Toute sa vie elle a adopté la France : Patti Smith émue de l’être en retour en recevant la Légion d’honneur

Enfant, Patti Smith, à qui l’on avait appris à ne jamais rien accepter de la part d’inconnus, a dû refuser à regretter un pin’s d’une campagne électorale qui lui faisait pourtant envie. Ce jour-là, la future chanteuse, poète et écrivaine s’était jurée qu’elle se débrouillerait pour avoir elle aussi, un jour, une médaille à accrocher au revers de sa veste.

Mission accomplie, ce samedi, après que la légende du rock américain a reçu, à l’âge de 75 ans, la Légion d’honneur française de la main de l’ambassadeur de France aux États-Unis, Philippe Étienne.

Après avoir raconté cette anecdote, Patti Smith a ensorcelé le public venu assister à la cérémonie à la bibliothèque publique de Brooklyn coorganisée par la villa Albertine, de quelques morceaux fougueux aux côtés de sa fille Jesse au piano et de son guitariste de longue date Lenny Kaye .

Patti Smith et son guitariste Lenny Kaye.  AFP/André RENAULT.
Patti Smith et son guitariste Lenny Kaye. AFP/André RENAULT. AFP ou concédants de licence

« C’est un honneur indescriptible, j’en prends la pleine mesure », at-elle adressée à l’AFP dans les coulisses, une fois l’hommage reçu. « Pour quelqu’un qui a été largement façonné par la culture française, la littérature française, l’art et le cinéma français, toute ma vie, c’est tout particulièrement important », at-elle souri.

« J’ai adopté la France toute ma vie, et c’est quelque chose d’incroyable que d’être adopté ainsi en retour. » Cette amoureuse d’Arthur Rimbaud a racheté dans les Ardennes un lieu d’enfance du poète.

Artiste incontournable, référence pour ses paires, Patti Smith suscite l’adoration de ses fans depuis plus d’un demi-siècle. Sa musique, ses compositions, sa poésie et son écriture introspective à fleur de peau qui lui a valu, pour ses mémoires, « Just Kids », de recevoir l’US National Book Award en 2010.

« Le pouvoir au peuple »

Fidèle à son habitude, elle a conclu son discours en rendant hommage à un autre artiste, le poète français René Daumal, dont elle a lu – en anglais – une partie de la lettre écrite avant de mourir à son épouse : « Voyant qu’on n’est rien, on désire devenir », at-elle déclamé. « Désirant devenir, sur vit. »

Arborant sa traditionnelle veste noire, sa longue chevelure grise parsemée de quelques nattes, Patti Smith a notamment ravi ses fans en jouant sa chanson « People Have The Power », soit en français « Le pouvoir appartient au peuple », ci-dessous dans une version enregistré en 2000.

Elle a ensuite développé l’idée auprès de l’AFP, jugeant que si « les artistes peuvent inspirer les gens, rallier les gens, leur donner de l’espoir, (…) à la fin, ce ne sont pas les artistes qui apportent le changement, ce sont les gens ». « En votant, en prenant l’initiative, par des manifestations monstres, c’est le peuple qui apporte le changement. »

Mini-ambassadrice

Une responsabilité d’autant plus écrasante que « le monde dans lequel nous vivons va très mal », at-elle souligné, mentionnant les « canicules sans précédent », les « famines » et les « phénomènes climatiques jamais vus ». « La seule façon d’y parvenir est un effort mondial », at-elle dit. « Qu’importe le geste, chaque geste est important. »

Ces jours-ci, la chanteuse dit écrire comme elle l’a « toujours fait ». « Écrire des chansons, écrire des poèmes, écrire un autre livre -je suis toujours occupé, toujours à faire quelque chose. »

Après avoir reçu la Légion d’honneur, elle a appelé qu’elle allait immédiatement utiliser cette inspiration pour faire « plus de travail, du meilleur travail ». « D’être choisie comme une sorte de mini-ambassadrice pour le pays est vraiment une immense joie pour moi », at-elle résumé.

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