Pourquoi y at-il moins de groupes vivre dans les bars de Nice ?

“C’est une question de mode”, justifie le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) des Alpes-Maritimes, Noël Ajoury. Son bar situé dans le Vieux Nice, le Blue Whales, est un bon exemple.

“On était connu pour le rock, on faisait jouer des groupes. Mais les chiffres tombaient, la clientèle ne suivait plus. Quand on a fait des travaux dans le bar, on a transformé l’estrade où se mettaient les musiciens en espace lounge, avec un DJ”explique-t-il.

Plus chers qu’un DJ et moins pratiques

Financièrement parlant, les calculs sont aussi vite faits. “Un groupe de trois ou quatre personnes est déterminé plus cher qu’un DJ”justifie Noël Ajoury.

“Sans parler des nouvelles lois qui imposent le limiteur sonore aux établissements. Si la musique dépasse 110 décibels, ça la coupe. Et ça correspond à peu près à des applaudissements ou un coup sur la caisse claire. Ça casse un peu l’ambiance”, regrette Krees, musicien du groupe Fox. Le recours à un DJ facilite tout, car il lui suffit de régler sa console au volume adéquat.

Plan B, pour les musiciens : le balade. “On joue en acoustique, pour faire une musique d’ambiance. On n’en faisait pas jusque-là mais, vu la situation, je commence à l’envisager”avance Krees.

À la recherche de sons connus

Pour vivre de son art, jouer dans les bars ne suffit plus à Nice, depuis le début des années 90. Les musiciens complètent leurs revenus en jouant pour des soirées privées, bals, festivals et événements du département… afin d’engranger assez d’ heures pour valider le statut d’intermittent. Mais la plupart travaillent à côté. Comme Thierry Maillart, guitariste pour Mr Fist depuis sept ans, et vendeur à La Fnac.

“Les gens sont moins curieux. Ils ont envie d’écouter quelque chose qu’ils connaissent déjà. Ils préfèrent un groupe qui fait des reprises qu’un qui propose des compositions originales”analyse-t-il.

Ce qu’approuve John, chanteur et guitariste pour les Kitchies. “Avec les touristes, il y a de la fréquentation occasionnelle. Il faut que la programmation attire l’œil et l’oreille”note-t-il.

Boire, avant d’écouter

Plusieurs musiciens avancent que les clients vont dans un bar pour consommer, avant d’écouter de la musique. “Le concert est un bonus. Mais c’est toute une éducation à la musique qui se perd, et c’est dommage”, pose Jean. Qui se souvient jouer, il y a quelques années, au Pompéi jusqu’à trois heures du matin, quatre heures pour le Blue Whales…

“On est sur la Côte d’Azur, quand même. Les gens préfèrent une ambiance lounge ou dancefloor”conclu Krees.

“Je ne vais pas me priver de bonne musique dans mon propre bar”

Maximilien, qui gère le Bière quartier de la Libération, n’est pas convaincu. “Le lounge, c’est le premier pas vers plus rien. On a tous Spotify et Deezer. On dit que le rock ne marche pas parce que ça fait 30 ans qu’on fait des reprises et qu’on s’emmerde”, martèle-t-il.

Dans son bar, qu’il voit comme une scène ouverte à tous, il programme deux à trois live par mois. Du rock, de l’acoustique et même du hip-hop. Comme les demi-finales de l’open-mic de L’ekip sud, qui avait du mal à se faire accepter dans d’autres établissements.

Un compte Instagram pour sortir

Belinda – Béli pour les intimes – un 44 ans. “Ça fait 31 ans que je sors. J’ai un emploi en journée et, le week-end, je travaille au Frigo 16, dans les anciens abattoirs de la rue de Turin. J’ai demandé à servir au bar intérieur, parce que j’aime bien découvrir plein d’artistes”pose la Cannoise.

Comme elle sort beaucoup, ses amis ont pris l’habitude de l’appeler pour savoir où aller le soir. Elle a donc créé un compte Instagram – @beli_night -, début mars. “Comme ça, ils savent où aller, et ils arrêtent de m’appeler”rigole-t-elle.

Soirées jeux, karaoké, blind-test et quiz, live, DJ set… Béli n’en démord pas : il y a une vraie vie nocturne sur la Côte d’Azur. “Ça bouge pas mal au port de Saint-Laurent, à Monaco, il y a de quoi faire à Antibes aussi…”énumère-t-elle.

Depuis deux ans, elle travaille aussi sur une application : Groov. “Elle permet de trouver des soirées et d’y faire des rencontres”explique-t-elle.

Disponible depuis septembre 2021, elle compte déjà une centaine de téléchargements. “J’y ai rentré tous les bars et clubs de France. Ça en fait des milliers, ça m’a pris des jours et des jours de boulot”sourit-elle.

Jusqu’au 30 novembre, la Sacem organise Tous en live, pour aider les artistes locaux à se produire.

Le dispositif aide financièrement les établissements qui organisent des concerts et des événements musicaux. Plus d’infos sur sacem.fr. Une plateforme a également été publiée, pour mettre en lien artistes locaux et patrons d’établissements.

Plus d’infos : sacemconnect.sacem.fr.

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