaisissable, dont seuls les effets qu’il produit sur le monde qui nous entoure permettent d’éprouver sa présence. Ayant eu vent d’une exposition sur les zéphyrs et autres alizés au Havre, Marie Sorbier est entretenue avec Annette Haudiquethistorienne de l’art et directrice du musée d’art moderne André Malraux, afin de revenir à ses côtés sur les multiples tentatives de représentation du vent au fil du temps.

Le vent : un sujet artistique qui ne s’essouffle pas

Dédier une exposition entière à un phénomène invisible peut sembler incongru, pourtant cela fait sens au vu de sa récurrence dans l’histoire de l’art :

« J’ai mis longtemps à considérer le vent comme un vrai sujet, on l’avait retenu par le biais d’expositions sur la vague, le nuage, mais il a fallu attendre la rencontre avec Jacqueline Salmon, une artiste mettant le vent au cœur de sa réflexion, pour que l’on se dise : oui, le vent est un vrai sujet. » Annette Haudiquet

Ainsi, pour se lancer dans la création de cette exposition, Annette Haudiquet et Jacqueline Salmon, la commissaire d’exposition, n’ont pas brassé du vent mais de nombreuses images venues du passé :

« Pour constituer un corpus nous avons brassé des tas d’images venant de siècles passés. On a recherché du côté de l’Antiquité, jusqu’à finir par revenir à des œuvres très contemporaines. Au fur et à mesure un fil conducteur s’est dessiné, la voiture commente représentant le vent est une question que se mesure les hommes depuis très longtemps. » Annette Haudiquet

Justement, à partir de quel moment, dans l’histoire de l’art, pouvons-nous dire que le vent est devenu un sujet en soi ?

« C’est un sujet qui s’immisce dans toutes les représentations de notre monde, cependant on peut dire que le vent devient un suet autonome dans la deuxième moitié du XIXème siècle, lorsque les artistes commencent à intituler leurs œuvres “coup de vent”, “grand vent”, ou “vent sur tel paysage”. » Annette Haudiquet




6 minutes

Plongeurs d’évents

Sujet fécond pour les esprits artistiques depuis la nuit des temps, le vent est tout aussi fécond pour la nature elle-même, qui voit en lui un allié fondamental à la pollinisation et au foisonnement des espaces naturels :

« Selon Léonard De Vinci, on ne peut décrire le vent, uniquement ses effets. Cela implique les arbres qui se couchent ou encore les plantes qui se reproduisent grâce à lui. Le vent permet de parler de toutes sortes de sujet, par le biais de ses effets sur les voiles de bateaux, les drapeaux claquants dans le ciel… » Annette Haudiquet

Qu’ils soient reproducteurs, contraires, changeants, ou mauvais pour Verlaine, les vents peuvent aussi être tour à tour doux comme la brise ou synonyme de danger lorsqu’ils sont violents :

« Le vent a très longtemps été associé à quelque chose de divin, à l’idée d’une colère, d’un châtiment. Il est devenu profane au XIXème siècle lorsque les artistes, sortant de leurs ateliers et découvrant le monde se sont confrontés à d’autres modèles que la peinture occidentale, notamment les estampes japonaises, et à comprendre ses effets. » Annette Haudiquet

Ainsi le vent a cessé d’être la force de la nature était impétueuse, colérique et indomptable pour devenir plus léger, plus doux, caressant les blés et faisant voleter le petit linge étendu sur les terrasses :

« Quand les artistes commencent à sortir de leurs ateliers, ils vont être confrontés à cette expérience du vent au moment même où ils sont en train de peindre. Je crois que c’est de cette expérience du vent vécu que va naître la nécessité d’entrer en rupture avec les représentations traditionnelles d’un vent imaginaire non vécu. » Annette Haudiquet

Enfin, si le vent est un phénomène physique, il n’en garde pas moins des connotations psychologiques dans certains tableaux ou bien dans les expressions qui le contiennent :

« Le vent est multiforme, ce peut être une calamité, il peut se jouer des apparences, de l’ordre moral même en retroussant les jupes des femmes, en faisant s’envoler les chapeaux. Le vent est aussi symbole de défaite ou à l’inverse, de nouveau départ. Il est tellement divers ! » Annette Haudiquet




26 minutes

Pour en savoir plus, découvrez l’exposition Le vent, cela qui ne peut-être peint jusqu’au 2 octobre 2022 au Musée d’Art Moderne André Malraux du Havre.

Leave a Reply

Your email address will not be published.