quand l’Ave verum corpus de Mozart fait polémique

Le concert doit avoir lieu sur l’esplanade du Rosaire, à Lourdes. AFP

Le 11 juillet, des écoliers et collégiens de Lourdes ont prévu de chanter cette pièce du répertoire classique sur l’esplanade du Rosaire. Un syndicat enseignant dénonce une «atteinte à la laïcité».

Alors que le conseil des Sages de la laïcité de l’Education nationale, et le comité national d’action laïque (Cnal) * se sont fait l’écho de la multiplication, ces derniers mois, de « tenues islamiques » dans et aux abords d’établissements scolaires, c’est une autre polémique qui a émergé ces derniers jours, venue de Lourdes (Hautes-Pyrénées), haut lieu de pèlerinage catholique.

Objet de l’affaire : la participation volontaire d’élèves de CM1, CM2 et 6e d’écoles et de collèges publics et privés sous contrat, à un concert prévu le 11 juillet -pendant les vacances scolaires, donc- sur l’esplanade de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire. Dans la partie finale du «concert de l’amitié» dirigé par le célèbre chef d’orchestre italien Riccardo Muti, et donné dans le cadre de L’offrande musicaleun festival humaniste et solidaire ( 20 % des places sont offertes à des personnes handicapées), ils interpréteront l’Ave verum corpus de Mozart . Une courte pièce d’inspiration religieuse pour chœur, cordes et orgue écrite à la fin du XVIIIe siècle pour la fête du Corpus Christi. Elle met en musique, en latin, la prière suivante : «Je te salue, vrai corps né de la Vierge Marie, qui a vraiment souffert et a été immolé sur la croix pour l’homme. »

Un signalement à la cellule laïcité

S’agit-il d’une atteinte à la laïcité ? C’est ce que dénonce le Snuipp, premier syndicat enseignant de l’école primaire. Ses représentants des Hautes-Pyrénées expliquent avoir transmis un signalement à la cellule laïcité de l’Education nationale. Dans un courrier adressé au recteur de l’académie de Toulouse et aux services locaux concernés, ils ont indiqué «être face à une atteinte grave à la neutralité religieuse découlant de la Loi de 1905, la grotte de Lourdes étant considérée par le clergé catholique comme un haut lieu du catholicisme». Ils évoquent des professeurs des écoles et de musique «convoqués par leurs supérieurs hiérarchiques en mai» pour participer à la préparation du concert. «Parmi eux, certains ont trouvé le texte de la pièce et le lieu retenu pour le concert limité. Ils nous ont alertés il y a 15 jours», rapport David Castebrunet, du Snuipp 65. «Nous n’avons rien contre l’Église catholique. Nous ne sommes pas opposés au fait d’étudier et d’apprendre des œuvres qui font partie de notre patrimoine culturel. Mais le texte de cette pièce est très religieux. Et le lieu très problématique. Imaginez ce qu’il serait passé si l’affaire avait concerné une autre religion», ajoute-t-il.

«Le problème n’est pas lié à l’œuvre de Mozart. Sinon, on ne fait plus d’histoire de l’artestime Rémy Sirvent au Comité national d’action laïque. Mais on aurait pu choisir un autre lieu, tel qu’un espace municipal, pour éviter les froisser les consciences. On aurait pu aussi imaginer une activité culturelle exigeante et ouverte à tousajoute-t-il. Je pensais qu’il y avait trois départements concordataires en France. Il y en a visiblement quatre».

“Les bras m’en tombent”

«Les bras m’en tombentréagit de son côté le pianiste David Fray, créateur et directeur de L’offrande musicale, un festival humaniste bien éloigné de ces arguties». «L’idée de Riccardo Muti, l’un des plus grands chefs d’orchestre vivants, était de donner la possibilité à des élèves, comme un cadeau, de chanter ce chef-d’œuvre de Mozart. J’ai donc organisé une réunion avec la mairie de Lourdesexplique-t-il. Les œuvres d’art qui, pendant des siècles ont été des commandes de l’Église ont deux facettes. L’une est religieuse, l’autre universelle», rappelle-t-il.

L’académie de Toulouse, elle, n’a pas fait remonter l’affaire au Ministère comme une «atteinte à la laïcité». C’est «de manière volontaire» et «en dehors du temps scolaire» que les élèves et professeurs ont été sollicités. «Il s’agit d’un travail sur une œuvre patrimoniale. Contrairement à ce qui a pu se dire, le concert ne se déroulera ni dans l’Eglise, ni dans le sanctuaire, ni dans la grotte, mais sur l’esplanade», explique Thierry Aumage, le directeur académique des Hautes-Pyrénées. «Ce concert n’est pas organisé par l’Education nationale, précise-t-il encore. Le maire de Lourdes m’a sollicité pour la participation d’un chœur d’enfants à ce festival. J’ai demandé que l’on relaye cela auprès des professeurs des écoles et de musique. Je n’ai pas été interpellé par les enseignants ou les parents. L’alerte est venue d’un communiqué écrit par un syndicat».

*Le Cnal regroupe l’Unsa Education, la FCPE (première fédération de parents d’élèves marqués à gauche) et la Ligue de l’enseignement.


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