Pourquoi des silhouettes de cadavre sont dessinées dans les rues de Bordeaux

Robin Gaudillat, un artiste peintre et plasticien de Bordeaux, est à l'origine de l'œuvre
Robin Gaudillat, un artiste peintre et plasticien de Bordeaux, est à l’origine de l’œuvre « Les invisibles », qui vise à signaler l’exclusion sociale via une démarche artistique. (©gaudi.arts)

Depuis le 13 mai 2022, il est possible au hasard d’une rue à Bordeaux de tomber sur une scène de crime ou, du moins, quelque chose qui s’en rapproche.

Rue Sainte-Catherine ous rue de la Porte-Dijeaux par exemple, ou encore aux abords du parking Victor-Hugo ou du Grand-Théâtredes silhouettes de cadavres Les dessins animés à la craie blanche jonchent le sol à côté d’un tas d’affaires qui semblent abandonnées.

« Le symbole de ces gens trop souvent oubliés ou ignorés »

Rassurez-vous, rien de macabre à signaler ! Il s’agit en fait d’une œuvre artistique de Robin Gaudillat, intitulée « Les invisibles », qui consiste à réaliser des photographies de lieux où vivent des personnes sans-abri afin de dénoncer à travers ces clichés, l’exclusion sociale, notamment grâce à cette petite mise en scène qui interpelle.

Dans ces photographies, l’idée est de prendre en photo uniquement les affaires ainsi que l’installation précaire de ces individus et de dessiner au sol une silhouette à la craie blanche. La silhouette blanche est là pour questionner le spectateur. Elle est comme un symbole représentant ces gens trop souvent oubliés et ignorés.

Robin Gaudillatartiste bordelais

Pour préparer cette œuvre, dont la performance artistique éphémère a été réalisée dans les rues de Bordeaux le 13 mai dernier, l’artiste peintre et plasticien a participé à plusieurs maraudes avec l’association Les Robins de la rue afin de « voir ce qu’ était révélé la rue et les personnes qui y vivent », mais aussi obtenir l’accord de quelques sans-abri pour réaliser son projet.

« Lors de notre réalisation, il y a eu beaucoup d’interactions avec les passants qui se sont arrêtés et ont commencé à se questionner et interagir avec nous. C’était très intéressant de voir leur réaction ! », rapporte Robin Gaudillat.

Ce n’est pas la première fois que le jeune homme sert de l’espace urbain comme terrain d’expression artistique. En mars 2021, il avait exposé dans les rues de Bordeaux – à différents endroits – une sculpture intitulée « Politique de l’autruche » pour signaler « l’inaction du gouvernement face à la crise sanitaire ».

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L’artiste prévoit d’aider financièrement une association

« Ma démarche artistique s’inscrit dans un art social et engagé. Au delà de tout aspect polémique, l’oeuvre in situ, crée un dialogue entre un lieu et ses habitants, entre la société et ses dirigeants. L’art au cœur de l’espace urbain est pour moi une façon directe de provoquer les maux de notre société contemporaine et d’interpeler le spectateur à réfléchir sur notre condition humaine », explique-t-il.

Avec « Les invisibles », Robin Gaudillat cherche à activer que « la rue tue ». Pour rappel, à Bordeaux, deux SDF ont été découverts morts en pleine rue en décembre 2021. Les clichés de son œuvre seront d’ailleurs exposés les 2 et 3 juillet au Rocher de Palmer, dans le cadre d’une exposition sur le thème de l’inclusion sociale.

« Pour cette expo, personnellement, j’ai choisi de parler non pas de l’inclusion mais plutôt de l’exclusion sociale », explique l’artiste qui compte reverser, pour chacune de ses œuvres photographiques vendues, 50 % de la somme en guide de don à l’association bordelaise Les Robins de la rue.

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