Podcast. La Bourse de commerce de Paris, de la halle aux blés au musée d’art contemporain

Ancienne halle aux blés puis bâtiment de la chambre de commerce et d’industrie de Paris, la bourse de commerce, au cœur des Halles, est désormais un musée d’art contemporain. Avec sa coupole de métal et de verre et sa forme circulaire, l’édifice a, d’un côté, conservé les traces du passé et, de l’autre, il s’est modernisé grâce à l’architecte japonais Tadao Ando. Une rénovation qui avait deux ambitions : respecter le bâtiment d’origine et lui permettre de remplir ses nouvelles fonctions. L’ancienne halle aux blés peut-elle vraiment se reconvertir en musée ? Quels défis techniques at-il fallu relever ? Eléments de réponses en reportage avec Marion Dubreuil et en débat avec le rendez-vous critique de la Cité de l’architecture et du patrimoineégalement partenaire de ce podcast.

Toute une histoire… Nous sommes en 1763. L’architecte Nicolas Le Camus de Mézières s’interroge. Il a été chargé de construire la nouvelle halle aux blés en plein cœur de Paris. Mais quelle forme donner à un bâtiment devant s’installer sur un terrain à cinq côtés, qui plus est irréguliers ? Nicolas Le Camus de Mézière prend d’abord en compte les contraintes liées à l’usage du futur édifice. Il faudra prévoir de larges accès pour y apporter la marchandise, mais aussi des espaces conséquents pour en stocker beaucoup. Enfin, la lumière en abondance sera nécessaire pour que chacun puisse juger de sa qualité.

Sensible aux codes néoclassiques en vogue à l’époque, et puisque l’espace au sol est décidément biscornu, il opte pour une construction circulaire comprenant greniers et galeries, et le dote même d’un escalier à double révolution, comme à Chambord. Ainsi, négociants et portefaix ne se croiseront pas…

La fresque circulaire et la coupole vitrée de la Bourse de commerce, à Paris.

Vingt ans plus tard, la halle, jusque-là à ciel ouvert, se voit chapeautée d’une coupole en charpente pour mieux conserver le grain. Las, un premier incendie détruit la couverture, puis un second récidive quelques décennies après. Tandis que l’activité de la halle aux blés ne cesse de décroître, le bâtiment ferme puis est attribué à la Chambre de commerce, laquelle, délaissant le palais Brongniart, s’y installe en 1889 à l’occasion de l’Exposition universelle.

Un étage et des colonnes y sont ajoutés, la coupole de fonte et de verre se voit rehaussée et ornée d’une fresque monumentale représentant l’activité de commerce international. L’aspect – au moins extérieur – du bâtiment est alors figé. A deux pas s’étendent les Halles, le marché de vente en gros de produits alimentaires frais.

Aujourd’hui. L’ouverture au public de la Bourse de commerce a été l’événement culturel majeur de l’année 2021. Après cinq ans de travaux, elle vient compléter l’offre muséale du quartier avec Le Louvre d’un côté et le Centre Pompidou de l’autre. Il s’agit là d’art contemporain puisqu’elle abrite la collection amassée par François Pinault. L’homme d’affaires de 85 ans chargé l’architecte japonais Tadao Ando d’adapter l’espace intérieur à la présentation de ses œuvres. « La manière d’intervenir ne devait pas porter préjudice à l’intégrité du bâtiment. On peut ajouter des choses, sans rien démolir. Et donc pouvoir retirer les ajouts aussi pour retrouver la Bourse de commerce telle qu’elle a été conçue »souligne l’architecte Thibault Marca, de l’agence parisienne NeM, qui a participé à la rénovation du bâtiment.

La Bourse de commerce, à Paris.

Les espaces modulables sont assez vastes pour pouvoir accueillir des expositions temporaires aux œuvres parfois colossales. Au rez-de-chaussée, la salle la plus majestueuse du musée, avec sa rotonde de 28 mètres de diamètre, comprend elle-même un aménagement hors norme : un cylindre de béton composé de 863 panneaux de la taille d’un tatami. Il isole les expositions d’un grand couloir dans lequel d’autres œuvres, de taille plus modeste, peuvent être présentées dans les vitrines d’origine du bâtiment.

Dans les étages, les salles d’exposition se succèdent dans un parcours circulaire. Prendre de la hauteur permet aussi d’admirer la rotonde et de découvrir les œuvres avec un autre point de vue. Puis, en se rapprochant de la coupole de métal et de verre, les détails de la fresque murale se laissent découvrir.

Les étages de l'ancienne Bourse de commerce de Paris, qui abritent aujourd'hui la collection Pinault.

L’avis des experts. A l’occasion des rendez-vous critiques de la Cité de l’architecture et du patrimoine, architectes et journalistes ont débattu de la rénovation de la Bourse de commerce. Ils louent de façon unanime le travail de Tadao Ando, ​​qui « s’est emparé des contraintes du lieu et l’a magnifié »selon Sophie Trelcat, journaliste spécialisée en architecture, urbanisme, design et arts contemporains. « L’immense cylindre, absolument magnifique, en béton de Tadao Ando est pour moi la première œuvre exposerjuge-t-elle. Faire entrer un programme muséal dans un bâtiment qui n’était pas fait pour ça à l’origine, qui a connu des modifications successives, y faire circuler la lumière de cette façon, c’est une réussite totale et très intelligente. »

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De son côté, l’architecte Richard Scoffier relève avec admiration que Tadao Ando « est arrivé comme un Japonais conquérant et a siphonné l’espace à son profit et recadré la peinture de la coupole, qu’on ne voit pas avant »la faisant presque « passer pour une œuvre de la collection Pinault » ! Selon Isabelle Regnier, du Monde, « Ando a réveillé une architecture néoclassique certes mais aussi parfaitement lisse et ennuyeuse. Il y a maintenant un dialogue entre la ville, le bâtiment et les œuvres. C’est un endroit hyper excitant ! ». Un enthousiasme partagé par le journaliste et architecte Philippe Trétiack, pour qui le cœur du bâtiment est simplement, dit-il, « une réussite ».

« Archi intéressant »

« Archi intéressant » mis en avant des bâtiments à l’architecture et à la conception remarquables. Dans chaque épisode, écoutez des visites guidées et des débats animés, réalisés en partenariat avec la Cité de l’architecture et du patrimoine. Retrouvez ici tous les épisodes.

« Archi intéressant », un podcast produit et réalisé par Joséfa Lopez pour Le Monde, en partenariat avec la Cité de l’architecture et du patrimoine. Reportage : Marion Dubreuil. Voix off : Isabelle Regnier. Réalisation : Eyeshot. Identité Graphique : Mélina Zerbib, Aurélien Débat. Partenariat : Sonia Jouneau, Victoire Bounine.

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