Suzanne Valadon, expose dans “Pionnières” au Musée du Luxembourg à Paris

La célèbre peintre de Bessines-sur-Gartempe, Suzanne Valadon a fait partie de l’exposition “Pionnières” au Musée du Luxembourg à Paris. Elle compte parmi les femmes artistes des années 20, mises en avant jusqu’au 10 juillet.

“Pionnières“, au Musée du Luxembourg à Paris, rassemble les œuvres de multiples artistes femmes françaises et internationales des années 20 dont la haute-viennoise Suzanne Valadon.

C’est elle qui a inspiré la tenue de cette exposition, elle Suzanne Valadon ou plutôt son tableau daté de 1923, la chambre bleue. En le voyant intéressé au Centre Pompidou dans une exposition de 2009, Camille Morineau et Lucia Pesatane, commissaires de l’exposition Pionnières, sont saisies par l’œuvre de cette femme qui peint elle-même une femme et présente pour la première fois, une vénus, habillée, vêtue d’un pyjama, une cigarette à la main, les cheveux coupés à la garçonne. Un changement par rapport aux traditions de l’époque où ce sont plus souvent les hommes qui peignent les femmes et quand ils le font, leurs muses sont nues.

Les historiennes se disent alors qu’il faudra faire une rétrospective dédiée à ces femmes artistes des années 20. Le projet naît et il faut trois ans pour retrouver ces femmes ayant exposé dans ces années-là, rassembler leurs œuvres, parfois aller les chercher chez des collectionneurs privés.

Dans les années 20, les femmes s’émancipent. La première guerre mondiale leur a donné une certaine confiance, « elles ont réalisé qu’elles pouvaient très bien travailler, gagner de l’argent, commencé à exposer, et Paris leur offrait la liberté de le faire» explique Lucia Pesatane, commissaire de l’exposition. Elle poursuit : « le saphisme était toléré dans la capitale, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle les femmes délivrées à Paris, il y avait des clubs ouverts pour les couples de femmes, et Nathalie Barney, elle, invitait tous les jeudis, de nombreux artistes et couples homosexuelles dans ses salons ».

Mais, cette libération des mœurs ne dure pas longtemps et se termine avec la crise économique de 1929 et la montée des totalitarismes. Les années 30 ont succédé à une décennie très difficile pour les femmes en Allemagne, en Italie, en France aussi, avec une politique très conservatrice.

Cette voix qu’elles avaient réussi à obtenir dans les années 20, elle n’ont pas réussi à la conserver. Ce ne sera qu’en 44 que les femmes obtiendront le droit de vote raconte Lucia.

Selon Lucia Pesatane et Camille Morineau, commissaires de l’exposition Pionnières, les femmes ont été oubliées par l’histoire de l’art écrite par les hommes. “Pour toine grande partie de ces artistes, nous n’avions pas de biographie, ni de catalogue” racontent-elles, ce qui peut expliquer le peu de rétrospectives sur leurs travaux.

L’idée de cette exposition est de rendre visible l’art des femmes des années folles, de dévoiler leurs histoires ainsi que de les mettre en avant leur rôle primordial dans le développement des grands mouvements artistiques de la modernité. “On voulait montrer certains artistes qui n’ont pas encore leur place dans les musées français. C’est en quelque sorte, réécrire l’histoire de l’art de manière égalitaire” décrit Lucie.

Alors Pionnières s’attache à présenter des artistes d’europe mais aussi de l’international. Elle a rencontré en avant-première beaucoup d’artistes d’Europe de l’Est, de Chine, du Brésil qui ont été rendus à Paris. A cette période, les femmes touchées à différents arts, elles passent aisément d’une discipline à l’autre, ce qui explique que l’exposition rassembleuse des peintures, des sculptures, des costumes, des décors, des photographies, des masques, des marionnettes…

Comme Tamara de Lempicka, Sonia Delaunay, Tarsila do Amaral ou encore Chana Orloff, nées à la fin du XIXe ou au tout début du XXe, siècle, les femmes accèdent enfin aux grandes écoles d’art jusqu’alors réservées aux hommes. Suzanne Valadon fait partie de ces pionnières.

Pourquoi ? Parce qu’elle change la façon de représenter la femme. Dans les années 20, les femmes peuvent enfin participer à des cours de nu, ce qui va permettre de faire évaluer leurs représentations. Dans son tableau “la femme aux bas blancs” daté de 1924, Lucia Pesatane explique : “on voit cette femme qui s’habille pour sortir, il y a un bouquet de fleurs derrière la chaise, elle ne le pose pas dans un vase comme si ce bouquet n’était pas très important pour elle. Les poses sont différentes des poses classiques. Elle est assise sur une chaise, ne regarde pas le spectateur directement”. C’est le même dispositif dans sa peinture emblématique de 1923, “La chambre bleue”. Elle met en avant une femme, les cheveux courts, mal maquillée, la cigarette à la main en pyjama, qui se prélasse sur son divan sans regarder le spectateur. A ses pieds, il n’y a pas de bouquet de fleurs mais des livres.

Loin des Odalisques de Matisse ou de Manet qui montrait des femmes aux formes parfaites, regardant le spectateur, “Suzanne Valadon représente une nouvelle femme dans un contexte domestique“.

Un troisième tableau de la peintre est exposé au Musée du Luxembourg. Il s’agit de “Vénus noire” Réalisé en 1919. Lucia nous explique qu’en expliquant une Vénus noire cette fois-ci, cette œuvre montre à quel point Suzanne Valadon s’intéresse à d’autres cultures, d’autres pays, loin des poncifs du regard colonial que l ‘on trouve chez les artistes masculins. C’est aussi le moment où comme Mella Mutter, Anna Canco, Lucie Couturier, elle commence à voyager.

Cette très belle exposition est à découvrir encore deux semaines au Musée du Luxembourg, à Paris, jusqu’au 10 juillet 2022.

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