Pierre Kohler amène Banksy à Porrentruy

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Le musée de l’art optique fait fort avec une double exposition aussi troublant l’une que l’autre.

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Pierre Kohler expose Banksy dans son musée de l'art optique à Porrentruy.

Pierre Kohler expose Banksy dans son musée de l’art optique à Porrentruy.

lematin.ch/Sébastien Anex

L'exposition ouverte le samedi et le dimanche s'intitule «Dismaland».

L’exposition ouverte le samedi et le dimanche s’intitule «Dismaland».

lematin.ch/Sébastien Anex

La poésie est au rendez-vous au Popa, dans la vieille ville de Porrentruy

La poésie est au rendez-vous au Popa, dans la vieille ville de Porrentruy

lematin.ch/Sébastien Anex

Le très populaire «Love IS in the Air (Flore Thrower)» fait de l’artiste Banksy un phénomène. À Porrentruy, trente morceaux de cartons sous verre constituant une exposition décorée de motifs noirs, blancs et gris. Et quels motifs !

Les images de Banksy sont peintes aux pochoirs, comme cet homme qui lance des fleurs, initialement taguées à Jérusalem en 2003. «Ces œuvres sont issues d’une collection privée, et il est impossible de les attribuer formellement à Banksy…», reconnaît Pierre Kohler, initiateur du musée de l’art optique Popa.

L’exposition s’intitule «Œuvres Dismaland» – Banksy ou pas Banksy?». Les œuvres produites de lugubre, un parc d’attractions imaginé par l’artiste en 2015 en Angleterre. « L’exposition bruntrutaine n’a pas été autorisée par Banksy : son travail est destiné à la rue », indiquent les concepteurs de l’exposition.

Symboles forts

Le Popa veut inviter le visiteur à s’immerger dans l’univers de la star du street art « à travers des symboles forts et significatifs de son travail ». Le musée dit avoir pris le parti de faire découvrir le street artiste Banksy au travers d’une série d’œuvres diffusées en 2015 à Dismaland, un parc d’attractions « plus que bizarre ». Dismaland est un mot-valise composé de dismal (lugubre) et land (territoire).

Ce parc a été présenté comme une «version sinistre de Disneyland». Banksy l’a décrit lui-même comme «un parc à thème familial inadapté aux enfants».

Cinq francs

Du 22 août au 27 septembre 2015 l’accès au parc se faisait en journée ou en soirée. Le prix du billet d’entrée du parc était de trois livres sterling, soit un peu moins de cinq francs. Avec plusieurs milliers de visiteurs par jour, le parc est rapporté plus de trente millions de francs suisses.

Le «Dismaland» se composait de diverses attractions payantes en supplément de l’entrée. Banksy a détourné les attractions connues du grand public : les canards étaient gluants de mazout et le manège de chevaux de bois est devenu la proie d’un tueur en série, qui massacrait ses poulains pour en faire des lasagnes.

On a trouvé dans le même état d’esprit un jeu permettant de piloter sur un plan d’eau des petits bateaux remplis à ras bord de migrants qu’on ne réussissait jamais à faire débarquer. Le personnel d’accueil avait pour mission d’être froid et distant.

Le plus grand mystère règne quant à la provenance des œuvres présentées à Porrentruy. Il n’y a pas de certificat «Pest Control» comme pour d’autres œuvres de Banksy. Les œuvres présentées n’ont pas été créées pour être vendues : elles ne sont pas à vendre.

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« Il faut prendre son temps, trouver son angle, sa distance… », explique Youri Messen-Jaschin.

« Il faut prendre son temps, trouver son angle, sa distance… », explique Youri Messen-Jaschin.

lematin.ch/Sébastien Anex

Les informations géométriques sont si nombreuses que le cerveau est comme trompé.

Les informations géométriques sont si nombreuses que le cerveau est comme trompé.

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Le photographe du matin.ch a failli vaciller devant une œuvre en 3D.

Le photographe du matin.ch a failli vaciller devant une œuvre en 3D.

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Parallèlement, l’artiste lausannois Youri Messen-Jaschin dévoile ses travaux et illusions d’optique. Les visiteurs sont appelés à tester leur cerveau. À travers de nombreuses huiles, sérigraphies et tissages, « il faut prendre son temps, trouver son angle, sa distance… et des couleurs apparaissent », selon les conseils de l’artiste.

«Parfois, on dirait que les carrés sont en 3D», explique Youri Messen-Jaschin, qui manie les pinceaux et les mathématiques depuis plus de soixante ans. « Les informations géométriques sont si nombreuses que le cerveau est comme trompé, il invente des couleurs ou des mouvements », détaille-t-il.

S’il se trompe de deux ou trois millimètres, l’artiste perd l’illusion d’optique. Depuis un demi-siècle, des vertiges, des palpitations et des migraines ont touché ses visiteurs, jusqu’à une douleur au plexus solaire… Youri Messen-Jaschin a déjà exposé ses œuvres au Popa il y a quatre ans.

“Ce qui n’existe pas”

Son art est méticuleux, mathématique et géométrique. La moindre approximation dans un écartement ou une épaisseur peut casser un effet. « Ici une couleur, là une forme : le cerveau voit dans mes tableaux ce qui n’existe pas », résume l’artiste lausannois.

Le trait est posé à main levée, sans règle ni compas, avec parfois trois poils sur son pinceau, si bien qu’une peinture peut prendre deux ans. Convexe ou concave, dedans ou dehors : à chaque cerveau sa vision. Trop de lignes et le cerveau sature : il rajoute des éléments inexistants…

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