Robin Renucci prend vendredi les rênes du théâtre de La Criée de Marseille

Après onze années à la barre de La Criée, à Marseille, un centre dramatique national qu’elle a largement dépoussiéré en l’ouvrant sur l’extérieur, Macha Makeïeff passe le relais à Robin Renucci, qui veut continuer à promouvoir une jeune génération de metteurs en scène et en particulier des femmes. “La Criée, c’est un aboutissement de mon lien avec la Méditerranée et de plusieurs décennies de réflexions sur le sens de la décentralisation”confie le nouveau directeur de 65 ans, qui prend ses fonctions vendredi 1er juillet.

Celui qui a créé un centre culturel en Corse et chapeautait jusqu’à présent Les Tréteaux de France, autre centre dramatique national mais itinérant, aimerait poursuivre à Marseille cette relation délocalisée avec les spectateurs.“Faire venir des publics nombreux dans des lieux, c’est une grande histoire du théâtre mais au fond, aller à la rencontre des publics là où ils sont, c’est sans doute une époque dans laquelle nous sommes entrés définitivement”analyse-t-il.

La reconquête et le renouvellement du public, échaudé par deux ans de pandémie, est un travail au long cours. “Nous avons retrouvé notre public, autour de 80% de fréquentation, on a toujours entre 35 et 40% de jeunes, tout cela c’est le travail quotidien, de fourmi, des relations avec le public”explique à Macha Makeïeff, 69 ans.

Un travail qui est “fait aussi de relais avec des associations, des professeurs, des partenaires sociaux formidables”ajoute-t-elle. “Je crois aussi approfondi que le fait qu’on soit pluridisciplinaire” un joué. Cirque, danse, musique, théâtre, arts plastiques : les différentes programmations de Macha Makeïeff, artiste plasticienne, comédienne et metteuse en scène, ont systématiquement eu la transversalité pour mot d’ordre. “Ce qui m’importe, c’est le mélange des arts” auto “cette séparation du théâtre des autres arts est pour moi une anomalie première”raconte celle qui a toujours revendiqué sa fantaisie.

Une créativité, conjuguée au vent porteur de Marseille capitale européenne de la culture en 2013, qui a permis à ce “paquebot un peu poussif” qu’était La Criée en 2011 de se transformer profondément, en dépit de moyens limités. “J’ai une maison qui est, pour la deuxième ville de France, sous-financée mais je n’en ai jamais fait un obstacle”relève de la directrice, qui a tout de même obtenu des subventions de la région et du département, en plus de ceux de l’État et de la ville.

Recentrage sur la pratique théâtrale

“Il s’agit évidemment de continuer ce travail en permettant de le centrer sur la question de l’art dramatique”, avance Robin Renucci, qui a conçu davantage la pluridisciplinarité comme partie prenante de la création théâtrale. Et souhaite faire de la pratique théâtrale, amateur comme professionnelle, un de ses jalons : “Il y a bien sûr venir voir des oeuvres dans un endroit mais il y a aussi un grand pan d’éducation artistique et culturelle depuis l’enfance des spectateurs et d’éducation populaire tout au long de la vie”.

“Pratiquer, c’est très important et puis réfléchir aussi, via des moments de rencontre autour des spectacles”détaille celui qui aimerait créer des ponts avec le monde scolaire et celui des soignants.

Comme Macha Makeïeff, Robin Renucci affirme être à un moment d’une carrière “déjà très accompli” où il a surtout envie “de transmettre” en entretenant un vrai “rapport intergénérationnel”, notamment avec de jeunes artistes féminines. Que ce soit Julie Berès, Alice Zeniter ou encore Louise Vignaud dont il s’entourera lors des prochaines saisons, “il faut absolument que les autrices, les metteuses en scène puissent réaliser des spectacles de grands plateaux” à La Criée, martèle-t-il.

“Les vies de femmes sont faites d’émancipations successives”, abonde Macha Makeïeff, qui reprendra la direction de sa compagnie, “Mademoiselle”, à Aix-en-Provence. De là-bas, “je regarde Marseille avec toujours beaucoup d’affection”, promet-elle. Cette ville qui “un échappé à tant de schémas, de normes, qu’on peut y inventer vraiment, décaler les choses sans que ça produise une révolution”.

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