Romy Schneider et les fantômes nazis de son enfance


Elle est morte il y a tout juste quarante ans, au printemps 1982, emportée par la douleur, l’extrême fatigue et les médicaments… On a tout dit sur ses errances, l’alcool, son caractère entier et son âme vulnérable. Mais pour comprendre Romy, il faut aussi remonter sur ses blessures d’enfance, jamais vraiment cicatrisées, ses premières années vécues en pleine Seconde Guerre mondiale, alors que ses parents, tous deux, étaient de vils courtisans du régime nazi. Avec le recul, on pourra toujours prétendre que beaucoup d’artistes se sont quatrevoyés à l’époque, surtout s’ils veulent continuer à travailler, mais d’autres n’ont pas hésité à prendre le large, comme Marlene Dietrich – malgré les Appels du pied de Goebbels pour faire revenir Hollywood.

Avant que Romy ne devienne une star, il faut comprendre que sa mère fut une vraie vedette en Allemagne : Magda Schneider a enchaîné nombre de succès au théâtre puis au cinéma, sous la houlette de l’UFA, la firme de production allemande qui passe rapidement sous le contrôle nazi. C’est là où elle croisa son futur mari, le séduisant et coureur Wolf Albach-Retty, qui lui fit deux enfants, dont Rosemarie, future Romy, avant de délaisser son foyer… Les deux artistes n’eurent aucun scrupule à continuer leur carrière , Wolf Albach-Retty tourna trois ou quatre films par an, adhéra au parti nazi et évita l’enrôlement militaire grâce à ses liens avec Goebbels.

Quant à Magda, elle va se retrouver géographiquement très proche des dignitaires nazis en raison de sa maison de campagne, un chalet cosy débordant de géraniums qu’elle a fait construire à Berchtesgaden, ce petit Saint-Tropez montagneux où Hitler a déterminé également de s’ installer dans les années 1930… Le Berghof n’est qu’à quelques kilomètres à vol d’oiseau de la demeure des Schneider, et Hitler connaît bien Magda pour être allé l’applaudir dans les théâtres de Munich dans les années 1920 – il avait le béguin et lui faisait porter des fleurs.

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Magda, maîtresse d’Hitler ?

Quand il résidait à Berchtesgaden, entouré de sa cour, le leader nazi savait pertinemment que l’idole de sa jeunesse vivait à deux pas, et Magda était régulièrement invitée pour un thé ou une promenade, parfois accompagnée de sa petite Romy – une vidéo existe , tournée par Eva Braun avant la guerre, où on la voit faire partie d’un groupe de personnes déviant avec le dictateur. Magda at-elle succombé à Hitler ? Romy en était persuadée, comme elle l’a nommée à son ami la journaliste allemande Alice Schwarzer. « Je crois que ma mère a eu une liaison avec Hitler ! » lui lança-t-elle un soir de 1976, lors d’une grande interview-vérité, qui fit l’objet ensuite d’un livre et d’un documentaire sur l’art.

« Il ne faut pas exagérer, Romy disait ça quand elle était sous l’empire de l’alcool », tempère Emmanuel Bonini, auteur d’une biographie très détaillée sur la star – La Véritable Romy Schneider, éd. Pygmalion. « On peut tout supposer, mais, là, on verse dans la fantaisie et la romance. Sans compter la sexualité de Hitler, qui reste encore un grand mystère… Mais il est vrai qu’en bonne opportuniste, Magda a voulu de près l’entourage du dictateur, sans être pour autant encartée au parti. Elle l’a d’ailleurs payée cher, sa carrière s’est effondrée après-guerre, jusqu’aux Sissi qui vont la remettre en selle… » ​​Sarah Biasini, la fille de Romy, considérait elle-même qu’une liaison entre sa grand-mère Magda et Hitler relevait de la pure légende. Mais elle confiait que Romy se demandait toujours pourquoi sa mère n’avait jamais quitté l’Allemagne à cette époque…

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Car Magda Schneider s’est aussi montrée très proche de Martin Bormann, l’âme damnée de Hitler, trésorier et secrétaire particulier du dictateur, un homme brutal et sans scrupules, qui contient les clés du Berghof et que l’on pouvait difficilement éviter… « Vous savez, Martin Bormann était le secrétaire de Hitler, l’homme le plus puissant et le plus redouté dans les coulisses du IIIe Reich, confirmera Magda en 1982. Les Bormann avaient huit enfants, donc les anniversaires ne manquaient pas… » Dans une autre confidence à la presse allemande, après la mort de sa fille, l’ex-actrice reconnuet que Romy était parfois invitée à la fête de l’un d’entre eux. « Quelqu’un lui avait dit qu’elle était la plus jolie petite fille de Berchtesgaden ! »

Réparer le passé

Ces découvertes tardives eurent sur Romy les conséquences que l’on imagine… Colère, dégoût, et une distance encore plus prononcée pour un pays qui ne lui a jamais pardonné sa fuite pour la France et les beaux yeux d’Alain Delon, après le succès colossal de Sissi. Selon son amie Alice Schwarzer, l’actrice a prétendu « réparer les choses à sa manière ». Le journaliste rappelle ainsi dans sa biographie que le premier homme qu’elle a épousé, l’acteur Harry Meyen, avait été persécuté par les nazis parce que demi-juif – son père a été tué dans un camp de concentration. Et ce n’est pas un hasard si elle a donné des prénoms juifs à ses enfants, David et Sarah.

« Et il n’y a absolument aucun hasard dans le fait que Romy Schneider, les dernières années de sa vie, n’a cessé, avec de plus en plus d’instance de jouer des rôles de victimes du nazisme », relève son amie . On l’a vue ainsi interpréter une Juive allemande persécutée sous la guerre dans Le Trainune femme sauvagement assassinée par les SS dans Le Vieux Fusil ou encore La Passante du Sans Souci, tourné en 1981, où elle incarne deux femmes à des décennies d’écart, toutes deux victimes des anciens et nouveaux nazis, un rôle qu’elle désire plus que tout et dans lequel elle s’est jetée à corps perdu. Le dernier film de sa vie, comme un solde de tout compte.

A lire :

La Véritable Romy Schneiderpar Emmanuel Bonini, éditions Pygmalion

Romy Schneider intimepar Alice Schwarzer, éditions l’Archipel

Adieu Romypar Violaine de Monclots, éditions Grasset


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