Vidéo. De Bordeaux au Mas-d’Agenais, le retour du « Christ en croix » signé Rembrandt

Une opération discrète, du minutieux décrochage dans la salle du trésor de la cathédrale à l’arrivée sur la place du village. La déposer du tableau, enveloppé…

Une opération discrète, du minutieux décrochage dans la salle du trésor de la cathédrale à l’arrivée sur la place du village. La dépose du tableau, enveloppée d’un tissu indéchirable, dans un grand coffre rouge sur mesure, renvoyée à la perceuse visseuse, n’aura cependant pas échappé à l’attention de quelques élèves de l’école bordelaise Sévigné, qui occupaient les premiers rangs d’une messe désignée par le père Meunier, curé de Saint-André, lui-même surpris à jeter un œil en direction du remue-ménage du jour.

  • Dans la salle du trésor de la cathédrale Saint-André, le tableau décroché en toute début de matinée.


    Dans la salle du trésor de la cathédrale Saint-André, le tableau décroché en toute début de matinée.

    GUILLAUME BONNAUD / « SUD OUEST »

  • Enveloppé d'un drap synthétique indéchiffrable, il quitte la salle du trésor.


    Enveloppé d’un drap synthétique indéchiffrable, il quitte la salle du trésor.

    GUILLAUME BONNAUD / « SUD OUEST »

  • Au milieu de la cathédrale, la caisse rouge qui contient le Rembrandt, en partance pour Le Mas-d'Agenais.


    Au milieu de la cathédrale, la caisse rouge qui contient le Rembrandt, en partance pour Le Mas-d’Agenais.

    GUILLAUME BONNAUD / « SUD OUEST »

  • C'est dans un fourgon de location, conduit par Romain Rivera, directeur des services techniques du Mas-d'Agenais.


    C’est dans un fourgon de location, conduit par Romain Rivera, directeur des services techniques du Mas-d’Agenais.

    GUILLAUME BONNAUD / « SUD OUEST »

« Fleuron pour le village »

« Je suis triste et, en même temps, content que Le Mas-d’Agenais le reprenne. On savait qu’on n’allait pas le garder. C’est un fleuron pour le village et la saison touristique. J’ai promis d’aller le voir, et je m’en donnerai l’occasion », souffle-t-il, alors que le tableau a déjà passé la porte de Saint-André. L’histoire est connue, mais vaut d’être dite et redite tant qu’elle apparaît extraordinaire : l’œuvre du maître néerlandais est bel et bien la propriété de ce village de 1 500 habitants.

Peint en 1631, acheté en 1804 dans une vente aux enchères de Dunkerque par un capitaine de l’armée napoléonienne originaire du Mas-d’Agenais, « Le Christ en croix » est légué à la paroisse puis, au détour de l’inventaire des biens des églises, en 1906, revient à la commune. Il sera authentifié en 1959, après examen au laboratoire du Louvre : sous une couche de peinture, au pied de la croix, apparaît « RHL 1631 », pour Rembrandt Harmenszoon de Leyde.

« Il va arriver, il est là ! »

Ainsi était-il exposé, depuis 1960, dans la collégiale, à différents endroits, contre un pilier du transept ou dans une des chapelles, et dans des conditions de sécurité plus ou moins sommaires. L’on se souvient, au village, qu’on pouvait grimper un escabeau pour l’observer au plus près… Autant dire que la nouvelle de son retour s’est transposée comme une traînée de poudre : « J’étais chez le coiffeur, on a appris qu’il y avait un rassemblement de gendarmes sur la place. J’ai dit, « ça y est, il va arriver, il est là ! ». C’est un joyau… », raconte Chantal.

  • Retour dans la collégiale du Mas-d'Agenais, sous l'œil d'Arnaud Petit, conseiller municipal, qui peine à contenir son émotion.


    Retour dans la collégiale du Mas-d’Agenais, sous l’œil d’Arnaud Petit, conseiller municipal, qui peine à contenir son émotion.

    GUILLAUME BONNAUD / « SUD OUEST »

  • Devant le tableau, avant fermeture de la vitrine.


    Devant le tableau, avant fermeture de la vitrine.

    GUILLAUME BONNAUD / « SUD OUEST »

  • Les spots lumineux valorisent avec délicatesse le tableau.


    Les spots lumineux valorisent avec délicatesse le tableau.

    GUILLAUME BONNAUD / « SUD OUEST »

Elle ne croit pas si bien dire. Sollicitée l’an dernier par « Sud Ouest », la directrice des tableaux anciens au sein d’une maison de vente parisienne l’estimait à « 90 millions d’euros » sur le marché de l’art. Pure hypothèse car le tableau, classé monument historique depuis 1918, ne peut quitter le territoire français et ne pourrait être cédé, le cas échéant, qu’à une association d’intérêt général. Si le budget annuel du Mas tourne autour de 2 millions d’euros, le maire Claude Lagarde ne veut pas entendre parler gros sous et savourer le retour du « Christ en croix ».

Sécurité à l’avenant

Car la nouvelle municipalité entend fonder l’attractivité du bourg autour du tableau dans une église quasi-restaurée. 1,7 million d’euros, dont 792 000 abondés par l’État, ont redonné en deux ans leur éclat à l’ensemble nef-choeur-transept et offert un nouvel écrin au « Christ en croix », dont la vitrine chêne et noyer fait écho aux stalles du chœur. Une vitrine qui contrairement à celle de la cathédrale, ne bénéficie pas d’une atmosphère régulée, « mais le tableau a toujours été là, et se comporte bien », du haut de ses 391 ans, note Christian Morin, restaurateur périgourdin en charge avec fils épouse Françoise du suivi du tableau. La sécurité est à l’avenant, combinant vidéosurveillance 24h/24, capteurs, et plusieurs systèmes de transmission.

Détail du « Christ en croix ».  Rembrandt a peint un Christ au-delà des postures stéréotypées de l'époque, souffrant mais à hauteur d'homme.


Détail du « Christ en croix ». Rembrandt a peint un Christ au-delà des postures stéréotypées de l’époque, souffrant mais à hauteur d’homme.

GUILLAUME BONNAUD/ « SUD OUEST »

Et c’est dans un silence de cathédrale que les Morin rouvrent délicatement le grand coffre rouge. « C’est émouvant », chuchote une dame. « Il est arrivé par un cheminement extraordinaire, on a conscience que jamais on ne devrait avoir ici un tableau comme celui-là, que sa place devrait être au Louvre », continue une autre. Comme un pied de nez des territoires en déprise : « Nous aussi, on peut avoir de très belles choses dans les campagnes. »

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